‹ Le monastèreChapitre 205 sur 247 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

«Mais ce fut néanmoins par son intercession, répéta le sous -prieur; car que dit la Vulgate? voici ses propres paroles : Et exaudivit Dominas vocem HeliCy et reversa est anima pucri intra eum , et revixit^. Penses-tu que l'intercession d'un saint admis en la présence du Tout-Puissant soit plus faible que quand il marchait sur cette terre, enfermé dans une prison de boue, et ne voyant que par l'œil de la chair.»

Pendant cette controverse, Edouard Glendinning semblait inpatient, agité intérieurement par quelque forte émotion; mais était-ce de joie, de chagrin ou d'espérance , c'est ce que sa physionomie ne faisait pas expressément connaître; enfin, ne pouvant plus se contenir, il prit, contre sa coutume, la liberté d'interrompre le discours du sous -prieur, qui, malgré sa résolution, se laissait agréablement entraîner par l'esprit de controverse, et le pria de lui permettre de lui dire quelques mots en particulier,

«Faites retirer le prisonnier, dit le sous-prieur à Christie; veillez-le soigneusement, de peur qu'il ne s'échappe; mais sur votre tète ne lui faites aucun mal.»

Cet ordre étant exécuté , Edouard et le moine se trouvèrent seuls , et le sous-prieur lui parla ainsi :

«Qu'avez-vous donc, Edouard, que vos yeux sont si hagards et qu'un rouge foncé succède si rapidement à la pâleur sur votre visage? Pourquoi avez -vous interrompu si brusquement et si mal-à-propos l'argument sous lequel j'allais terrasser cet hérétique? et pourquoi ne courez-vous pas annoncer à votre mère que son fils lui est rendu par l'intercession, comme l'Eglise nous en est un garant, du bienheureux saint Benoit, le patron de notre ordre? car si jamais je l'ai prié avec ferveur, c'a été en faveur de cette maison, et tes yeux en ont vu le résultat; hâte-toi d'aller le dire à ta mère.»

«Il faudra donc lui dire, répondit Edouard, que si elle a retrouvé un de ses fils, elle a perdu l'autre.»

«Que veux-tu dire, Edouard? quel est ce langage?»

«Mon père, dit le jeune homme en s'agenouillant devant lui» j'éprouve le besoin de vous faire l'aveu de mon crime et de

' Le Seigneur exauça la prière d'Élie; l'ame de l'enfant revint dans son corps, et il se trouva ressuscité, a. m.

ma honte , et vous serez vous-même témoin de la pénitence à

laquelle je me condamne.»

«Je ne te comprends pas , mon fils ; qu'as-tu fait qui mérite une si sévère confession; as-tu prêté l'oreille, ajouta-t-il en fronçant les sourcils, au démon de l'hérésie, le plus dangereux tentateur ])our ceux qui, comme malheureux réformateurs, sont distingués par leur amour de la science?»

«Je suis innocent sous ce rapport, et jamais je n'ai eu la présomption de penser autrement que vous ne me l'avez recommandé, mon bon père.»

«Et qu'est-ce donc cpii peut ainsi troubler ta conscience? parle-moi franchement, mon fils, afin que je puisse te répondre des paroles de consolation; car la miséricorde de l'Eglise est grande pour ses enfans obéissans,qui ne doutent point de son pouvoir.»

«J'en aurai besoin, comme vous le verrez d'après mon aveu, reprit Edouard. Mon frère Halbert, si bon, si courageux, cjui m'aimait tant, qui ne pensait, ne parlait, et n'agissait que par amour pour moi , dont la main m'a secouru dans tous mes embarras, dont l'œil veillait sur moi comme l'oeil de l'aigle veille sur ses ]>eiits quand ils essayent pour la première fois de déployer leurs ailes; eh bien ! ce frère si affectueux pour moi, j'ai appris sa mort soudaine, violente, et je me suis réjoui; j'apprends maintenant que, contre toute attente , il nous est rendu, et je m'en suis attristé ! »

«Edouard, vous êtes hors de vous-même, vous ne vous connaissez pas. Quel motif pourrait vous pousser à une ingratitude! Dans votre précipitation vous vous êtes mépris sur la nature réelle de vos sentimens; allez, mon fils, invoquer le ciel, et rappelez le calme dans votre ame : nous parlerons de ceci une autre fois.»

«Non, non, mou père, dit Edouard avec vivacité, maintenant ou jamais ! Je trouverai moyen de dompter ce cœur rebelle, ou je l'arracherai de mon sein ! Me méprendre sur les passions qui le déchirent! non, mon père; il est difficile de prendre le chagrin pour la joie : tout le monde ])leurait, tout le monde poussait des cris autour de moi, ma mère, les domestiques, les fermiers, et elle aussi, elle qui est la cause

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