‹ Le monastèreChapitre 222 sur 247 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

voyage qui cessait dès ce moment de lui faire redouter aucun des dangers que l'on avait à cralndn; de tout étranger à cette époque, le colporteur guida lran(|uillenient Halbert à travers les bois et les marais, les montagnes et les vallées, et prit le chemin qui pouvoit les conduire le plus directement vers la route que suivait le parti du Murray. Ils arrivèrent enfin sur une eminence qui dominait une étendue immense de pays marécageux, de l'aspect le plus sauvage et le plus désolé, et qui n'était varié de temps à autre que par des montagnes arides et des étangs remplis d'une eau verte et stagnante. Une route à peine tracée serpentait au travers de ce désert; le colporteur la voyant s'écria, en la désignant du doigt : «Voici la route d'Edimbourg à Glasgow; c'est ici que nous devons attendre; et si Murray et sa suite ne sont pas déjà passés, nous les apercevrons bientôt, à moins que quebjue nouveau dessein ne leur ait fait changer de résolution; car, dans ces temps bienheureux, nul homme, fùt-il aussi près du trône que le comte de Murray peut l'être, ne peut dire, lorsque le soir il pose sa tète sur son oreiller, où il la posera le soir suivant.»

Ils s'arrêtèrent donc et s'assirent; le colporteur ayant la précaution de prendre pour siège la boite qui renfermait toute sa fortune, et laissant voir adroitement à son compagnon qu'il portait sous son manteau un pistolet placé dans sa ceinture pour les cas urgens. Il fut pourtant assez poli pour offrir à Halbert de partager avec lui ses provisions. Elles étaient de l'espèce la plus simple , car elles consistaient en pain d'avoine, en gâteaux d'avoine assaisonnés d'eau froide de quelques oguons et d'un morceau de lard fumé. Mais, quelque frugal qu'il fût, nul Ecossais de cette époque, eiit-il été d'un rang bien supérieur à celui de Glendinning, n'eût refusé de le partager, surtout lorsque le colporteur prit d'un air mystérieux une corne de bélier qui était pleine d'un excellent usquebangh, liqueur totalement étrangère pour Halbert; car les liqueurs fortes connues dans le sud de l'Ecosse venaient de la France, et l'on n'en faisait que rarement usage. Le colporteur la lui recommanda en disant qu'il se l'étail procurée lors de sa dernière visite dans les montagnes de Donne, où il avait fait quelques opérations mercanlilles sous

la protection du laird de Buchanan ; et , désirant donner l'exemple à Halbert, il vida sa coupe en s'écriant dévotement: «A la prompte chute de l'ante-christ !»

Leur repas était à peine terminé, qu'un nuage de poussière s'éleva sur la route qu'ils découvraient de la hauteur où ils étaient, et ils aperçurent confusément une dizaine de cavaliers s'avançant avec promptitude, tandis que l'éclat du soleil qui frappait leurs casques et le fer de leurs lances les rendait éblouissans.

«Ce sont sans doute, dit le colporteur, les avant - gardes de Murray; cachons-nous dans les taillis, et mettons-nous hors de vue.»

«Pourquoi cela? dit Halbert; allons plutôt au devant d'eux et faisons-leur un signe.»

«Que Dieu vous en préserve! reprit le colporteur, connaissez-vous si mal les coutumes de la nation écossaise ? Ce peloton de lances qui marchent à grands pas sera commandé par quelque parent farouche de Morton , ou par quelque audacieux qui ne craint ni Dieu ni les hommes. Leur affaire se borne à chercher querelle aux ennemis qu'ils peuvent rencontrer, et d'eu débarrasser le chemin; quant au chef, il ne sait rien de ce qui arrive; il s'avance accompagné de partisans et d'amis plus sages et plus modérés; peut-être n'est-il plus maintenant qu'à un mille d'ici. Quand bien même nous nous avancerions vers ces vauriens qui portent des ceinturons de laird , votre lettre ne nous servirait pas à grand' chose, et mon ballot pourrait me jouer un mauvais tour. Ils nous arracheraient nos vètemens pièce à pièce, nous attacheraient des j)ierres aux talons, et nous jetteraient dans l'un de ces étangs aussi nus qu'au moment où nous sommes venus en ce séjour de trouble et de corruption ; et ni Murray ni d'autres n'en entendraient parler; et, quand il viendrait à le savoir, qu'en arriverait-il? L^ne telle action ne serait considérée que comme une pure méprise : voilà les seuls regrets qui nous seraient accordés. Croyez-moi , jeune homme , lorsque les hommes lèvent le fer l'un contre l'autre, dans leur propre pays, ils ne sont pas disposés à punir rigoureusement les fautes de ceux dont l'épée peut leur être utile.»

Ils laissèrent donc passer ce qui pouvait être appelé alors

Page 1