CHAPITRE XXXV
rent le silence. Murray lej^arda de nouveau Glendinniii}T[, el lui ordonna de conlinucr et de ne rien omettre des ujoindres particularités. Lorsqu'il fit mention de la manière dure dont Julien avaitrepoussé loin de lui Catherine, Murray lai.ssa échapper iiD profond soupir, serra les dents, et porta la main sur son poignard; puis dirijTfeant un nouveau regard sur le cercle (lui l'environnait, et «(ui venait de s'augmenter de deux ou trois des prédicateurs réformés ', il parut dévorer sa rage en silence, et il fit signe à Halhert de poursuivre. Mais lorsque celui-ci fut arrivé au moment où Warden avait été traîné dans un cachot, et qu'il raconta de quelle manière il y avait été jeté, le comte sembla avoir atteint le point où il pouvait donner un libre essor à toute sa fureur, certain d'avance de l'approbation de tous ceux qui étaient présens. «Soyez juges, s'écria-t-il eu regardant ceux qui l'entouraient, pairs et nobles seigneurs écossais , soyez juge§ entre moi et ce Julien Avenel : il a manqué à sa parole, il a violé mon sauf-conduit; et vous, révérends frères, ministres saints, soyez juges aussi, il a osé porter la main sur le prédicateur de l'Evangile; et qui sait s'il ne poussera pas l'impiété juscju'à vendre le sang de sa victime aux adorateurs de l'antechrist' ?»
«Qu'il meure de la mort des traîtres! s'écrièrent les chefs séculiers, et que sa langue soit percée d'un fer rouge pour punir son parjure !
«Qu'il soit renversé comme les prêtres de Baal ! dirent les prédicateurs , cl que ses cendres soient jetées dans le tophet^. »
Murray les écouta avec un sourire qui exprimait tout l'es- |)oir de la vengeance. Mais il est probable que le récit du traitement brutal qu'avait reçu une femme lui avait raj)pelé des circonstances à peu près semblables qui avaient rapport à la j)ropre mère du comte, et (|ue ce souvenir pénible pour son orgueil avait été cause de l'expression de colère qui avait animé ses traits mâles et fait trembler sa lèvre hautaine. Lorsque Halbei't eut terminé son récit, il lui [)arla avec bonté.
«Ce jeune garçon paraît doué de hardiesse el de vaillance , dit-il à sa suite , il esl formé de I'l'loffe (|ui convient dans un
' Passiigc omis par le premier fraductour, (lr|>iii$ i< poignard. » — 2 Passage omis par le même, ciepiiis « l'Kvaiigile. » — ^ lixprcssiou de fKerituro pour désigner l'enfer. \. m.
temps de trouble et de conibustiou. Le courage et le génie chez certains hommes se devinent et percent au travers de l'extérieur le plus simple et le plus modeste ^ Je veux le connaître davantage.
Il le questionna en particulier sur les forces du baron d'Avenel , les moyens de défense de son château, et sur son héritier présomptif. Cette dernière question força Halbert à lui raconter la triste histoire de la nièce du baron, de Marie Avenel ; ce qu'il ne put faire sans un air d'embarras et une émotion qui n'échappèrent point à Murray.
«Ah, Julieu Avenel! dit-il, vous provoquez mon ressentiment, quand vous avez tant de raisons de craindre ma justice et d'implorer ma clémence! J'ai connu Walter Avenel, véritable Ecossais , brave soldat. La reine notre sœur doit justice à sa fille; et si ses biens lui sont une fois rendus, elle sera une fiancée digne de quelque brave qui pourra mieux mériter notre faveur que le traître Julien ! Puis regardant Halbert : «Es-tu de sang noble, jeune homme ?» lui demanda-t-il.
Halbert, d'une voix tremblante et incertaine, commença à parler des prétentions éloignées que sa famille avait de descendre des anciens Glendonwynes de Galloway, lorsque le comte l'interrompit brusquement :
«Bien, bien! laisse aux bardes et aux hérauts d'armes le soin de tracer les généalogies. Dans notre siècle, chaque homme est le fils de ses œuvres 2. La lumière glorieuse de la réformation a brillé sur le prince de même que sur le paysan ; et le paysan ainsi que le prince peut s'illustrer en combattant pour sa noble cause. Nous sommes dans un monde mouvant, où quiconque a l'ame courageuse et le bras vigoureux peut s'avancer et parvenir à tout. Dis-moi franchement pourquoi tu as quitté la maison de ton père?»
Halbert Glendinning fit un aveu sincère de son duel avec Piercy Shafton, et de la persuasion où il était qu'il l'avait tué.
«Par ma main! s'écria Murray, tu es un épervier bien hardi, pour t'étre mesuré, à ton âge, avec un milan tel que Piercy Shafton ; la reine Elisabeth donnerait son gant rempli de
• Passage omis par M. Defauconpret, page 44o- — ^ In. our days each man is the son of his own deeds, dit le texte; phrase omise par le premier traducteur, page 440. A. M.