CHAPITRE XXXVII
corilre le sein des lyrans qui la maniaient, épouvantait les âmes endurcies des hérétiques par des prodiges, et faisait descendre sur la terre les chœurs des anges pour défendre le sanctuaire de Dieu et de la Vierge. Avec l'aide du ciel, vous verrez aujourd'hui que votre frère, votre ahhé, ne déshonorera pas la mitre (|ui ceint sa tète. Allez à vos cellules, mes enfans, et faites des prières particulières. Revètez-vous de vos aubes, de vos chapes, comme pour nos fêtes les phis grandes, et soyez prêts lorsque le son des grosses cloches vous annoncera ra|)proche de l'ennemi, à marcher au devant de lui en procession solennelle; que l'église soit ouverte pour offrir un refuge quelconque à ceux de nos vassaux qui , pour avoir pris part en ce jour à cette malheureuse bataille, et pour toute autre cause, ont ))articulièrement à redouter la rage de l'ennemi. Dites à sir Piercy Shafton s'il s'est échappé du champ de bataille...»
«Me voici, vénérable abbé, répliqua sir Piercy; et si vous le jugez convenable, je vais présentement rassendjier tous les hommes qui ont survécu à la bataille, et nous nous dédéfendrons jusqu'à la mort. Certes, vous l'apprendrez de tous, que j'ai bien fait mon devoir dans cette malheureuse affaire. S'il avait plu à Julien Avenel d'entendre mes conseils , surtout en changeant quelque chose à son corps de bataille, comme vous pouvez avoir remarqué que le héron se défend contre l'attaque du faucon , en le recevant plutôt avec son bec qu'avec ses ailes ^ , les affaires, je le pense, auraient pris une face différente, et alors iwdus aurions pu, d'une manière plus belliqueuse, disputer j)lus long-temps la bataille. Néanmoins je ne veux rien dire pour déshonorer Julien Avenel; je l'ai vu tomber comme un brave en combattant les ennemis en face, ce qui a banni de ma mémoire ces épithètes malhonnêtes de fat et de brouillon, avec lesquelles il se permettait dti répondre à mon avis; et s'il avait plu au ciel et aux saints de prolonger la vie de ce brave guerrier, j'aurais été forcé, sur mon ame, de le mettre à mort de ma pro|)re main.»
«Sir Piercy, dit l'abbé l'interrompant à la fin, notre temps ne nous laisse pas beaucouj) de loisir pour parler de ce qui pouvait être fait. »
• Comparaison omise diiiis l;i traduiliou Je M. Ddiiucoinui-t, page \mj. a. m
\ous avez raison, très vénérable père et seijjneur, répliqua 1 incorrigible Eiiphuisle. Le préleur, comme disent les grammairiens, concerne moins la fragilité humaine que le mode lutur, et en vérité nos pensées ont rapport principalement au présent; en un mot, je suis prêt à me mettre à la tète de tous ceux qui voudront me suivre, et à opposer, autant du moins qu'un homme mortel le peut, une résistance à la marche des Anglais, quoiqu'ils soient mes compatriotes. Et soyez sur que Piercy Shaftou mesurera la terre de sa hauteur qui est de cinq pieds dix pouces, plutôt que de donner deux verges eu faisant retraite, suivant le mouvement habituel dans lequel nous reculons * !
«Je vous remercie, sire chevalier, et je ne doute pas que vous n'exécutiez vos paroles; mais ce n'est pas la volonté de Dieu que des épées temporelles puissent nous secourir-. Nous avons été appelés pour souffrir, et non pour résister, nous ne ferons pas répandre inutilement le sang de nos vassaux iunocens. Une vaine défense ne convient pas à des hommes de ma profession; je leur ai commandé de déposer la lance etl'épée, Dieu et la Vierge n'ont point béni notre bannière. »
«Rélléchissez bien, révérend seigneur, dit Piercy Shafton avec vivacité, avant de rejeter la défense qui est en votre pouvoir; il y a beaucoup de postes près l'entrée du village où de braves gens pourraient être utiles par leur vie et par leur mort. Et j'ai de plus pour nous défendre un autre motif auxiliaire, la sûreté de ma jeune amie, qui j'espère a échappé aux maux des hérétiques. »
«Je vous entends, sir Piercy, vous voulez parler de la fille du meunier du couvent.»
«Révérend seigneur, dit sir Piercy, non sans quelque hésitation, la belleMysinda est, comme on peut en quelque sorte l'alléguer, la fille d'un homme qui prépare machinalement le blé dont on fait le pain, sans lequel nous ne pourrions exister, ce qui en conséquence est un métier en lui-même honorable et même nécessaire. Néanmoins, si les plus purs sentimens d'un esprit généreux, brillant comme les rayons du soleil réfléchis par un diamant, peuvent ennoblir une personne
■ Pbrase omise par M. Dcfaiiconpret, p:ige 460. — ' Omis par M. Defaucoupict depuis « mais ce n'est pas la volonté. » a. m.
CHAPITHE XXXV 11. 475
qui esl en quelque sorte la fille d'un inoleiurmairc ailisaii. «Je n'ai pas le temps d'entendre tout cela, sire chevalier, dit l'abbé, c'est assez de vous répondre que nous ne combattrons |)as plus long-temps avec les armes temporelles. Nous, prêtres, nous vous apprendrons à vous, laïques, à mourir de sang- Froid ; nos mains ne seront pas armées pour la résistance , mais croisées pour la prière; nos esprits ne seront point remplis d'une haute jalousie, mais d'une douceur et d'une indulgence chrétienne; nos oreilles ne seront point assourdies, ni nos sens confus par le son bruyant des instrumens de guerre, mais au contraire, nos voix clianteront AllcUùa , Kyrie Eleison et Salve Regina, ayant Tesjjrit calme et modéré, comme des hommes (pii pensent à se réconcilier avec leur Dieu et non à se venger de leurs frères.»
«Seigneur abbé, dit sir Piercy, cela ne fait rien au destin de ma Molinara, et je vous prie d'observer, que je ne l'abandonnerai pas tant que poijpiée d'or et lame d'acier formeront mon épée. Je lui avais dit de ne pas nous suivre dans la plaine, et il me semble maintenant que je l'ai vue dans son habit de page au milieu des combattans, dans l'arrièregarde.
Vous devez chercher autre part la personne dont le sort vous intéresse tant, dit l'abbé, et maintenant je vous prie de vous informer d'elle à l'église, où nos vassaux sans défense sont allés se réfugier. C'est mon avis que vous devez vous réfugier aussi à l'ombre des autels ; et, sir Piercy Shafton,ajoutat-il, soyez sûr d'une chose, c'est que s'il vous arrive malheiu", il sera jiartagé j)ar toute la communauté, car jamais, j'en ai la conviction, le moindre de nous ne voudra acheter sa sûreté pour livrer un ami ou \\\\ hôte. Quittez-nous, mon fils, et puisse Dieu vous secourir!»
Lorsque sir Piercy Shaflon fut parti et que l'abbé allait se rendre à sa cellule, il fut surpris qu'un personnage inconnu lui fît demander instamment une conférence; il ordonna qu'on le fit entrer, et il reconnut cpie c'était Henri VVardcn, l'abbé tressaillit comme il entra, et s'écria avec colère : «Ah! le peu d'heures que le destin accorde à celui qui peut-être portera le dernier la mitre dans cette maison ne |ieuvent-elles pas être ;( l'abri de l'hérésie? Viens-tu, ajouta-t-il. jouir de l'espoir que
le destin présente à la secte maudite et cruelle', pour voir le balai de la destruction enlever l'orjjueil de l'ancienne religion*, pour enlever nos châsses, pour mutiler et briser les reliques, pour mutiler et briser les corps de nos bienfaiteurs aussi bien que leurs sépulcres, pour détruire les clochers et les sculptures de la maison de Dieu et de Notre-Dame.»
«Paix, William Allan! dit le predicant protestant avec une tranquillité pleine de dignité; je ne suis venu pour aucun de ces motil's. Je voudrais que ces superbes reliquaires fussent dépouillés des simulacres qui ne sont plus depuis long-temps regardés comme les effigies des hommes bons et sages , mais qui sont devenus des objets d'une pernicieuse idolâtrie. Je voudrais que ces ornemens subsistassent, s'ils ne pouvaient pas être un piège ])our les âmes des hommes. Mais surtout je condamne ces ravages qui ont été faits par la fureur obstinée d'un peuple animé de zèle contre le culte par une persécution sanglante. Contre une telle dévastation , oui , j'élève ma voix. » ^
«Vaines paroles, dit l'abbé Euslache en l'interrompant. Que signifie le prétexte sous lequel tu viens dépouiller la maison de Dieu? Et pourquoi dans la circonstance présente vieus-tu insulter le maître de ces lieux par ta présence de mauvaise augure?»
«Tu es injuste, William Allan, dit Warden; mais je n'en suis pas du tout ébranlé dans ma résolution. Tu m'as j)rotégé il y a quelque temps au risque de ton rang, et ce qui t'est encore plus cher, je le sais , au risque de ta réputation parmi ceux de ta secte. Notre parti a maintenant le dessus , et croismoi, si je suis sorti de la vallée dans laquelle tu m'avais relégué pour me mettre à l'écart, c'est seulement pour remj)lir mes engagemens envers toi. »
«Ah! répondit l'abbé, il se peut faire que la condescendance que j'ai eue pour la compassion mondaine et faible, qui plaida pour ta vie dans moi-même , ait attiré sur nous le jugement qui nous menace. Le ciel a frappé j)eut-être le pasleur crijninel, et dispersé le troupeau.»
«Aie meilleure opinion des jugemens divins, dit W^arden.
' Il y a dans le texte demented , répondant au mot français enragés. — ^ Omis dans la traduction de M. Defauconpret. — '' Eutièrement omis par M. Defaucouprct, depuis jniix, au commcucement de l'aliuéa. — 4 Paragraphe égalemcut omis. A. M.