CHAPITRE XXXI
peiil rien. Ecoule donc la voix de la persuasion. Discutons en nialière de religion comme nous avions coutume de faire |)our nos disputes de collège, en ce temps heureux où nous passions des heures et quelquefois des journées ensemble à exercer nos facultés intellectuelles. Tu finiras peut-être par reconnaître la voix du berger et par revenir au grand bercail.»
«Non, Allan, répondit le prisonnier; ce n'est pas ici une question d'amour-propre sur laquelle des scoliastes rêveurs peuvent, comme sur un métal , aiguiser leur intelligence jusqu'à ce qu'ils aient emporté la pièce; les erreurs que je combats ressemblent à ces esprits qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière. Hélas ! on compte bien peu d'élus parmi les philosophes et les savans. La chaumière et le hameau attesteront de cette époque contre les écoles et leurs disciples. Ta sagesse même, qui n'est que folie, le fait regarder, de même que les anciens de la Grèce, comme folie ce qui est la véritable sagesse. »
«Ce sont, dit le sous-prieur avec sévérilé, les vaines déclamations d'un aveugle enthousiasme qui méconnaît la science et l'autorité, et qui ferme les yeux à ce guide infaillible que Dieu nous a offert comme un fanal dans les conciles des pères de l'Eglise, pour en appeler à une interprétation téméraire, libre et intéressée des Ecritures que cha((ue hérétique défigure selon ses opinions ou ses intérêts. »
«Je dédaigne de répoudre à cette attaque, répliqua Warden. La question à résoudre entre votre Eglise et la mienne est de savoir si nous serons jugés par les saintes Ecritures ou par les décisions et les préjugés des hommes, non moins sujets à l'erreur que nous-mêmes; de ces hommes qui ont dénaturé notre sainte religion par de vaines cérémonies, qui ont élevé des idoles de pierre et de bois à l'image de ceux qui, |)ciula!!i leur vie, n'étaient que des pécheurs, comme si les hommages qui ne sont dus qu'au Créateur pouvaient être partagés avec ses créatures; de ces hommes qui ont créé entre le ciel et l'enfer un séjour d'exj)iation , cet utile purgatoire dont le pape garde les clefs comme un juge inique qui commue les peines moyennant des offrandes, et...»
«Silence, blasphematcur, s'écria sévèrement le sous-prieur, ou je vais avec un bâillon arrêter le cours de les impiétés.»
« La voilà celle liberté dans les conférences chrétiennes auxquelles les prêtres de Rome nous invitent sibénignement ! les bâillons, les tortures. Le glaive est Vidtima ratio Romœ ; mais sais-tu , mon vieil ami , que l'âge n'a pas encore tellement affaibli le caractère de ton ancien camarade qu'il n'ose endurer pour la cause de la foi tous les tourmens que ton orgueilleux clergé voudrait lui infliger?»
« Quant à cela, reprit le moine, je n'en doute pas; tu fus toujours comme un lion qui se rue en fureur contre le pieu du chasseur et non comme le cerf qui fuit épouvanté au son du cor. Wellwood, dit-il après s'être promené dans la chambre quelques momens en silence, nous ne pouvons rester plus long-temps amis; notre foi, notre espérance, cette ancre de salut, notre éternité n'est plus la même.»
«Ce n'est que ti"op vrai , ma douleur en est profonde , dit le réformateur : que Dieu me refuse sa miséricorde , si je ne voudrais pas acheter du plus précieux de mon sang la conversion d'une ame comme la tienne.»
« Je fais pour toi le même vœu , et avec plus de raison, répliqua le sous-prieur; un bras comme le tien deviendrait le boulevard de l'Eglise , tandis qu'il dirige maintenant le bélier pour la renverser et qu'il élargit la brèche à travers laquelle tout ce qu'il y a d'avide, de bas et de malintentionné dans ce siècle d'innovations se |)récipile pour hâter sa destruction et se partager ses dépouilles. Mais puisque tel est notre sort, et que nous ne pouvons pas combattre dans ce monde comme tleux amis l'un à côté de l'autre, agissons au moins comme des ennemis généreux. Vous ne pouvez avoir oublié ces vers :
O gran bonia dei cavalière anlichi Erano nemici , eran dejede diversa ' .'
« Quoique peut-être , en s'arrêtant tout court dans sa citation, votre nouvelle croyance vous défende de conserver le souvenir des seutimens de noblesse et de fidélité que les grands poètes ont célébrés. »
«La foi de Buchanan, répondit le predicant, la foi de Buchanan et de Bèze ne saurait être ennemie de la littérature :
' Telle était la bonté des aueiens rlicvalicrs, quoique euueiui» et de cioyauec ilifféreute. a. m.