‹ Le monastèreChapitre 197 sur 247 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

n'est jamais plus à craindre que lorsqu'il s'avise de prêcher '.»

«Eh bien, au fait donc; mon maître vous demande voire amitié; et, pour se justifier des calomnies des méchans , il envoie à votre abbé ce Henri Warden dont les sermons en Ecosse ont tourné le monde sens dessus dessous, pour qu'il soit traité selon les règles de la sainte Eglise et le bon plaisir de l'abbé.»

Les yeux du sous-prieur, à cette nouvelle, étincelèrent de joie, car il savait qu'on regardait comme une affaire très importante l'arrestation de cet homme, connu de toute la contrée pour posséder tant de zèle et de popularité que les sermons même de Knox lui-même n'avaient été ni plus influens sur le peuple ni plus redoutables à l'Eglise de Rome.

Dans le fait cet ancien système qui accommodait si biens ses doctrines aux besoins et aux désirs d'un âge de barbarie était, depuis la découverte de l'imprimerie et la propagation graduelle des connaissances , resté long-temps stalionnaire et flottant ; semblable à un monstrueux Leviathan, contre lequel dix mille pécheurs reformés lançaient leurs harpons avec acharnement. L'Eglise catholique d'Ecosse particulièrement était à son dernier sou|)ir, ou suant sang et eau, et soutenant encore par des efforts désespérés l'assaut de ses ennemis (|ui de tous les côtés plongeaient leurs traits aux flancs de son vaste corps. Dans plusieurs grandes villes, les monastères avaient été supprimés; dans d'autres endroits , les nobles convertis à la religion reformée s'étaient emparés de leurs possessions. Néanmoins l'È^jlise de Rome étant encore autorisée par les lois du royaume, elle conservait la jouissance de ses propriélés et de ses privilèges, partout où elle pouvait en constater les droits; la communauté de Sainte-Marie de Kennaquhair était regardée comme se trouvant dans ce cas-là. Elle avait conservé intégralement ses domaines et son iuHuence, Les hauts barons du voisinage, soit par attachement au parti qui soutenait encore le vieux système de la religion, soit parce qu'ils avaient été obligés de partager entr'eux tous la proie que chacun convoitait en particulier, s'étaient abstenus jusqu'à ce jour de porter la main sui' ses possessions. Ils savaient d'ailleurs que la communanlé était protégée par les puissans

' The devii is ever most to he feared when he yreachetli. a. m.

comtes de Norlhiimbeilantl el de Westinoj claud dont le zèle ardent pour la foi eatliolique causa plus lard le {jraud soulèvement qui eut lieu la dixième année du règne d'Elisabetli.

Placés dans celte heureuse position, les amis de l'Eglise romaine, dont la cause déclinait tous les jours, pensèrent qu'un exemple frappant de courage el de résolulion , offert dans les lieux où les privilèges de l'Eglise étaient encore intacts el où sa juridiction ne lui était pas contestée, pourrait imprimer im sentiment d'effroi aux sectateurs des nouvelles opinions et les réduire au silence, ce qui, joint à la faveur du souverain et à la garantie des lois qui les protégeaient toujours, pourrait les affermir dans les possessions que l'Eglise gardait en Ecosse, et peut-être leur faire recouvrer celles qu'ils avaient perdues.

Ce sujet avait été plus d'une fois discuté par les catholiques du nord de l'Ecosse', qui en avaient fait ])art à ceux du sud. Le j)ère Euslache , dévoué à l'Eglise par ses vœux publics et particuliers, s'était enflammé de zèle, et sur-le-champ avait opiné pour qu'on exécutât les sentences contre les hérétiques sur le premier predicant réformateur ou mieux , selon lui, sur le premier hérétique de marque qui se hasarderait à franchir les limites de la communauté.

Un cœur naturellement noble et bon fut dans celte circonstance, comme dans beaucoup d'autres, abusé par sa propre générosité. Le père Euslache aurait été un mauvais inquisiteur en Espagne avec un pouvoir sans bornes et sans responsabilité. Sa rigueur se serait adoucie en faveur du criminel dont le sqrt aurait dépendu entièrement de lui. Mais en Ecosse , dans la crise où ils se trouvaient, le cas était bien autrement différent. La question était de savoir si quelque fidèle oserait au péril de sa propre vie prendre sur lui d'exercer les droits de l'Église. Se présenterait-il quelqu'un qui osât frapper un coup de tonnerre en faveur de sa cause ou qui laisserait la foudre impuissante dans ses mains comme dans celles d'un Jupiter en ])einlure, objet de dérision el se ferait moquer de lui au lieu d'inspirer la terreur? Les circonstances étaient propres à exaller lame d'Euslache , car elles lui commandaient l'audace d'assumer sur lui seul les dangers d'une stoique sévérité en exécutant une mesure qui, selon l'opinion générale, devait être utile à l'Eglise, et qui, selon les lois an-

Page 1