‹ Le monastèreChapitre 195 sur 247 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

«Vous auriez bieu mieux (ail de nous amener les moyens de sortir d'ici, dil Uan d'Hovvelet Hirsl. »

Cliiislie, stupéfait eu voyant l'état des choses : « Quand on devrait me pendre, s'écria-t-il , et je puis bien l'être pour aussi ])eu de chose, je ne saurais»m'empêclier d'éclater en voyant un homme regarder à travers les barreaux de cette grille, comme autant de rats pris dans une ratière. Et quel est celui-là derrière qu'on prendrait, à sa longue barbe, pour le plus vieux de la bande?»

«Paix, maraud, avec tes manières de rustre, dit Edouard ; c'est le père sous - prieur, et ce n'est ni le moment ni le lieu ni avec nous que tu dois te permettre tes grossières plaisanteries.»

« Comment donc , mon jeune maître fait l'insolent , dit Chrislie; ah, bien! sachez que, (|uand même il serait mon propre |)ère, mon père qui m'a engendré, au lieu d'être, comme on l'appelle, le père de tout le monde, je n'en voudrais pas moins passer mon envie de rire ; mais voilà qui est fini ; il faut que je vous aide, je le vois, car vous me paraissez très novices à cette besogne. Placez-moi la pince plus près de la serrure, l'ami, et faites-moi passer un levier de fer à travers les barreaux; vous allez voir que ce sera bientôt fait; j'ai enfoncé autant de portes, pour pénétrer dans les châteaux, que vous pouvez avoir de dents dans votre mâchoire, jeunes gens, et je n'en ai pas mal forcé aussi pour en sortir, comme le capitaine de Lochmaben le sait très bieu.»

Christie ne s'attribuait j)a8 en effet plus de mérite en ce genre qu'il n'en possédait réellement; car toutes les forces réunies ayant agi en même temps sous la direction de cet habile ingénieur, le pêne et le verrou sautèrent en l'air, et la porte resta ouverte devant eux.

«Et maintenant, à cheval, mes amis, s'écria Edouard, courons a))rès ce scélérat de Shafton !»

«Halte-là, dit Christie Clinthill; courir après votre hôte, l'ami de mon maître et le mien? J'ai deux mots à dire dans celle affaire. Au nom de tous les diables, pourquoi voulezvous le poursuivre?»

«Laissez-moi passer, dit Edouard avec impétuosité, je n'é- «•ou(e personne : le scélérat a assassiné mon frère.»

«Que dit-il? s'écria Chrislie en se louniant vers les autres; assassiné ! qui a-t-on assassiné? qui est l'assassin?»

« L'Anglais sirPiercy Shafton,dlt Dan-d'Howelet-Hirst, a tué hier matin le jeune Halbert Glindinning, et nous avons pris les armes à cette nouvell». »

«C'est une affaire de fou^, je crois , dit Christie; voilà que je vous trouve tous enfermés dans votre propre tour, et cela pour vous empêcher de venger un meurtre qui n'a pas du tout été commis.»

«Je vous répèle, dit Edouard, que mon frère a été tué et enterré hier matin par ce traître d'Anglais.»

«Et je vous dis, moi, répondit Christie, que je l'ai vu hier au soir en vie et bien portant. Je voudrais bien connaître le secret dont il s'est servi pour revenir en ce monde; les hommes en général pensent qu'il est plus malaisé de briser les obstacles qui nous retiennent dans la tombe que de forcer une porte grillée. »

Tout le monde alors restait immobile et regardait Christie avec étonnement, lorsque le sous-prieur, qui jusqu'à ce moment avait évité de se mettre en rapport avec lui , s'avança et le pressa de lui dire si en effet il pouvait assurer que Halbert Glindinning n'était pas mort.

«Mon père, dit-il d'un ton plus respectueux qu'à son ordinaire, et qu'il ne prenait jamais qu'en j)arlant à son maître, j'avoue qu'il a pu m'arriver quelquefois de rire aux dépens des personnes de votre robe, mais jamais aux vôtres; car vous <levez vous rappeler, je crois, que je vous dois la vie. Il est certain, comme il y a un soleil qui nous éclaire, que Halbert Glindinning a soupe hier au soir chez le baron d'Avenel mon maître, et qu'il est venu ici dans la compagnie d'un homme avancé en âge et dont je vous parlerai tout à l'heure.»

«Et où est-il maintenant?»

«Le diable seul pourrait vous répondre , répliqua Chrislie, car je crois que le diable s'est emparé de toute la famille ; le jeune fou a été saisi d'épouvante à je ne sais quoi que notre baron lui a dit ou fait dans sa mauvaise humeur, et s'est précipité dans le lac, qu'il a traversé à la nage comme un canard

' A Beillain business, dit lu texte, par allusiou à la maison des aliènes a I^ondi'cs , qui porte le nom de Bedlam a. m.

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sauvajTO. Kohin de Redcastle a érelnté son cheval en courani après lui ce madti.»

«Et ])oiir(jiioi I'a-l-il poursuivi ? demanda le sous-prieur; quel mal avait-il l'ait?»

«Aucun, que je sache, répliqua Christie ; mais c'est ainsi f|ue l'a voulu le harou , qui était dans sa mauvaise humeur, e( d'ailleurs ce n'est |)as étonnant tant le monde est devenu fou , comme je viens de vous le dire.'»

«Eh bien! où courez-vous si vite, Edouard,» dit le moine.

«A Corrie-nan-Shian , mon père, répondit le jeune homme; Martin et Dan, prenez des pelles et des pioches, et suivez-mf)i, si vous avez du cœur.»

«Fort bien , dit le moine, et ne manquez pas de me donner tout de suite avis de ce que vous aurez trouvé. »

«Si vous y trouvez (piclque chose (pii ressemble à Halbert Glendinning, cria Christie en parlant à Edouard, (|ui disparaissait, je veux le manger sans sel; mais voyez donc comme le camarade se livre à la IVascjue qui l'entraîne ! on a bien raison de dire qu'on ne doit juger du caractère des enfans que lorsqu'ils sont à même tl'agir comme des hommes. Halbert toujours en mouvement sautait, coinçait comme unchevreuil; tandis que sou frère, trantjuille au coin du feu, ne s'occupait que de ses livres, ou de semblables babioles. Mais je vois bien que le drôle était comme un fusil chargé qui ne fait pas plus de bruit qu'une bé(juille qu'on a reléguée dans un coin; lâchez la détente, ce n'est que feu et flammes. Mais voici notre prisonnier ; je vais laisser tout autre sujet de côté, pour vous prier, sire sous- prieur, de m'accorder un instant d'entretien à son égard.»

Il dit, et deux nouveaux hommes d'armes de la maison d'Avenel entrèrent à cheval dans la cour, conduisant au milieu d'eux un cheval sur lequel était monté, les mains liées derrière le dos, le predicant réformateur, Henri Warden.

' P;iraf5r;n)lic tronqué dans la version do M. Defiiuconjirot, page 333. a. m.

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