‹ Le monastèreChapitre 230 sur 247 · CHAPITRE XXXVI. 4G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. 4G

cun d'entre eux. D'autres, et c'étaient ceux dont la |)eur était plus grande, continuaient la route devant eux, jjalopanl comme des insensés aussi vile que leurs chevaux pouvaient les j)orter, et lorsque les cavaliers d'Halhert les questionnaient, ils les regardaient seidenient sans leur répondre et conlinuaienl leur roule àbride ahaltue '. Ouel(|ues uns d'entre eux élaieut aussi connus d'Ilalbert qui n'avait alors aucun doute, d'après ce qu'il voyait, que les soldats de l'abbaye n'eussent été défaits. On ne pourrait exprimer l'intjuiélude qu'il ressentit alors touchant le sort de son frère, qui, il ne pouvait en douter, avait f)ris part à l'affaire. Aussi accéléra-t-il tellement la marche de son cheval que tout au plus cinq ou six de ses cavaliers purent le suivre. Enfin il arriva sur une petite colline, au bas de laquelle était une plaine entourée par un bras demi-circulaire de la petite rivière, c'était là (jue s'était livré le combat.

Le spectacle qui frappa ses regards était bien triste. La guerre et la terreur , pour nous servir de l'expression du poète, s'étaient précipitées sur le champ de bataille, et n'avaient laissé derrière elles que des blessures et la mort-. La bataille avait été vigoureusement disputée, comme il arrivait presque toujours dans les escarmouches des frontières où d'anciennes haines et des injures mutuelles amenaient les partis à soutenir opiniâtrement la cause de leur contrée. Vers le milieu de la plaine étaient couchés quelques corps qui avaient trouvé la mort en luttant contre l'ennemi; sur leurs visages se peignait encore la farouche expression d'une haine et d'un acharnement inextinguibles, leurs mains serraient la poignée de leur sabre brisé ou le trait mortel qu'ils avaient en vain essayé d'arracher de leur blessure. Quelques blessés j)erdanl le courage qu'ils avaient si récemment montré, im- |)loraieut du secours, demandaient de l'eau d'une voix faible et plaintive, d'autres essayaient de forcer leur langue défaillante à j)rononcer quelque prière à demi oubliée, et (pie, même lorsqu'ils l'avaient apprise pour la première fois, ils n'avaient jamais comprise qu'à moitié '■^.

' Phrase entièrement omise par M. Dcfauronpret , page 447- — * Phrase passée par le premier traducteur. — 3 Sorne hal/'-Jorgolten prayer, which even when first learned, they had but half understood , dit le texte ; « cpieique prière pour obtenir les secours du ciel, » dit le premier traducteur, p. ','iS. a. m.

Halbert, incerlaia de ce qu'il devait faire, courait à cheval à travers la plaine pour voir, si parmi les morts ou les blessés, il pourrait découvir quelque trace de son frère Edouard- Il n'éprouva aucun empêchement de la part des Anglais. Dans l'éloignement un nuage de poussière annonçait qu'ils étaient encore à la poursuite des fuyards rompus, et il pensa que, les approcher avec ses cavaliers avant qu'ils fussent sous l'ordre de quelque chef, c'était sacrifier inutilement sa propre vie et celle de ses soldats que les vainqueurs auraient à l'instant confondus avec les Ecossais sur lesquels ils venaient de remporter la victoire. Il résolut, en conséquence, d'attendre que- Murray fut arrivé avec ses forces; et il y fut tout- à -fait déterminé en entendant les trompettes de l'armée anglaise sonner la retraite et rappeler les soldats. Il rassembla ses cavaliers, leur fit faire halte dans un poste avantageux qui avait été occupé par les Ecossais au commencement de l'action, et disputé avec le plus grand acharnement pendant toute la durée de la bataille.

Tandis qu'Halbert était en cet endroit, son oreille fut frappée par les faibles gémissemens d'une femme qu'il ne s'attendait pas à voir dans ces lieux, et avant que la retraite des ennemis eût permis aux parens des morts de venir pour leur rendre les derniers devoirs. 11 regarda avec anxiété, et à la fin il découvrit le corps d'un chevalier couvert d'une brillante armure dont les armoiries quoique brisées et souillées de fange montraient encore les marques du rang et de la naissance. A ses côtés était une femme, couverte d'un manteau de cavalier, et tenant quelque chose serré contre son sein. Halbert reconnut bientôt que c'était un enfant. 11 jeta ses regards sur les Anglais. Ils n'avançaient point et le son continuel et prolongé des trompettes, ainsi que les cris des chefs annonçaient que leurs forces ne seraient pas rassemblées dans un instant. 11 avait par conséquent un moment pour s'occuper de cette malheureuse femme. Il descendit de son cheval et le donna à garder à un de ses lanciers ; puis , s'approchant de l'infortunée, il lui demanda du ton le plus doux qu'il pût prendre;, s'il pouvait la secourir dans sa détresse. Tout en pleurs, elle ne lui fit point une réponse directe; mais s'efforçant d'une main tremblante et inhabile de détacher les agrafes

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