‹ Le monastèreChapitre 223 sur 247 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

l'avant-garde du comte de Murray; et peu de temps après un nua{)fe de poussière beaucoup plus épais commença à s'élever du cô(é du nord.

« Maintenant, dit le colporteur, hâtons-nous de descendre la montagne ', car, pour parler vrai, dit-il en tirant vivement Halbert, l'armée d'un Ecossais ressemble à un serpent. Sa tète est garnie de dents et sa queue a un dard; le seul point que l'on puisse toucher sans danger est le corps.»

« J'irai aussi vite que vous voudrez, répondit le jeune homme; mais expliquez-moi pourquoi l'arriè-regarde de cette armée serait aussi dangereuse que l'avant-garde?»

« Parce que , de même que l'avant-garde se compose de coquins fieffés, de gens farouches et déterminés à faire le mal, ne craignant ni Dieu ni leurs semblables, et se croyant obligés à écarter de leur chemin qui que ce soit qui leur déplaît ou les offusque 2, de même l'arrière-garde se compose de valets orgueilleux et plats qui, ayant la garde des bagages, prennent soin de réparer par leurs exactions sur les marchands voyageurs et autres leurs vols et leurs pillages sur ce qui appartient à leur maître 3, Vous entendrez à l'avant-garde ceux que les Français nomment e/ifans perdus , et qui sont réellement des enfansde perdition, chanter des chansons obscènes, des ballades de prostituées. Vous reconnaîtrez le centre aux cantiques et aux psaumes que chantent les seigneurs réformés, la noblesse et le clergé qui les accompagnent. Vient en dernier lieu l'arrière-garde, qui offre une légion nombreuse de laquais, de palefreniers impies qui ne parlent que de jeu, de vins et de femmes de mauvaise vie.

Comme le colporteur finissait de parler, ils se trouvèrent sur la route, et ils aj)erçurent le corps principal de l'armée de Muj-ray, qui se composait d'environ trois cents cavaliers, marchant avec le plus grand ordre et en corps très serré. Quelques uns des soldats portaient les couleurs de leur chef; mais ils étaient en petit nombre; le plus grand nombre poi'lait les couleurs diverses cpie le hasard leur avait dévolues; mais la

' <• Gagnons le grand chemin, » dit M. Dcfauconpret. — '■ l'Lriibe omise p.ir M. Dcfauconpret, i>age 43<>. — ^ Phrasfe tronquée par celle-ci : « Des paysans, des valets chargés du transport des bagages , qui volent et pillent Hvec d'autant plus d* hardiesse, que personne ne les suit pour le savoir.» a. m.

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majorité était revêtue d'uniformes bleus; tous étaient armés de cuirasses de platine noir, avec des manches démailles et des gantelets ; et bien que les uns eussent des bottes et les autres des chaussures de mailles, ils paraissaient au total vêtus avec assez d'uniformité. La plupart des chefs portaient une armure complète, et les autres un costume à demi militaire , que nul homme de qualité, dans ces temps de trouble, ne pouvait risquer d'abandonner sans danger.

Les plus avancés du corps d'armée ayant aperçu le colporteur et HalbertGlendinning, accoururent à eux sur-le-champ et leur demandèrent qui ils étaient. Le pi^emier raconta son histoire; le jeune Glendinning montra sa lettre, qu'un gentilhomme porta à Murray. Un moment après, le mot halte ! se fit entendre , et le pas pesant et régulier des soldats cessa de se faire entendre. L'ordre fut donné alors de s'arrêter là pendant une heure , afin de se rafraîchir et de laisser reposer les chevaux. Le colporteur reçut la pix)messe d'obtenir protection, et on lui donna un cheval de bagage ; mais il reçut ordre en même temps de se retirer à l'arrière-garde. Il n'y obéit qu'avec répugnance; et ce ne fut pas sans avoir serré la main d'Halbert d'une manière pathétique et expressive qu'il se sépara de lui.

Le jeune héritier de Glendearg fut conduit à un endroit où le terrain, beaucoup plus élevé, était par conséquent plus sec que le reste du marais. On avait étendu sur la terre un tapis pour servir de nappe , et les chefs assis autour partageaient avec ceux de leur rang un repas d'une simplicité tout aussi grossière que celui que Glendinning avait tout récemment partagé. Murray lui-même se leva en le voyant s'avancer, et fit quelques pas à sa rencontre. Cet homme célèbre possédait, au physique comme au moral , une grande partie des avantages et des qualités de Jacques V, son père. Si son illustre naissance n'eut pas été entachée d'illégitimité, il aurait occupé le trône d'Ecosse avec autant d'honneur qu'aucun des princes de la maison des Stuarts; mais l'histoire, tout en rendant justice à ses grands talens et à une foule de qualités qui étaient réellement celles d'un prince et d'un roi, ne peut oublier que l'ambition l'entraîna plus loin que ne l'exigeaient l'honneur et la loyauté. Brave parmi les plus.

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