‹ Le monastèreChapitre 194 sur 247 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

le livre noir qu'elle se rappelait bien avoir été l'objet favori de l'élude de sa mère; elle en prit tout de suite possession avec autant de joie que sa situation présente la rendait capable d'en ressentir.

Ijjnorant en grande partie ce qu'il contenait, Marie Avenel avait été instruite dès son enfance à avoir pour ce livre une vénération sacrée. Il est probable que la défunte épouse de Walter Avenel ne se proposait d'initier sa fille aux mystères de la parole divine que lorsqu'elle aurait été en état de conij)rendre les leçons qu'il renfermait, et le danger que l'on courait à les donner ou les recevoir. La moit était venue la surprendre avant que les temps eussent permis aux réformateurs d'en profiter, et que sa fille fût assez avancée en âge pour recevoir sur la religion des préceptes d'une telle importance; mais son amour maternel avait préparé les matériaux pour l'ouvrage de ce monde qu'elle avait le plus à cœur; elle avait inséré dans son livre des feuilles détacbées, sur lesquelles, au moyen des renvois et des comparaisons des passages de l'Ecriture sainte, elle faisait ressortir les erreurs et les inventions humaines, par lesquelles l'Eglise catholique avait défiguré l'édifice du christianisme, si simplement élevé par son divin fondateur. Ces matières de controverse étaient traitées avec une modération et une charité chrétiennes qui auraient ])u servir d'exemple aux théologiens de ce temps, et cependant les raisonnemens en étaient simples , clairs , sans sophlsmes, et appuyés des preuves et des citations nécessaires. Il y avait encore dans ce livre d'autres papiers qui n'avaient nul rapport aux discussions religieuses; ce n'était que l'effusion d'une ame pieuse qui s'entretient avec ellemême. Dans le nombre de ces ])rières , il y en avait une qui paraissait avoir été plus souvent méditée, ce qu'on reconnaissait à l'état du manuscrit, et sur laquelle la mère de Marie avait transcrit et réuni en même temps ces passages consolans , aux- (juels l'ame a recours dans l'afHlctlon , et tout ce (jui augmente notre confiance en la miséricorde et la protection promises aux enfans de l'Evangile. Dans la situation d'esprit où se trouvait Marie , son attention se porta plus particulièrement vers ces leçons qui, dictées par une main si chère, lui élaicnt parvenues en un moment si ( riliquc c( dune manière ((ui an-

nonçail taut d'amour. Elle lui avec altentlrissenieut la promesse : « Je serai toujours avec toi et je ne t'abandonnerai jamais ; » et l'exhortation consolante : « Invoque-moi au jour de l'affliction et je viendrai à ton secours.» Elle lut de nouveau ces passages et son ame rassurée se dit en elle-même : «C'est bien là sûrement la parole de Dieu.»

Il y a des hommes à qui la voix de la religion s'est fait entendre au milieu des orages et des tempêtes ; il en est d'autres (jui en ont été frappés au milieu des vanités mondaines et jusque dans leurs orgies; il en est enfin qui, au sein d'un agreste repos et des jours assez paisibles de la vie ont prêté l'oreille à cette voix divine qui , jusqu'à ce jour , n'avait parlé que faiblement à leur cœur. Mais c'est peut - être dans nos momeus d'affliction que les sentimens les plus solides s'impriment en nous. Les larmes sont comme une douce rosée qui fait germer la parole de Dieu et lui fait prendre racine dans le cœur humain. C'est du moins ce qui arriva à Marie Avenel. Elle resta insensible au bruit tumultueux qu'on faisait au dessus d'elle. Ses pensées ne furent distraites ni par le choc retentissant des barreaux battus par les leviers, ni par les acclamations mesurées des hommes qui , réunissant leurs efforts, s'accompagnaient de la voix à chaque coup pour frapper en même temps, ni par les cris de vengeance qu'ils vociféraient contre les fugitifs qui leur avaient laissé une lâche si dure et si difficile à remplir; tout ce tintamarre qui formait un affreux concert et qui était bien loin de lui offrir un tableau de paix, d'amour et de charité chrétienne, ne put détourner un moment le cours des idées qui occupaient uniquement son esprit. «La sérénité du ciel, dit-elle, est au dessus de moi; les sons que j'entends de tous côtés ne viennent fjue de la terre et des passions humaines.»

Cependant la journée s'avançait, et les prisonniers qui travaillaient à enfoncer la porte de fer étaient encore bien peu voisins du terme de leur ouvrage, lorsqu'il reçurent lout à coup un renfort par l'arrivée imprévue de Christie Clinthill. Il parut à la tête d'un petit détachement composée de quatre cavaliers, sur le bonnet desquels on remarquait une branche de houx, signe qui distinguait la maison d' Avenel.

« Hola, hé ! mes maîtres, dit-il, je vous amène un prisonnier. »

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