CHAPITRE XXXI
mais le pgèle cjue vous venez de citer leufeime des idées plus propres à une cour dissolue qu'à un couvent.»
«Je pourrais à mon tour vous ré|)oudre sur votre Théodore de Bèze, dit le sous-prieur en souriant; mais je hais le détracteur qui, semblable à l'insecle qui se nourrit de cadavres, effleure tous les corps qui jouissent de la vie pour découvrir quelque partie corrompue où il puisse s'établir. Uevenons à mon projet. Soit que je te conduise moi-même ou que je le fasse conduire prisonnier à Sainte - Marie, tu es un homme perdu ; cette nuit en prison, et demain ])endu ; si je te laisse prendre la clef des champs, je fais tort à la sainte Eglise , et j'enfreins le vœu solennel qui me lie personnellement. On peut dans la ca|)itale ado|)ter quelque nouvelle décision sur ton compte ou bien des circonstances plus favorables peuvent se présenter. Veux- tu rester prisonnier sur parole, et reprendre, oui ou non, ta liberté, comme disent les guerriers de ton pays ; veux-tu me promettre solennellement que tu tiendras ta parole, et qu'à ma première réquisition tu te présenteras toi-même devant l'abbé et le chapitre de Sainte-Marie, et que tu ne t'éloigneras pas de cette maison à plu» d'un quart de mille de distance ? Veux-tu , dis-je, m'en donner ta parole : telle est la ferme confiance que j'ai dans ta bonne foi , que lu resteras ici en sûreté, sans gardj>s , comme un prisonnier libre , obligé seulement de comparaître devant notre cour lorsque tu en seras requis.»
Le predicant réfléchit. «Je répugne, dit-il, à enchaîner ma liberté par aucun engagement volontaire; mais je suis déjà en votre pouvoir et vous pouvez m'obliger à faire ce que je |)romettrais; en restant circonscrit dans certaines limites, pour comparaître lorsque j'en serai requis, je ne renonce en cela à aucune espèce de liberté dont je jouisse maintenant , et que j'aie le droit d'exercer; mais, au contraire, en vous donnant ma parole et en me mettant à votre discrétion , j'acquiers une liberté que je ne possède i)as à présent ; j'accepte donc ta proposition , d'autant plus iju'elle m'est faite avec civilité ei que je puis l'accepter sans déshonneur.»
« ijn instant, dit le sous-prieur , nous avons oublié la partie importante de ton engagement; tu dois étendre ta promesse, tant que la liberté te sera laissée, à ne prêcher ni enseigner.
directement ou indirectement, ces funestes hérésies qui ont enlevé de nos jours tant d'araes au royaume des lumières pour les plonger dans le royaume des ténèbres.»
«Notre traité est rompu , dit Warden avec fermeté. Malheur à moi si je ne prêche pas l'Evangile ! »
La figure du sous-prieur se rembrunit, il se promena à grands pas dans la chambre,, en murmurant : « Maudite soit sa folie opiniâtre!» ensuite s'arrètant tout-à-coup, il rentra dans son argument, « Mais d'après ton propre raisonnement ^ Henri , tu dois bien voir que ton refus n'est qu'un caprice d'enfant : il est en mon pouvoir de te placer dans un lieu où tes sermons ne frapperont certainement les oreilles de personne ; ainsi, en promettant de t'absteuir de prêcher tu n'ac-^ cordes rien qu'il soit en ton pouvoir de refuser. »
«Je ne sais pas, répliqua Henri Warden. Tu peux, en vérité, me jeter dans un cachot: mais es-tu certain que mon divin maître ne me prépare pas quelque tâche à remplir dans cet horrible séjour? Les chaînes des saints ont bien servi à briser celles de Satan. C'est bien dans vnie prison que Saint Paul convertit au Seigneur son geôlier et toute sa famille.»
«Non ! dit le sous-prieur d'un ton de colère et de mépris, si vous vous comparez au bienheureux apôtre, il est temps de mettre un terme à notre discussion. Prépare-toi à souffrir la peine méritée par ta folie et ton hérésie. Soldats, enchaînez-le. »
Le predicant, se soumettant à son sort avec une orgueilleuse résignatiojî, et regardant le sous-prieur avec un sourire de supériorité , présenta ses bras de manière à ce que les liens |)ussent venir ceindre son corps.
«Ne m'épargnez pas,» dit-il à Christie, car ce coquin même craignait de serrer trop étroitement les liens.
Cependant le sous-prieur se couvrit la tête de son capuchon et te ramena en partie sur sa figure pour regarder le predicant par dessous , comme s^il avait craint de faire paraître son émotion. Tel un chasseur, au moment de tirer lui noble cerf, se sent frappé d'une craintive admiration envoyant la majesté de son front et de ses andouillers. Tel est l'oiseleur qui, visant un aigle superbe , se résout avec ])eine à profiter de ses avantages en voyant le noble souverain des airs braver fièrement le coup qu'on va lui porter. Le sous-prieur, timoré