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CHAPITRE XXXIl

de mon crime, tous jileuraieut, et moi , je j)ouvais à j)eiiie déj|uiser ma joie sauvage el insensée, sous l'apparence du désir de la ven{j;eance. Mon frère, m'écriai-je, je ne puis te donner des larmes, mais je te donnerai du sanjj; oui, mon ])ère, pendant que je com|)tais les heures les unes après les autres, pendant que je veillais sur le prisonnier anjjlais, je me disais, chaque heure, chaque moment, me rapprochent de l'espérance et du bonheur.»

«.le ne te com|)rends pas, Edouard, et je ne puis concevoir comment le meurtre supposé de ton frère t'a fait éprouver une joie si dénaturée; ce n'est certainement pas le vil désir d'hériter de sa médiocre fortune.»

(( Périssent ces misérables objets de la convoitise de l'homme ! non, mon père, non, c'était la rivalité, c'était une jalouse rajîfe, c'était l'amour de Marie Avenel qui m'a poussé à l'horrible sonhail dont je vous fais l'aveu.»

«L'amour de Marie Avenel ! d'une dame si au dessus de vous deux par le ranjif et la naissance! comment Halbert a-t-il osé, comment avez- vous osé vous- même lever les yeux sur une personne si supérieure à vous , autrement que pour l'honorer et la respecter?»

« L'amour s'est -il jamais inquiété du blason? répliqua Edouard. En quoi Marie, l'hôte et l'enfant" adoptive de notre mère diffère-t-elle de nous, avec qui elle a été élevée, si ce n'est pas une lonfjue suite d'ancêtres , qui depuis lonjj-temps n'existent plus? c'était assez que nous l'aimions, nous l'aimions deux; mais la passion d'Halbert fut payée de retour, il ne le savait pas, il ne le voyait ])as. Mais j'avais un œil plus ])énétrant. .le m'aperçus que, ])endant que Marie me louait davantage, c'était Halbert qu'elle aimait le mieux. Elle passait volontiers tète à tète avec moi des heures entières dans toute la simplicité el la Iràncpiille indifférence d'une sœur; mais elle n'osait en faire autant avec Halbert; elle chanjjeait de couleur, elle tressaillait lorsqu'il l'approchait, et dès qu'elle le voyait s'éloljjner, elle devenait triste, pensive, et cherchait la solitude ; j'ai su|)porté tout cela. .l'ai vu les projjrès ipie mon rival faisait chaque jour dans ses affections; je les ai vus, mon père, et ce|)endant je ne le haïssais point, je ne j)ouvais le haïr.»

«Et tant mieux pour vous, mon (ils; cela ne doit pas m'é-

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tonner, au reste ; fier et emporté comme vous êtes, auriez pu haïr votre frère parce qu'il partageait votre propre folie?»

«Mon père, reprit Edouard, le monde vous croit sage et vous attribue une connaissance profonde du genre humain ; mais votre question prouve que vous n'avez jamais aimé ; il m'en coûta un grand effort pour ne pas haïr un si bon frère, qui, sans aucun soupçon de notre rivalité, m'accablait chaque jour de marques d'affection , quelquefois même mon ame se sentait capable de répondre à sa tendresse avec tout l'enthousiasme de la reconnaissance et de l'admiration, et jamais je ne l'éprouvai si vivement que le soir que nous nous séparâmes. Mais je ne pus m'empêcher de me réjouir, lorsque je réfléchis que je ne le trouverais plus chaque jour sur mon chemin ; je ne pus m'empêcher de m'attrister quand j'avais vu qu'il allait de nouveau venir s'interposer entre l'objet de mon amour et moi.»

«Que le ciel vous protège, mon fils! dit le moine; votre ame est vraiment dans un état terrible. C'était dans cette disposition chagrine que le premier meurtrier leva la main contre son frère, parce que le sacrifice d'Abel avait été plus agréable au Seigneur.»

«Je lutterai contre le démon qui me poursuit, mon père, oui, je lutterai contre lui et je le vaincrai. Mais avant tout, il faut que je m'épargne la vue des scènes qui vont avoir lieu ici; je ne pourrais supporter de voir les yeux de Marie Avenel briller de joie en revoyant l'amant qu'elle préfère. Ce serait un spectacle capable de faire de moi un second Caïn. Ma joie farouche, dénaturée, passagère, s'est satisfaite en se livrant au désir de commettre un homicide i. Comment puis-je savoir à quels excès me porterait la frénésie de mon désespoir?»

«Insensé! dit le sous-prieur, à quel horrible crime t'entraîne ta fureur?»

«Mon sort est décidé , dit Edouard d'un ton résolu ; je veux embrasser l'état spirituel que vous m'avez si souvent recommandé. Je veux retourner avec vous au couvent de Sainte- Marie, et avec la permission de la sainte Vierge et de saint Benoît, prier l'abbé de me recevoir au nombre des novices.»

«Non pas maintenant, mon fils, non pas dans l'état d'exas-

« Phrase omise par M. Defauconpret, page 404. a m.

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