CHAPITRE XXXIV
encore pire qu'il n'est, votre révérence sait bien qu'il faut qu'il vive; et cela ne se peut sans quelque fraude, j'ose le dire.»
«Paix! mets-toi sur-le-champ en mesure de remplir ton message : nous te donnerons une lettre pour sir Piercy Shafton.»
Christie fit deux j)as vers la porte, puis revint en hésitanJ et avec l'air d'un homme qui aurait envie de faire une plaisanterie impertinente, s'il l'osait. «Que ferai-je, demanda-t-il^ de Mysie Happer, que le chevalier a emmenée avec lui? dois-je la conduire ici, votre révérence?»
«Ici, misérable effronté! reprit le moine: sais-tu à qui lu parles?»
«Je n'ai pas l'intention de vous offenser, répliqua Christie; mais puisque votre volonté n'est pas que je l'amène ici, je* pourrai la conduire au château d'Avenel où une jeune fille favorisée de la nature n'a jamais été mal accueillie.»
«Tu reconduiras celle fille infortunée chez son père; et ne le permets en ce lieu aucune plaisanterie choquante; songe à conduire cette jeune fille à la maison paternelle, en toute sûreté et tout honneur.»
«En toute sûreté, oui, et en tout honneur, c'est-à-dire, ce qui lui en reste après son incartade. Mais permettez-moi de prendre congé de votre révérence, il faut que je sois à cheval avant le chant du coq '.»
«Quoi, au milieu de la nuit? comment pourras-tu reconnaître ton chemin?»
«.J'ai reconnu les pas de son cheval et j'ai suivi ses traces jus(ju'au gué que nous avons traversé ensemble, dit Christie; et j'ai remarqué qu'elles tournaient tout à coup vers le nord. Il se dirige sur Edimbourg, je vous en réponds; dès que le jour paraîtra, je serai sur cette route. Ces traces sont marquées par le pied d'un cheval tacheté; son fer est de la fabrique du vieux Eckie de Canobie; je le jurerais à sa courbure. A ces mots, il se retira.»
«Détestable nécessité! pensa le père Eustache après qu'il fut parti, pénible circonslance, (pii oblige à employer de tels auxiliaires! Mais assaillis de tous côtés comme nous le sommes,
' t'brasc à laquelle M. Dcfaucotipret suh.ititue la suivante : ■< Préparez vo\ lettres, je vais monter à cheval, » page 43o. a. ^\.
444 LE MONASTÈllE.
et par des j^ens de tous les rangs, qu'elle alternative nous reste-t-ll? Mais songeons à nous occuper de ce qui est le plus urgent.
Le nouvel abbé se mil alors à écrire des lettres, donna ensuite plusieurs ordres, il se prépara à soutenir à lui seul un édifice chancelant dont la ruine paraissait prochaine, s'efforçant de prévenir sa chute, et déployant autant de force et de courage, que le commandant d'une forteresse assiégée et réduite à la dernière extrémité pourrait en montrer en calculant les moyens qui lui restent pour retarder le moment fatal d'un dernier assaut qui doit être décisif. Pendant ce temps, l'abbé Boniface, après avoir donné quelques soupirs de regret assez naturels à la chute de la prééminence dont il avait joui pondant si long-temps parmi ses frères, s'endormit profondément, abandonnant tous les soins et toutes les inquiétudes à son collègue et successeur.