‹ Le monastèreChapitre 183 sur 247 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

(erre. II est probable que dans lout autre cas l'orjjueil du laii^j et de la distinction aurait prononcé contre Tbumblc admiratrice la sentence (|uc le petit maître Fielding avait lancée contre toiit le beau sexe: «Qu'elles admirent et qu'elles meurent.» Mais les obligations qu'il avait contractées envers la meunière éprise s'opposaient à la possibilité de traiter l'affaire en cavalier, et Piercy fort end)arrassé, ([uoique passablement Halte, retourna sur ses pas pour voir ce qu'il pourrait faire dans la vue de soulager la jeune fille.

La modestie naturelle de la pauvre Mysie ne put l'empèeher de donner des signes de joie quand elle vit revenir sir Piercy Shafton. Elle fut trahie par son œil brillant et les caresses qu'elle fit avec timidité au cheval qui ramenait le cavalier bien-aimé. «Que puis-je faire de plus pour vous, aimable Molinara, dit sir Piercy Shafton , hésitant lui-même et rougissant ; car il faut le dire à l'honneur du siècle de la reine Elisabeth, ses courtisans ])ortaient plus de fer sur leur ])oitrine que d'airain sur leur front, et même au milieu de leur vanité ils conservaient toujours l'esprit de chevalerie par le- «juel se distinguait l'aimable chevalier de Chaucer ,

« Qui, daus sa démarche modeste, Affectait d'une vierge et le port et le geste.»

Mysie rougit et tint ses yeux fixés vers la terre , et sir Piercy continua avec le même air d'embarras : « Craignez-vous de retourner chez vous, belle Molinara? voulez-vous que je vous accompagne? »

« Hélas! dit Mysie, en levant lesytîux, tandis que ses joues, de rouge (ju'elles étaient, devirent pâles comme la mort, je n'ai plus d'asile.»

«Comment, plus d'asile ! reprit Shafton ; ma généreuse Molinara dil-elle (|u'elle n'a plus d'asile, quand voilà la maison de son père, et (|u'elle n'en est séparée que par un ruisseau argenté? »

« Hélas! reprit la jeune meunière, je n'ai plus de père ni d'asile. Mon père est un serviteur dévoué de l'abbaye; j'ai offensé l'abbé, et si je retourne chez mon père, il me tuera.»

«Qu'il se garde bien de ])orter la main sur loi, de |)ar le ciel! dit sir Piercy ; je le jure sur mon honneur et ma cheva-

lerie que les troupes de mon cousin de Northumberland raseraient le monastère au j)oint qu'un cheval ne trébucherait pas sur les ruines, s'il osait toucixer un seul cheveu de votre tête. Galraez-vous donc, bonne Mysinda, et sachez^ que vous avez obligé celui qui veut et qui peut venger la moindre injure qu'on voudrait vous faire. »

A ces mots il de.*cendit de cheval, et, dans la vivacité de sa harangue, il saisit la main que lui abandonna volontiers Mysie ou Mysinda, ainsi qu'il venait de la nommer. 11 attacha ses rejj^ards, d'abord, sur ses deux grands yeux noirs qui le contemplaient, et dont on ne pouvait méconnaître l'expression, quoiqu'elle fût adoucie par une timidité virginale; puis sur des joues auxquelles un sentiment pareil à l'espérance avait rendu leur couleur naturelle; enfin, sur des lèvres qui, semblables au bouton de rose, étaient entr'ouvertes par l'espoir, et laissaient ajxercevoir une rangée de dents aussi blanches que des perles. Ce tableau était dangereux à contempler, et sir Piercy Shafton, après avoir répété l'offre, de moins en moins présente, de conduire la belle Mysinda chez son père, finit par lui demander de le suivre, a au moins, ajouta-t-il ^ jusqu'à ce que je puisse vous conduire en lieu de sûreté.»

Mysie Happer ne fit pas de réponse; mais, rougissant de joie et de pudeur, annonça en silence son consentement, en attachant son paquet et en se préparant à se mettre en croupe. « Et que désirez-vous que je fasse de ceci? » dit-elle, en lui présentant la chaîne, comme si elle se fût aperçue pour la première fois qu'elle la tenait dans sa main.

«Gardez-la, belle Mysinda, pour l'amour de moi, » dit le chevalier.

«Non pas, monsieur, répondit-elle gravement; les jeunes filles de mon pays n'acceptent pas de semblables dons de leur supérieur, et je n'ai pas besoin d'un souvenir pour me rappeler la matinée de ce jour. »

Le chevalier la supplia avec politesse de garder ce présent; mais Mysie était décidée sur ce point; elle sentait peutêtre qu'en acceptant une récompense, c'était en faire un service mercenaire; elle promit seulement de cacher la chaîne, dans la ci'ainte qu'elle ne fît découvrir celui à qui elle appartenait, jusqu'à ce que sir Piercy fût en lieu de sûreté-

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