‹ Le monastèreChapitre 20 sur 247 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Teux bien ; et ce sera bien le diable si nous ne pouvons, à nous deux, gagner la nourriture de trois, sans compter ma jolie petite maîtresse. Allons, partons, partons; il est inutile de rester ici plus long-temps; nous avons cinq milles d'Ecosse à faire, à travers des bruyères et des marécages, et ce n'est pas une promenade bien facile pour une dame du rang de notre maîtresse. »

Il y avait fort peu d'objets de ménage à transporter, ou qui valussent la peine de l'être. Un vieux petit cheval, qui avait échappé aux ])illards, en partie à cause de sa misérable apparence, en partie à cause de la répugnance qu'il avait montrée à se laisser prendre par des étrangers, fut employé à transporter quelques couvertures et autres bagatelles qu'ils possédaient. Lorsque Shagram arriva, au coup de sifflet bien ■connu de son maître, celui-ci fut surpris de voir que le pauvre animal avait été blessé, quoique légèi'ement par une flèche qu'un des fourrageurs lui avait lancée , sans doute de colère de l'avoir inutilement poursuivi.

«Hélas! mon pauvre Shagram, dit le vieillard, en mettant tjuelque chose sur la blessure, faut-il donc que tu aies, comme nous tous , sujet de maudire l'arc et la flèche ?»

«Et dans quel coin de l'Ecosse n'a-t-on pas de motifs pour les maudire ? dit la dame d'Avenel. »

«Cela est vrai, madame, dit Martin ; mais que Dieu défende le bon Ecossais contre la flèche lancée de loin , et il saura se défendre contre celui qui voudra combattre avec lui corps à corps. Mais mettons - nous en marche; je puis revenir pour prendre les bagatelles que je laisse, et il n'y a personne ici autour qui vienne y toucher , excepté nos bonnes voisines , et elles ne...»

«Pour l'amour de Dieu , mon bon Martin, dit sa femme retenez votre langue. Songez à ce que vous dites , et que nous avons des endroits si sauvages à traverser avant d'arriver à la porte de la tour. »

Le mari fit un signe d'acquiescement à l'observation ; car on regardait comme extrêmement imprudent de parler des fées, soit sous le titre de bonnes voisines , soit sous un autre quelconque, surtout quand on était sur le point de passer dans les lieux que l'on supposait qu'elles fréquentaient,

(iO LE MONASTERE.

lis commencèrent leur pèlerinajie le dernier jour d'octobre. «C'est aujourd'hui l'anniversaire de ta naissance, ma chère Marie, dit la mère , lame déchirée de souvenirs amers. Hélas! qui aurait pu penser que celle qui, il y a six ans , fut mise dans son berceau , au milieu de tant d'amis qui se livraient à la joie, chercherait ce soir un asile, et peut-être inutilement !»

La famille exilée se mit en route. Marie Avcnel, jolie petilc fille d'environ cinq ou six ans, montée sur Shagram à la manière des bohémiennes et placée entre deux paquets de matelas et de couvertures; la dame d'Avenel marchant à côté de l'animal que Tibb conduisait ])ar la bride , et le vieux Martin un peu en avant regardant avec soin autour de lui pour reconnaître le chemin.

Après avoir fait deux ou trois milles, la tâche de Martin , comme guide, devint plus difficile qu'il ne s'y était attendu , ou qu'il ne voulait l'avouer. Il se trouva que la vaste étendue des pâturages qu'il connaissait parfaitement bien , se dirigeait à l'ouest, et que pour gagner la petite vallée de Glendearg , il fallait aller directement à l'est. Dans les cantons les plus sauvages de l'Ecosse, le passage d'une vallée à une autre, autrement qu'en descendant celle que l'on quitte en montant la suivante , est souvent très difficile. Des hauteurs et des creux, des bruyères et des rochers croisent continuellement la roule , dont on est sans cesse détourné par tous ces obstacles particuliers au pays ; en sorte que Martin , quoique se disant sur d'avoir en général suivi la même direction, reconnut enfin, et fut forcé d'avouer malgré lui qu'il -s'était égaré delà ligne qui devait aboutir exactement à Glendearg, et soutint néanmoins qu'ils devaient en être très près. « Si nous pouvons seulement réussir à traverser ce vaste marais, dit-il , je suis sur que nous verrons le sommet de la tour. »

Mais traverser le marais était une chose qui ne présentait pas peu de difficulté. Plus ils se hasardaient à aller en avant, bien qu'avec toutes les précautions que dictait l'expérience de Martin, plus ils sentaient que le terrain devenait mauvais, jusqu'au moment où, après avoir passé des endroits extrêmement dangereux, la meilleure raison que l'on put donner pour continuer à avancer fut qu'il y avait tout autant de danger à reculer.

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