CHAPITRE XXXVl
«Si nous eussions été avertis à temps, dit Douglas, nous l'aurions attendu secrètement sur les frontières : il ne manque pas là de gaillards vigoureux qui nous auraient débarrassés de lui pour avoir seulement ses éperons. Mais allons, à cheval, James Stuart; j'entends le boute-selle, partons, nous verrons bientôt quel cheval a la plus longue haleine. »
Ces deux puissans seigneurs suivis d'environ trois cents hommes d'armes bien montés , se dirigèrent vers le comté de Dumfries, et de là, tournant vers l'est, ils entrèrent dans le Tevioddale, marchant si grand train, que bientôt, ainsi que Morton l'avait prévu , un grand nombre de leurs chevaux fut hors d'état d'avancer; de manière que, lorsqu'ils approchèrent du lieu de l'action, il ne restait plus guère que deux cents hommes de leur suite, encore la plupart de ceux-ci étaient-ils montés sur des chevaux harassés de fatigue.
Ils avaient recueilli dans leur chemin divers bruits relatifs à la marche des Anglais , et sur le degré de résistance que l'abbé était capable de leur opposer. Mais lorsqu'ils ne furent plus qu'à six ou sept milles de Saint-Marie de Kennaquhair, un gentilhomme du pays que Murray avait sommé de se rendre près de lui , et sur les rapports duquel il savait qu'il pouvait se fier, arriva accompagné de deux ou trois valets; il était ensanglanté de coups d'éperons, et la précipitation de sa course l'avait rendu écarlate. Il annonça que sir John Foster, après avoir plusieurs fois annoncé et retardé son incursion, avait été à la fin si piqué de la nouvelle quesirPeircy Shafton demeurait ouvertement au monastère , qu'il s'était déterminé à exécuter les ordres de sa maîtresse , qui lui prescrivaient de s'emparer de l'euphuiste, à quelque prix que ce fut. L'abbé, après des efforts continuels, était parvenu à réunir un nombre d'hommes presque égal à celui des gardiens de frontières, mais moins habitués aux armes. Ils étaient réunis sous le commandement de Julien Avenel, et l'on s'attendait à ce que la bataille serait livrée sur les bords d'une petite rivière qui formait les limites du domaine de Sainte-Marie.
«Qui connaît cet endroit?» demanda Morton.
«Moi, milord,» répondit Glendinning.
«C'est bien, dit le comte, prenez une vingtaine des cavaliers les mieux montés. Faites la plus grande diligence, et annou-
cez - leur que j'arrive tout de suite avec des forces considérables, et que je taillerai eu pièces, sans merci, celui des deux ])artis qui frappera le premier coup. Davidson, dit-il au genlilhonime qui lui avait apporté la nouvelle, tu me serviras de {juide. Pars, et hâte -toi, Glendinning. Dis à Foster que, s'il respecte le service de sa maîtresse, je le conjure de remettre celte affaire en mes mains. Dis à l'abbé que je brûlerai le monastère, même lorsqu'il serait dedans, s'il frappe un coup avant mon arrivée. Dis à ce chien, à ce Julien Avenel, qu'il a déjà un long compte à régler avec moi, et que je placerai sa tète sur le sommet du j)lus haut clocher de Sainle-Marie, s'il ose en ouvrir un autre. Fais diligence et n'épargne pas l'éperon , ne crains pas de déchirer les flancs de ton cheval '.»
«Vos ordres seront exécutés, milord, dit Glendinning; el choissant pour le suivre les cavaliers dont les montures étalent dans le meilleur étal, il partit aussi rapidement que leurs chevaux fatigués le permettaient. Les collines et les vallées dis- ])araissalent sous les ])ieds de leurs coursiers -.
Ils n'avalent pas franchi la moitié du chemin , lorsqu'ils rencontrèrent des soldais venant du champ de bataille et dont la vue annonçait que le combat était conuneucé. Deux d'entre eux soutenaient dans leurs bras un troisième, leur frère aîné qui avait reçu une flèche à travers le corps. Halbert qui savait <|u'ils étaient vassaux de l'abbaye, les appela par leur nom et les questionna sur l'état de la bataille. Mais dans ce moment même, en dépit des efforts des deux frères pour retenir leur aîné sur la selle, il tomba de cheval; ils descendirent alors en toute hâte pour recevoir son dernier soupir. 11 n'y avait aucune information à obtenir d'hommes engagés dans une telle occupation. Glendinning, en conséquence, poussa en avant avec sa petite troupe, et avec d'autant plus d'anxiété qu'il apercevait un plus grand nombre de fuyards, portant la croix de saint André sur leurs bonnets et leurs corselets, et qui s'éloignaient ap])aremment du champ de bataille. La plupart d'entre eux, lorsqu'ils découvraient le corps de cavalerie arrivant sur la route, prenaient à droite ou à gauche, mais à une telle distance, qu'Halbert ne put adresser la parole à au-
• Pin asp omise par M. Defaiiconpret, page 446. — ^ Plirasc omise par le même.