CHAPITRE XXXllI
€e Ikmnnin'.
«Maintenant, sur ma parole, tuut cela est embrouille <i commu le peloton de laine d'une tricoteuse indolente « qa'an jeune chat espiègle tire à travers la chambre , «tandis que la bonne dunie, assise au coin de son feu, i< laisse aller sa tète en dormant. Messieurs, prêtez «l'oreille, il faudra quelque habileté pour éclaircir « cela. » ancienne comédie.
Edouard, avec la promptitude de quelqu'un qui doute de la fermeté de la résolution qu'il a prise , se hâta de préparer les chevaux pour leur départ , et en même temps il remercia et congédia les voisins qui étaient venus à son secours , et qui ne furent pas peu surpris de la décision soudaine de sou départ, et du tour qu'avaient pris les affaires.
«Voilà une froide hospitalité , dit Dan d'Howelet Hirst à ses camarades ; je jure bien que tous les Glendinning peuvent vivre ou mourir maintenant avant que je remette le pied dans l'étrier pour eux.»
Martin les apaisa en plaçant devant eux à boire et à manger. Ils mangèrent néanmoins d'un air mécontent • et parlèrent de mauvaise humeur.
La joyeuse nouvelle qu'Halbert Glendinning vivait , se répandit en peu de temps dans la famille désolée. La mère pleurait et remerciait le ciel alternativement ; enfin ses habitudes d'économie domestique se réveillant eu elle à mesure que .son esprit devenait plus calme , elle observa qu'il y aurait beaucoup d'ouvrage à raccommoder les portes. Et que feraiton taudis qu'elles seraient brisées de celte manière? Les portes ouvertes, les chiens entrent dans la maison.
Tibbie remarqua ce qu'elle avait toujours pensé, qu'Halberi était trop adroit à l'épée pour être tué si facilement par un Piercy , quel qu'il fût. On pourrait dire de ces Anglais tout ce qu'on voulait; mais qu'ils n'avaient ])as la force et la vigueur d'un bon Ecossais lorsqu'il fallait en venir aux mains.
' SuUenlj, dit le texte; eu silence, dit M. Defaiiconprct , page 409- 'V- »*.■
Llmpression que reçut Marie Avenel fuL beaucoup plus profonde, elle avait tout nouvellement appris à prier, et il lui semblait que sa prière avait été à l'instant exaucée ; que la compassion du ciel, qu'elle avait appris à implorer dans les paroles de l'Ecriture était descendue sur elle d'une manière presque miraculeuse , et avait rappelé le mort du tombeau , en entendant ses lamentations. L'enthousiasme de ses senlimens étaient dangereux , mais il prenait sa source dans la dévotion la plus pure.
Cn espèce de voile de soie brodé, un des articles le plus magnifiques de la parure qu'elle possédait , fut cousacré à envelopper et à cacher le saint volume que désormais elle regardait comme son trésor le plus précieux , déplorant seulement que faute d'un habile interprète, il dût être, en bien des endroits pour elle , un livre clos et une fontaine fermée. Elle n'avait aucune idée du danger ])lus grand qu'elle courait en attachant un sens imparfait, ou même faux, à quelques unes des doctrines qui paraissaient très compréhensibles. Mais le ciel avait pourvu à tous ces hasards '.
Tandis qu'Edouard était occupé à prépa^qr les chevaux , Christie de Clinthill demanda de nouveau au père Eustache ses ordres relativement au prédicateur réformé , Henri Warden , et, pour la seconde fois , le digne moine essaya de concilier dans son esprit la compassion et l'estime que, presqu'en dépit de lui-même, il ne pouvait s'empêcher de ressentir ])our son ancien camarade, avec les devoirs qu'il devait à l'Eglise. La résolution inattendue qu'avait prise Edouard avait levé , pensait-il, la principale objection, à laisser Henri à la tour de Glendearg^.
«Si j'emmène ce Wellwood, ou Warden, au monastère, pensait-il , il mourra , il mourra dans son hérésie ; il périra corps et ame. Et quoiqu'une telle mesure fût regardée autrefois comme nécessaire pour frapper de terreur les hérétiques, leur force, qui s'accroît tous les jours , est telle maintenant que sa mort |>eut plutôt les rendre furieux et les porter à la vengeance. 11 est vrai qu'il refuse de promettre de ne pas semer l'ivraie dans le blé ; mais ici la terre est trop stérile pour
' Paragr.npho omis en entier par M. Defanronprct, page 4io. — ' Phrase omise par le même a. m.
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le recevoir. Je ne crains pas qu'il fasse aucune impression sur ces pauvres femmes vassales de l'Eglise , et élevées dans l'obéissance de ses commandemens. Le caraelère d'Edouard , hardi, inquiet, ardent et avide de connaissances, pouvait donner de l'aliment au feu, mais il s'éloigne, et je ne laisse rien ici que la flamme puisse atteindre. Ainsi il n'aura pas le pouvoir de répandre ses mauvaises doctrines, et sa vie sera conservée, et il peut se faire que son ame soit sauvée, comme l'oiseau s'échappe des filets de l'oiseleur. Moi-même j'argumenterai avec lui, je le combattrai; quand nous étudiions ensemble, je ne lui cédais pas, et sûrement la cause pour lacpu'lle je combats me donnerait de la force, si j'étais encore plus faible que je pense l'être. Si cet homme abjurait ses erreurs, l'Eglise retirerait cent fois plus d'avantage de sa régénération spirituelle que de sa mort temporelle.»
Après avoir fini ces réflexions , où il montrait son caractère humain, ses principes sévères , et une bonne dose d'amourj)ropre, et où il ne se faisait que peu d'illusion à lui-même, le sous -prieur ordomia que le prisonnier fût amené en sa présence.
«Henri, lui dit-il, quoi que puisse me demander la rigidité de mes devoirs, mon ancienne amitié et la charité chrétienne me défendent de te conduire à une mort assurée.»
«Tu étais généreux , je le sais, quoique tu fusses ferme et opiniâtre dans ta résolution; que le sentiment de ce que ta pensée a[)pelle tes devoirs ne te conduise pas plus loin que le mien n'a fait. Rappelle-toi que, lorsque tu détourneras ici de la bergerie une seule brebis il en sera demandé compte dans les temps et dans l'éternité à celui qui t'aura laissé la liberté de faire un tel mal; je ne te demande aucune promesse, excepté celle de rester prisonnien' sur parole dans cette tour, et de paraître lorsqu'on t'eij sommera.»
«Tu as trouvé le moyen, lui répondit le prédicateur, d'enchauier mes mains plus solidement que n'auraient pu le faire les plus lourdes chaînes de la ])rison de ton couvent. Je ne ferai rien témérairement, rien qui puisse t'aCtirer la disgrace de les malheureux 8U])érieurs; et j<' serai d'autant plus cir-
' IMirasc omise par M. Defanconjjrcl , dcimis la étuis généreux , etc., pag. 4U-
conspect que, si nous avons plus tard l'occasion d'une conférence , j'espère que ton ame peut encore être sauvée comme on retire un tison du bûcher, et te faire dépouiller cette livrée de l'antechrist, qui trafique des péchés et des âmes des hommes, et je pourrai encore t'aider à te fixer sur le rocher des Ages.»
Le sous-prieur entendait cette profusion de sentimens, si semblables à ceux qu'il avait lui-même, avec le même feu que le coq dressé au combat entend le défi de son rival, et y répond.
«Je bénis Dieu et la sainte Vierge, dit-il en se redressant, de ce que ma foi a déjà jeté l'ancre près la pierre sur laquelle saint Pierre à fondé son Église. »
«C'est une mauvaise interprétation du texte, s'écria le violent Henri Warden , qui repose sur un vain jeu de mots; c'est une absurde paraphrase.»
La controverse allait se ralkmier, et selon toute probabilité, car qui peut être sur de la bonne disposition et de la modération du disputeur religieux , elle se serait terminée par la translation du prédicateur, comme captif au Monastère, si Christie de Clinthill n'eut observé qu'il se faisait tard, et qu'ayant à descendre la vallée qui n'avait pas une bonne réputation , il ne se souciait pas beaucoup de la traverser après le coucher du soleil. Le sous-prieur étouffa donc le désir qu'il avait d'argumenter; et ayant dit une seconde fois au prédicateur qu'il se confiait en sa reconnaissance et en sa générosité , il lui fit ses adieux.
«Sois sûr, mon vieux ami , répliqua Warden, que je ne ferai rien volontairement qui puisse te porter préjudice. Mais si mon maître place l'ouvrage dcA'ant moi , je dois obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme. »Ces deux hommes, éminens par leur caractère naturel et leurs connaissances acquises, avaient entre eux plus de ])oints de ressemblance qu'ils n'auraient voulu en admettre eux-mêmes. En effet, la principale différence entre eux était que le catholique, défendant une religion qui intéressait peu le sentiment, travaillait dans son zèle, pour la cause qu'il avait épousée, plus de tète que de cœur, et il était politique, circonspect et artificieux, tandis que le protestant, agissant sous la forte impulsion d'idées plus nouvel-