‹ Le monastèreChapitre 240 sur 247 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

rourajifeuscment au devant de notre deslin. Je vols l'ennemi s'approcher du village.»

L'abbé descendit, le novice jeta un dernier regard autour <lc lui , sans que le sentiment du danger qui menaçait ce majestueux monument ou aucune crainte personnelle eussent le pouvoir de bannir de sa mémoire le souvenir de Marie Avenel. La fiancée de son frère ! il baissa son capucbon sur son visage, et suivit son supérieur.

Toutes les cloches de l'abbaye furent mises alors en branle, et de tous côtés le tintement de la détresse et de la mort se fît entendre. Les moines ])leuraient et priaient, en se rangeant dans l'ordre ordinaire de leurs processions, et en songeant que c'était probablement pour la dernière fois, comme tout semblait le présager.

«Il est heureux que notre père Boniface se soit retiré dans l'intérieur du royaume, dit le père Philippe; il n'aurait jamais pu voir ce jour, il eût brisé son cœur!»

«Puisse Dieu recevoir l'ame de l'abbé Ingelram! reprit le vieux père Nicolas , les choses étaient bien différentes de son temps! on assure que nous serons chassés des murs de notre cloître; comment vivrais-je jamais ailleurs que dans le lieu où j'ai vécu depuis soixante-dix ans; je n'y puis songer! tout ce qui me console, c'est que, quelque part que je sois, je n'aurai pas long-temps à y vivre. »

Quelques instans après on ouvrit les grandes portes de l'abbaye, et la procession, marchant lentement, entra dans le passage qui y conduisait, et dont les énormes voûtes étaient ricbement ornées. La croix et la bannière, les vases et le calice, les châsses rem[)lies de reliques, et l'encens exhalant ses parfums précédaient cette longue et solennelle procession de moines vêtus de robes noires et de capuchons, et couverts de scapulaires '. Après eux marchaient des gens d'un ordre inférieur décorés tous des marques distinctivcs de leurs emplois. Au centre se tenait l'abbé entouré et soutenu de ses principaux dignitaires. Il était revêtu de ses habits de cérémonie; il paraissait aussi calme que s'il n'eût été occu()e que

' La traduction de M. Dcfaucouprot dit seulement: «Tous les frtres précédés de la croix et des bannières sacrées, tandis que l'odeur montait vers le ciel , inarehaicut deux à deux en chantant de saints cantiques, a. m.

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de son rôle de représentation et de dignité dans un cérémonie oïdiualre. Derrière lui venaient les novices avec leurs longuesaubes blanches, et les frères lais reconnaissables à leur barbe, que les pères laissaient croître rarement. Des femmes, des enfans, parmi lesquels se mêlaient quebjues hommes, formaient l'arrière-garde , et déploraient la ruine de leur ancien monastère. Tous néanmoins marchaient dans le |plus grand ordre, et réprimaient tellement les éclats de leur douleur y qu'elle ne se faisait reconnaître qu'à un sourd gémissement auquel se mêlait le chant mesuré des moines.

La procession arriva dans cet ordre à la place du marché du petit village de Kennaquhair, que l'on reconnaissait alors comme aujourd'hui encore à une ancienne croix, ouvragr très curieux et don précieux de quelqu'ancien monarque écossais. Près de la croix s'élevait un chêne immense d'une antiquité encore plus reculée, et qui peut-être avait été témoin des mystères des druides avant que les tours et les clochers de ce majestueux monastère se fussent élevés en l'honneur de la foi chrétienne '. Semblable à l'arbre de Bentang des villages africtiins, ou le chêne de Plaistow dont il est question dans l'histoire naturelle de Selbourne par Whitz , cet arbre était le rendez - vous de tous les villageois qui avaient pour lui une vénération toute particulière , sentiment commun à la plupart des nations, et qui peut remonter jusqu'aux époques les plus éloignées, alors que les patriarches servaient les anges sous le chêne de Mamré.

Les moines se rangèrent chacun selon son rang autour de la croix , tandis que sous les débris du vieux chêne se rassemblèrent les vieillards, les faibles et tous ceux qui prenaient part à l'alarme générale. Il se fit alors un silence profond et solennel. Les chants cessèrent, le peuple suspendit ses lamentations, et tous attendirent dans une terreur profonde l'arrivée des hérétiques, que de|)uis si long-temps ils avaient appris à regarder avec effroi -.

On entendit enfin le bruit lourd et pesant des pas de l'ennemi, et l'on aperçut l'éclat des lances qui brillaient à travers les arbres ; le bruit augmenta graduellement; et, quelques

' Omis par le premier traducteur, depuis « druides, etc. » — ^ « L'arrivée dt leurs eunctnis, dit seulement M. Defaucouprct , p.ige 468. a. m.

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