‹ Le monastèreChapitre 190 sur 247 · I.r. MONASTMIK · texte numérisé non relu

I.r. MONASTMIK

nesque de sa situation flatta sa vanité, et éleva son imagination; il se mit à la place d'un de ces héros de romans dont il avai'^lu les histoires , el où de semblables travestissemens jouaient un grand rôle.

Il jetait bien des regards obliques sur son page. L'habitude qu'avait Mysie des «^ifirs et des exercices champêtres, la rendait tout- à -fait propre à soutenir le role qu'elle avait pris. Elle dirigeait son petit cheval avec habileté et même avec grace; rien dans son extérieur ne pouvait trahir son déguisement, excepté lorsque son compagnon fixait sur elle des yeux où se peignait la timidité de sa conscience, alors ce regard faisait naître pour un moment sur son visage un air d'embarras qui ajoutait grandement à sa beauté.

Le couple fit route comme dans la matinée ; charmés l'un de l'autre , ils arrivèrent enfin au village dans lequel ils devaient passer la nuit , et où tous les habitans de la petite auberge , hommes et femmes , s'extasièrent sur la bonne grace et l'air majestueux du chevalier anglais, et sur la beauté rare de son jeune domestique.

Ce fut là que Mysie Happer fit pour la première fois sentir à sir Piercy Shafton la manière réservée dans laquelle elle se proposait de vivre avec lui. Elle l'annonça comme son maître , le servit avec toute l'attention obséquieuse d'un domestique , et ne lui permit pas la plus petite familiarité , pas même celle que le chevalier pouvait hasarder avec la plus grande innocence. Par exemple , sir Piercy, qui, comme nous savons , était un grand connaisseur en fait de toilette , lui détaillait les changcmens avantageux qu'il se proposait de faire dans sa |)arure à elle aussitôt qu'ils seraient arrivés à Edimbourg, en lui faisant prendre ses couleurs, œillet et incarnat. Mysie Happer écoutait avec une grande condescendance l'espèce d'onction avec laquelle il s'étendait sur les bordures, les dentelles , les taillades , les garnitures , jusqu'à ce que , enfin emporté par l'enthousiasme qu'il mettait à lui assurer la supériorité du collet tombant, sur la fraise espagnole, il approcha sa main , pour le lui montrer , vers le collet du pourpoint de son page. Mysie aussitôt recida , el le fit souvenir , d'un air grave , qu'elle était seule et sous sa protection.

« Vous ne pouvez donc pas vous rappeler le motif qui m'a

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conduite ici, continua- t- elle; ayez seulement avec moi la moindre familiarité que vous n'auriez pas avec une princesse entourée de sa cour, et vous aurez vu pour la dernière fois la fdle du meunier : elle s'évanouira comme la paille s'envole du van 1 lorsque le vent d'ouest souffle.»

«Je proteste, belle Molinara, dit sir Piercy Shafton. » Mais la belle Molinara était disparue avant qu'il eût prononcé sa protestation. «C'est une bien singulière fille, se dit-il à luimême, et j'en jure par cette main, aussi sage que belle. Certes ce serait une honte de lui nuire ou d'attenter à son honneur. Elle fait des comparaisons aussi, quoique sentant un peu sa condition. Si elle avait lu seulement Euphues et oublié ce maudit moulin et ce maudit van, je crois bien que sa conversation aurait été brodée d'autant de peries fines et complimens que celle de la plus instruite dame de la cour de Feliciana. J'espère qu'elle pense à revenir jouir de ma compagnie. »

Cela n'entrait pas dans le sage projet de Mysie. Il était alors près de la brune, et il ne la vit plus que le lendemain, lorsque les chevaux furent amenés devant la porte pour que les voyageurs continuassent leur route.

Mais il nous faut ici nécessairement quitter le chevalier anglais et son page pour retourner à la tour de Glendearg.

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