CHAPITRE XXX
l'ne f'orle Impression de crainte , la première qu'elle eût éprouvée dans sa vie à un aussi haut degré, frap|)a l'esprit de Marie Avenel, et, pendant une minute, elle se sentit sur le point de s'évanouir. Elle se remit pourtant, ra|)pela son courage , et s'adressa à tous les saints et à tous les anges que son église lui avait recommandés. Enfin un sommeil agité vint s'emparer de son corps et de son esprit épuisé, et elle dormit presque jusqu'au point du jour, où elle fut éveillée par les cris : «Trahison! trahison! à sa poursuite! à sa ])oursuite!» qui s'élevèrent dans la tour lorsqu'on découvrit que sir Piercy Shafton s'était échappé.
Craignant quelque nouveau malheur, Marie Avenel arrangea à la hâte les vêtemens qu'elle n'avait pas encore mis de côté, et se hasarda à quitter sa chamhre. Elle apprit par Tibbie qui, échevelée comme un sibylle, courait de chambre en chambre, que le scélérat, le sanguinaire homme du sud ' , s'était évadé, et que Halbert Glendinning , le pauvre enfant, dormirait du sommeil éternel dans son tombeau , sans que son sang eût obtenu vengeance. Dans les salles au dessous d'elle les jeunes gens grondaient comme le tonnerre et exhalaient en exclamations et en vociférations contre les fugitifs, la rage qu'ils éprouvaient de se trouver enfermés dans la tour et empêchés par les précautions de la rusée Mysie Happer d'exécuter leurs projets de vengeance ; la voix impérieuse du sous-prieur qui commandait le silence se fit ensuite entendre 2; et Marie Avenel, que la tournure de ses pensées n'engageait pas à entrer au conseil ou à l'assemblée qu'allait tenir le reste des prisonniers, se retira de nouveau dans sa chambre solitaire.
La famille se réunit dans le salon. La colère avait pres([ue mis Edouard hors de lui, et le sous-prieur lui-même n'était |)as peu blessé de l'audace du plan de Mysie Happer, non plus que de l'habileté avec laquelle il avait été exécuté. Mais la surprise et la colère ne servaient de rien. Les fenêtres, bien
' Southron ou suthrnn , mot écossnis pour soulhern , homine du sud, déuomiuatioi) donnée aux Anglais , à cause de la situation de leur jiays par rapporta J'Iù-osiSc, ainsi que nous l'avons déjà expliqué au eominenrcment. — 2 f/'ns next heard, dit le texte; «se fit en vain attendre,» dit M. Defauronpret, page 378.
jjariiies de barreaux de fer, pour résister aux attaques des assaillans du dehors^ prouvaieut maintenant leur boulé, eu retenant prisonniers ceux qui étaient dans l'intérieur. Les créneaux, il est vrai, étaient bien ouverts, mais sans échelles et sans cordes pour remplacer les ailes; il était de toute im~ possibilité d'en descendre. Us réussirent facilement à donner l'alarme aux habitans des cabanes au delà des hauteurs de la coiu*; mais les hommes avaient été appelés à la tour pour renforcer la garde pendant la nuit; il n'y restait plus que les femmes et les enfans qui, dans cette circonstance imprévue, ne pouvaient contribuer en rien à la délivrance, excepté par leurs exclamations inutiles de siu-prise ; et il n'y avait pas de voisins à plusieurs milles à la ronde. Dame Elspeth cependant, quoique fondant en larmes, n'avait pas tellement perdu de vue les affaires extérieures, qu'elle ne put trouver assez de voix pour dire aux femmes et aux enfans qui étaient en dehors de cesser leurs cris , et de faire attention aux sept vaches dont elle ne pouvait s'occuper parce que son esprit était troublé par tant de malheurs, et que cette infâme et trompeuse Mysie les avait enfermés dans leur propre tour aussi solide-ment que s'ils l'avaient été dans la prison de Jeddart ^.
Pendant ce temps, les hommes, ne trouvant pas d'autres moyens possibles pour sortir, résolurent à l'unanimité de forcer les portes avec tous les instrumens que la maison pourrait leur fournir. Ces instrumens n'étaient pas très commodes pour exéciUer leur projet, et les portes étaient très solides. La porte intérieure, faite de chêne, les occupa à elle seule pendant trois mortelles heures , et il n'y avait pas à présumer (ju'on pût forcer la porte de fer dans le double esjjacc du même temps.
Tandis qu'ils étaient occupés de ce travail injjrat, Marie Avenel, avec beaucoup moins de fatigue, avait pris une exacte connaissance de ce que l'esprit lui avait indiqué dans ses vers mystérieux. En examinant le lieu que le fantôme lui avait montré par ses gestes, il n'était ])as difficile de découvrir (|u'une planche avait été dérangée, et qu'on pouvait la lever à volonté. En la soulevant, Marie Avenel fut étonnée de trouver
' Ces phrases, depuis «ils réussirent facilement à donner l'alarme, etc. » ont '-lé cntièreipeiU omises daus la tr.iduttion de M. Defauconprct, page 378. a. m.