CHAPITRE XXIX
dot. Et cela ne doit-il pas être ainsi? ne l'a-l-elle pas bien méritée, même quand elle vaudrait dix fois plus? Piercy Sliaflon! Picrcy Shafton! envierais-tu à ta libératrice une récom- ])ense qu'elle a payée si cher? L'air d'égoïsme de la terre du nord t'a-t-il donc infecté, Piercy Sliafton, et flétri les Heurs de ta générosité, comme on dit qu'il tue celles du mûrier? Mais, je pensais, ajouta-t-il après une pause d'un moment, qu'elle ne se serait pas si facilement et si volontairement séjiarée de moi! Ne pensons plus à cela. Allons vite, mon compte, digne hôte, et que votre groom * m'amène mon cheval.
Le bon aubergiste semblait aussi avoir quelque chose à discuter dans son esprit, car il ne répondit pas tout de suite, examinant si sa conscience voulait se charger du poids d'un double paiement pour le même écot. Apparemment, la réponse de sa conscience fut négative; car, à la fin, mais ce ne fut pas sans hésitation, il répondit : «C'est une sottise de mentir, je ne puis nier que le compte n'ait été entièrement payé. Néanmoins, s'il plait à votre digne seigneurie d'ajouter quelque chose pour l'augmentation de soin?...»
«Comment, dit le chevalier, le compte est payé! et par qui, je vous prie?»
«Et par Mysie Happer, s'il faut parler vrai, comme je l'ai déjà déclaré, répondit l'honnête aubergiste, qui éprouvait alors autant de remords en disant la vérité, cju'un autre en eût ressenti en faisant un mensonge en semblable circonstance; et avec l'argent que le moine abbé lui avait donné pour payer les frais du voyage de votre honneur, comme elle me l'a dit. Et certes, je ne voudrais pas écorcher les gentlemen qui entrent chez moi-.» Et dans la confiance d'honnêteté que lui donnait la franchise de son aveu, il ajouta : «Néanmoins, comme je l'ai déjà dit, s'il plaît à la bonne volonté de votre seigneurie de considérer le dérangement extraordinaire...»
Le chevalier coupa court à son argument en lui jetant une rose-noble, qui probablement avait deux fois valeur d'un écot d'Ecosse, mais qui aurait à peine payé la moitié d'un repas aux Trois-Grues ou au Marché-au-Vin 3.
' Garçon d'écurip ou palefrenier anglais. — ' II y a dans le texte darkens mjr rfoorj. C'est un idiotisme qui veut dire « obscilrcissent ma porte, le seuil de nia porte, entreut chez moi. — ^ Nom de tavernes ù Londres. M. Dcfauconprct tra-
Cette générosité rendit l'hôte si joyeux, qu'il courut tirer le vin de l'étrier (ce qui n'était jamais payé) à une barrique encore meilleure que celle qu'il avait mise en perce pour le flacon du dîner du chevalier. Sir Piercy vs' approcha lentement de son cheval, reçut sa courtoisie, et l'en remercia avec la condescendance empesée d'un courtisan de la cour d'Elisabeth; ensuite il monta à cheval et suivit la route du nord, qui lui avait été indiquée comme celle qui était la plus courte pour alleràEdimbourg,etquiquoiquetrès différente de nos grandes routes modernes, avait une ressemblance assez exacte avec un chemin public et fréquenté , pour qu'on ne pût s'y tromper,
«Je n'aurai ])as besoin de ses conseils pour me guider, il me semble, se dit-il à lui-même, en mettant son cheval au petit pas, et je suppose que c'est une raison de son brusque départ , si différent de celui auquel on pouvait s'attendre. Mais c'est bien , je suis débarrassé d'elle. Ne prions-nous pas pour être délivré de la tentation * ? Mais qu'elle se soit si grossièrement trompée sur sa situation et sur la mienne , qu'elle ait pensé devoir payer mon compte ! Je voudrais l;i voir encore une fois, seulement pour lui expliquer le solécisme dont son inexpérience l'a rendue coupable -
«Mais je crains bien, ajouta-t-il, comme il sortait d'entre quelques arbres épars çà et là, et jetant les yeux sur une contrée sauvage et marécageuse , hérissée de collines rocailleuses , formant une succession de chaînes entre elles , (pie je n'aie bientôt besoin de l'aide de cette Ariane qui pourrait nie donner un fil pour me conduire à travers les détours de ce labyrinthe de montagnes que j'aperçois là-bas.»
duit bien three cranes par les trois grues ; mais on ne sait pourquoi il laisse le mot ■vintrjr sans le traduire. Il fallait le traduire aussi, ou bien laisser les deux noms en anglais. Du reste, le premier interprète du romancier britannique s'est permis beaucoup de rctrancheuiens dans ce qui précède; il serait trop fastidieu.v de les relever. Notre tâche est de rendre le texte; et si nous avons de loin à loin signalé quelques unes des nombreuses omissions ou erreurs de notre devancier, c'était non pas dans la vue de le critiquer gratuitement, mais afin de prouver que nous ne méritions pas le ridicule procès que son éditeur nous a inteuté relati- ^ ement à notre nouvelle traductiou. a. m.
' Libeia nos a malo du Pater noster. — * Solécisme de conduite, qui rappelle 4'es vers de Molière dans les Femmes savantes :
Le moindre solécisme en parlant vous iiiile;
Mais vous en faites , vous , d'étrnnges eu conduite, ( Act. ii, se. 7. ;