CHAPITRE XXXVIJ
ruble |)ère et seigneur, clil-il à l'abbé, cai- je vois \h l)as les Phibsliiis; ils a])prochent ; mais je ne voudrais pas que la jjrosse clocbe de Sainle-Marie sonnât, pour la dernière fois autrement que dans un Ion plein et juste'. J'ai été un pécbeur pour un membre de noire sainte ])rofcssion; puis il ajouta en levant les yeux au ciel : j'ose dire que pas une clocbe n'a fait entendre un son discordant dans la tour du monastère depuis que le père Pbilippe a la surintendance du carillon et du beffroi.»
L'abbé, sans répliquer, jeta ses regards sur la route ou cbemin, tournant autour de la montagne, (jui descend du midi à Kennaqbuair. Il aperçut à quelque distance un nuage de poussière, et entendit le hennissement de ])lusieurs chevaux, tandis que l'éclat qui de temps à autre jaillissait des lances lui annonçait que les troupes s'avançaient dans la vallée-
[« Honte sur ma faiblesse ! s'écria l'abbé Eustache en essuyant ses yeux, ma vue est trop obscurcie pour que je puisse distinguer leurs mouvemens ; regarde , mon fils Edouard, car son novice favori venait de le rejoindre, regarde et dis-moi quelles sont leurs enseignes.»
«Ce sont des Ecossais, tout l'annonce, répondit Edouard, je vois des croix blanches; peut-être sont-ce les habitans des frontières 'de l'ouest, ou bien Ternichent et son clan.»
«Regarde la bannière, demanda l'abbé , et dis-moi quelles sont les armoiries.»
«Les armes de l'Ecosse, dit Edouard, le lion et son trescheur, écartelé, je crois, de trois écussons : serait-ce l'étendard royal ?»
«Hélas ! non, répondit l'abjyé, c'est celui du comte de Murray. 11 a })ii,s, avec sa nouvelle conquête, les armes du vaillant Randolphe et a quitté les signes héréditaires qui indiquent sa basse origine. Dieu veuille qu'il ne les ait pas rayées aussi de sa mémoire!»
«Au moins, mon père, reprit Edouard, il nous protégera contre la violence des Anglais.
«Ah, mon fils! comme le berger préserve de la gueule du loup une innocente brebis qu'il a convoitée i)our en faire un
•^ M. Defaucanprct rend rcLi par « fut sonnée aujourd'hui par une autre niaiu f{uc la iiiLemie,» p. 4(14. a. m.
iSO LE MONASTERE.
régal. Mon enfant, des jours de malheur sont venus fondre sur nous. L'ennemi à faitl)rèehe à notre sanctuaire; ton frère est déchu de la foi. Telles sont les nouvelles que j'ai apprises dernièrement d'un agent secret. Murray a déjà parlé de récompenser ses services par la main de Marie Aveiiel.»
«De Marie Avenel! reprit le novice, qui, pouvante peine se soutenir, fut obligé de s'appuyer contre un des morceaux de sculpture qui ornait ces antiques et orgueilleuses murailles'.
«Oui, mon fils, de Marie Avenel, qui a aussi abjuré la foi de ses pères. Ne pleure pas, mon Edouard, ne pleure pas, mon fils bien aimé, ou pleure sur leur apostasie et non sur leur union ! Graces soient rendues au Seigneur qui t'a appelé à lui , qui t'a tiré du séjour du mal et de la corruption ; car toi aussi , tu as été un homme perdu, abandonné, et te voilà sauvé par la grace de Notre-Dame et de saint Benoît 2.»
«Je m'efforce, mon père , dit Edouard, je m'efforce d'oublier!... mais.... cette pensée a été celle de ma première vie, de ma première jeunesse!.... Murray n'osera pas favoriser un mariage aussi inégal sous le rapport de la naissance.»
« Murray osera tout ce qui peut servir à ses desseins ; le château d'Avenel est fortifié, et le comte a besoin d'y placer uii bon châtelain, qui lui soit tout dévoué ; quant à l'inégalité de leur naissance, il ne s'en inquiétera pas plus qu'il ne s'inquiéterait de déranger la régularité naturelle de la terre, s'il était nécessaire de le faire, pour y élever des retranchemens et y dresser des bataillons. Mais ne t'afflige pas pour cela, éveille le courage au dedans de toi , mon fils ; songe que tu te sépares d'une vision, d'un vain songe, nourri dans la solitude et l'inaction 3. »
«Je ne pleure pas, moi, et cependant que n'étais-je pas sur le point de perdre! Regarde ces tours où les saints ont habité et où les héros ont été ensevelis; pense que moi, appelé depuis si peu de temps à conduire le troupeau des fidèles qui n'ont jamais quitté ces lieux, depuis les premières lumières du christianisme, je puis devenir aujourd'hui le dernier des abbés de cette sainte communauté. Viens, suis-moi; marchons
' Passage omis par M. Defaiironpret , page 465, depuis « se soutenir.» — ï Passage tronqué par le irêine traducteur. — 3 Passage omis par le premier traducteur, a. m.