CHAPITRE XXXII
pération où vous êtes. Les hommes sages et bons n'acceptent pas les dous qu'où leur fait dans l'emportement de la passion, et dont on pourrait se repentir plus tard * ; et nous, présenterons-nous nos offrandes à celui qui est la sagesse et la bonté même avec moins de solennité et d'humble dévotion qu'il n'en faut pour les rendre agréables à nos faibles compagnons dans cette vallée de ténèbres? Je vous dis cela, mon fils, non pas pour vous détourner du bon sentier que vous êtes porté à préférer, mais pour que je puisse être plus sûr de votre choix et de votre vocation. »
«Il y a des résolutions, mon père, qui ne souffrent aucun délai, et la mienne est de ce genre. Il faut que je l'accomplisse à l'instant même, ou elle ne le sera jamais. Permettez - moi donc de retourner avec vous; je ne veux pas être témoin du retour d'Halbert dans cette maison; la honte et le souvenir des injustes sentimens qui m'ont animé contre lui se joindraient à ces terribles passions, qui se combattent dans mon sein et me poussent à lui faire encore plus de mal. Je vous en conjure donc une seconde fois, permettez - moi de retourner avec vous.»
«Oui, sans doute, mon fils, je vous permettrai de me suivre; mais notre règle, ainsi que la raison et le bon ordre, exige que vous demeuriez pendant un certain temps comme novice, avant de prononcer ces vœux indissolubles , qui , vous séquestrant pour jamais du monde, vous consacreront au service du ciel. »
«Et quand partons -nous, mon père,» demanda le jeune homme avec autant de vivacité que si le voyage qu'il allait commencer l'eut mené à une fête d'un beau jour d'été.
«A l'instant même, si vous voulez, dit le sous-prieiu' cédant à son impétuosité. Allez donc commander les préparatifs de notre départ. Ha! arrêtez un moment, ajouta-t-il en voyant Edouard s'élancer hors de la chambre avec l'ardeur entbousiaste qui le caractérisait, approchez-vous, mon fils, et mettez-vous à genoux. »
' The wise and good accept not gifts which are made in eat of blood, and which may he ajter repented of, dit le texte; ce que M. Defaiiconpret, page 4o4 > tMdult par : « Je ne puis vous permettre de vous charger de liens indissolubles qui vous coûteraient peut-être ensuite bien des regrets. » a. m.
us MONASTÈRE. 2;
Edouard obéit et s'agenouilla devant lui. Le sous -prieur avait une petite taille et une physionomie peu imposante ; toutefois l'énergie de son accent , le ton de conviction profonde avec lequel il parlait, pénétraient ses élèves et ses péuitens d'un sentiment extraordinaire de respect pour sa révérence. Son cœur était toujours de moitié avec le devoir dans les fonctions qu'il remplissait, et le guide spirituel, qui montre ainsi une conviction profonde de l'importance de son ministère , manque rarement de produire une impression semblable sur l'esprit de ses auditeurs. Dans les occasions comme celle où il se trouvait , son corps semblait prendre une stature plus majestueuse, ses traits amaigris un air plus noble et plus imposant; sa voix toujours belle tremblait, comme soumise à î'iiîspiration immédiate de la Divinité, tout son être en un mol semblait annoncer en lui, non pas un homme ordinaire, mais l'organe de l'Eglise , à qui elle avait confié son pouvoir de délivrer les péclieurs du fardeau de leurs iniquités.
«Mon fils, lui dit - il, avez - vous fidèlement raconté les circonstances qui vous ont ainsi subitement déterminé à embrasser la vie religieuse?»
«Je vous ai fait l'aveu de tous mes péchés, mon père, répondit Edouard , mais je ne vous ai point encore parlé d'une étrange apparition , qui peut-être n'a pas médiocrement concouru à me faire prendre cette résolirtion.»
«Parlez, parlez donc, dit le sous -prieur, c'est un devoir pour vous de ne me laisser rien ignorer, afin queje puisse bien comprendre la tentation à laquelle vous cédez.»
«Je ne vous raconterai la chose qu'avec répugnance; car quoique je ne dise que la vérité, Dieu m'en est témoin, je suis moi-même enclin à la regarder comme une fable.»
«N'importe, dites-moi ; ne craignez point de moqueries de ma part; vous voyez queje puis avoir des raisons de regarder comme vrai ce qui paraît fabuleux aux autres.»
«Sachez donc, mon père, que partagé entre la crainte et l'espérance, quelle espérance, juste ciel! l'espérance de trouver le cadavre de mon frère jeté dans la boue ensanglantée que le pied de l'odieux assassin avait foulée, je volai à la vallée appelée Corrie-Nau-Shian ; mais , ainsi que vous le savez déjà, je ne trouvai ni le tombeau que mon cœur dénaturé