CHAPITRE XXXI
ciennes et son intime conviction , était non seulement juste mais encore méritoire.
Tandis que les catholiques agitaient ainsi ces résolutions, le hasard fit tomber une victime en leur pouvoir. Henri Warden eiiHammé de cet enthousiasme naturel aux réformateurs du temps, avait, dans l'impétuosité de son zèle, tellement dépassé les bornes de la liberté accordée à sa secte, que la dignité persounelle de la reine parut exiger sa mise en jugement. Il disparut d'Edimbourg après avoir néanmoins obtenu de lord Jacques Sluart, qui devint dans la suite célèbre sous le nom de comte de Muray, des lettres de recommandation pour plusieurs petits chefs voisins des frontières avec des instances particulières de faciliter son passage en Angleterre. Julien Avenel était un des chefs principaux à qui C€S recommandations étalent adressées, car jusqu'à ce jour et même encore bien long-tcmj)s aj)rès, la correspondance et les intérêts personnels de lord Jacques le mirent en rapport avec les petits chefs montagnaids , |)lut()t qu'avec les chefs plus pulssans et les hommes Inlluens de la frontière. Julien Avenel avait, sans consulter les lois de l'honneur, pratiqué des liaisons avec les deux partis. Néanmoins , quoujue sans délicatesse, 11 n'aurait pas trahi l'hôte que lord Jacques avait recommandé à son hospitalité, si, sous le voile officieux de la religion, Henri Warden ne s'était pas immiscé, comme 11 le prétendait, dans les affaires de sa famille; mais eu se déterminant à le faire repentir de la lecture qu'il avait osé lui faire et de la scène scandaleuse qu'il lui avait causée dans sa maison , Julien avec la méchanceté (pii lui était naturelle conçut le projet de rendre encore sa vengeance utile à ses intérêts personnels; en conséquence, au lieu d'infliger un châtiment à Warden dans son propre château, il résolut de le livrer aux membres du couvent de Sainte - Marie , pour en faire les instrumens de sa vengeance et [)our être fondé en même temps à réclamer personnellement auprès d'eux une récompense soit en argent, soit en terres concédées à très bas prix, forme que les nobles séculiers d'alors commençaient à introduire pour s'approprier les biens du clergé.
Le sous-prieur de Sainte-Marie, au moment où il s'y attendait le moins, vit donc cet intrépide, cet jufatigaldc, cet
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iiiHexiI)le ennemi de l'Ejjlise, tomber entre ses mains, et se erul obligé de justilier les promesses qu'il avait faites aux amis de la foi catbolique, en éteignant l'hérésie dans le sang (le l'un de ses plus fidèles fauteurs.
H faut dire à l'honneur de son cœur et non de la position où il se trouvait, que le père Eustache, en apprenant que Henri W arden venait d'être mis en son pouvoir, loin d'en paraître joyeux, fut frappé d'un sentiment pénible; mais ce moment d'émotion passé, il eu fut tout charmé. «Il est douloureux, se dit-il en lui-même, de faire souffrir son semblable, il est terrible de faire verser le sang humain. Mais le juge qui tient dans ses mains l'épée de saint Paul et les clefs de saint Pierre, ne doit pas reculer devant ses devoirs. Nos armes se tourneraient contre nous-mêmes, si d'un bras ferme et sans relâche nous n'en frappions les ennemis mortels de la sainte Eglise. Perçut istel qu'il périsse! telle est la sentence qu'il a encourue , et tous les hérétiques d'Ecosse seraient à ses côtés armés pour le défendre, qu'elle n'en serait pas moins prononcée et mise à exécution, si je le puis. Qu'on amène le prisonnier, dit-il à haute voix, avec un ton d'autorité.»
Henri Warden fut amené, les mains liées, mais les pieds en liberté. «Que tous ceux qui sont inutiles à la garde du prisonnier se retirent,» dit le sous-])rieur.
Tous se retirèrent, excepté Christie Clinthill , qui, après avoir renvoyé les hommes d'armes qui étaient sous ses ordres, lira son épée du fourreau et se plaça à côté de la porte pour remplir les fonctions de sentinelle.
Le juge et l'accusé se trouvèrent alors face à face, mais dans les yeux de tous les deux on voyait briller la noble confiance que chacun avait <lans la bonté de sa cause.
Le moine entrait en lice au risque des plus grands ])érils pour lui-même et pour sa communauté, pour frapper un coup que dans son aveuglement il appelait son devoir. Le réformateur, plein d'un zèle non moins ardent mais mieux raisonné, était prêt à recevoir le coup pour l'amour de Dieu, et disposé même, s'il le fallait, à sceller de sang sa mission évangélique. Placés à une trop grande distance de la scène pour pouvoir apprécier la tendance des principes (jui dirigeaient ces deux athlètes, nous ne ])ouvons pas soupçonner