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CHAPITRE XXXIV

nous I)ien des gens donl le cœur peut s'être laissé égarer par de funestes doctrines. Les puissans chefs et barons rougiront de laisser les vassaux de paisibles moines combattre seuls les anciens ennemis de l'Ecosse.»

«Il se peut, dit l'abbé, que Foster compte sur Murray, dont la marche a été retardée depuis quelque temps , et qu'il l'attend ]>our se réunir à lui.»

«Par la croix! il ne le fera pas, dit le sous-prieur; nous connaissons ce sir John Foster. C'est un hérétique de l'espèce la plus contagieuse; il vise depuis long-temps à renverser l'Eglise, vrai garde de frontières, il a soif de ses dépouilles, il convoite ses richesses, et ce sera avec empressement qu'il volera en Ecosse; mais il y a beaucoup de raisons pour qu'il ne se presse pas de s'allier à Murray. S'il se réunit à lui, il n'aura tout au plus qu'une part dans les dépouilles de l'Eglise; s'il arrive avant lui, il regardera sa récolte de pillage comme lui appartenant tout entière. Julien Avenel a, comme je l'ai entendu dire, quelque motif d'en vouloir à sir John Foster : lorsqu'ils se rencontreront, ils combattront volontiers de part et d'autre. Sacristain , envoyez chercher notre bailli ; où est la liste des vassaux en âge de dévouer leurs services à l'abbaye? Envoyez également chez le baron de Meigallot, il peut mettre surpied soixante cavaliers, et plus; dites-lui (jue le monastère s'arrangera avec lui pour les droits de péage relatifs à son pont, si toutefois il se montre notre ami dans cette circonstance. Maintenant, mon père, calculons ensemble les forces que nous pouvons réunir, et celles de l'ennenii, afin que le sang humain ne soit pas versé en vain : calculons donc. »

«Ma cervelle est étourdie de cette conjoncture imprévue, répondit le pauvre abbé; je ne suis pas, je crois, plus lâche qu'un autre, quanta ce qui concerne ma propre personne; mais vous me parlez de lever des troupes, de calculer des forces, de marcher à l'ennemi, autant vaudrait parler de toutes ces choses à la plus jeune novice d'un couventdo nonnes. Au surplus, ma résolution est prise. Mes frères, ajoula-t-il en se levant et en s'avançant avec toute la dignité <|ue la majesté de sa taille lui permettait de prendre, écoutez pour la dernière fois la voix de votre abbé Boniface. J'ai fait pour vous tout ce que j'ai pu; dans des temps ])lus tranquilles j'eusse

]>eul-èti'e mieux fait, car c'est pour vivre dans la paix que j'ai choisi la vie du cloître, et elle m'a donné autant de tourment et d'inquiétude que si j'avais été cliargé de recevoir des droits ou de marcher à la tète d'une armée. Mais maintenant les choses vont de mal en pis, et à mesure que je vieillis , je me sens moins capable de lutter contre les événemens. Ainsi donc, comme il ne me convient plus de conserver une place dont les devoirs ne seraient plus qu'imparfaitement remplis par l'effet de l'âge et du malheur, j'ai pris la résolution de m'en démettre en faveur du père Eustache ici présent, notre bienaimé sous-prieur: je me réjouis aujourd'hui qu'il n'ait pas obtenu ailleurs l'avancement dû à son mérite, et j'espère que ce sera à lui que seront dévolues la mitre et la crosse qu'il esl dans mon intention de lui céder.

«Au nom de Notre-Dame, ne faites rien à la hâte, s'écria le père Nicolas; je me souviens que, lorsque le digne abbé Ingelram , âgé alors de quatre-vingt-dix ans, car je vous réponds qu'il ])Ouvalt se rappeler l'époque où Benoît XllI fut déposé, se sentit malade et se fit mettre au lit, les frères qui l'entouraient lui firent entendre qu'il ferait bien de donner sa démission; il répondit, car il était d'une humeur joviale, que tant qu'il pourrait courber son petit doigt, il s'en servirait pour retenir sa crosse. »

Le père sacristain fit aussi à son supérieur de vives représentations, et attribua sa résolution à sa modestie naturelle, qui le portait à prétexter une incapacité dont 11 s'accusait injustement. L'abbé, les regards dirigés vers la terre, l'éeouta en silence ; la Batterie elle-même ne pouvait parvenir à le séduire.

Le père Eustache, prenant alors un ton de dignité et de noblesse, parla ainsi à son supérieur qui le regardait d'un air abattu et déconcerté. «Révérend père, si jusqu'à présent j'ai gardé le silence sur les vertus dont vous avez donné l'exemple pendant le temps que vous avez gouverné cette maison , gardez-vous de penser que je les ai méconnues. Je sais que nul homme n'a jamais apporté, dans la place importante que vous occupez, un désir plus sincère de travailler au bien général; et si votre gouvernement n'est pas marqué par quelques uns de ces traits hardis qui distinguèrent parfois vos prédéces-

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