CHAPITRE XXXVII
instans après , la cavalerie parut à la principale entrée qui conduit à la place du Marché qui occupe le centre du villajje. Ils entrèrent lentement, deux à deux et dans le plus {jrand ordre. L'avant-garde fit le tour de la place jus(ju'à ce qu'arrivés à l'une de ses extrémités , les cavaliers s'arrêtèrent et tournèrent la tète de leurs chevaux du côté de la rue. Leurs compagnons les imitèrent; et la place fut en peu d'instans entourée de soldats qui formaient plusieurs lignes. Les files suivantes exécutèrent la même manœuvre, et bientôt la place en contint quatre, rangées étroitement les unes contre les autres. Il se fit alors un moment de silence dont l'abbé profita pour ordonner aux moines d'entonner le chant lugubre du De prnfandis claninvi; puis il promena ses regards sur les soldats armés pour voir quelle impression faisait sur eux ce chant funèbre. Tous étaient silencieux et immobiles , mais l'expression de quehpies visages était celle du mépris ; il ne lut sur toutes les autres que celle de l'indifférence; il y avait trop long-temps qu'ils étaient habitués au tumulte et au carnage de la guerre, pour que les émotions d'enthousiasme religieux ou de terreur superstitieuse pussent se réveiller dans leur ame engourdie , à la vue d'une procession ou au chant d'un psaume ou d'une hymne sacrée 2.
«Leurs cœurs sont endurcis», se dit l'abbé avec tristesse mais sans découragement, et conservant encore quelque espérance; «il nous reste à voir maintenant si leurs chefs sont , plus susceptibles de se laisser fléchir et attendrir.»
Us s'avancèrent en ce moment, et Murray et Morton parurent à cheval au milieu d'un grand nombre de leurs partisans les plus distingués , parmi lesquels on voyait Halbei t Glendinning. Le prédicateur Henri Warden, qui, en quittant le monastère, s'était réuni à eux, causait avec les deux comtes, et tous trois paraissaient entièrement occupés de leur conversation.
«Vous êtes donc déterminé, dit Morton au comte, à donner l'héritière d'Avenel, tous ses biens , à ce jeune homme obscur et sans nom ?»
«Warden ne vous a-t-il pas dit qu'ils ont été élevés ensemble
' Plir.Tse (Hiiisc par k- j>roiiiier traducteur, page Î().S. a. m.
et qu'ils s'aiment depuis leur tendre jeunesse?» répondit
Murray.
«Et que tous deux sont dégagés, comme par une sorte de miracle, des fourberies de Rome, et qu'ils sont entrés dans le giron de la véritable Église , ajoutaWarden. Mon séjour à Glcudeargm'a mis à portée de m'informer de toutes ces choses. 11 siérait mal à mon babit et à mon caractère de me mêler de faire des mariages; mais il me siérait encore plus mal de voir froidement vos seigneuries s'opposer à des sentimens qui sont conformes aux lois de la nature, et qui, influencés et protégés par une sainte religion , deviennent un gage assuré de bonheur sur la terre, et au moyen de parvenir plus sûrement à un bonheur bien plus parfait dans un meilleur monde. Je le répète, vous feriez mal de briser ces nœuds et de donner cette jeune fille à la parente de lord Morton quelle qu'elle puisse être.»
«Voilà vraiment de belles raisons, milord Murray, dit Morton, pour me refuser une grace aussi simple que celle de donner cette petite sotte au jeune Bennygask. Parle/, clairement, milord, dites que vous aimeriez mieux voir le château d'Avenel entre les mains d'un homme qui devra à votre faveur son nom et son existence, qu'au pouvoir d'un Douglas , de l'un de mes parens. »
«Milord de Morton, répondit Murray, je n'ai rien fait à cet égard qui puisse vous offenser et vous affliger. Ce jeune Glendinning m'a rendu service et peut m'ètre encore plus utile. Je lui ai presque donné ma parole pour ce mariage; il l'avait alors que Julien Avenel était encore vivant; et à celte époque, il aurait été difficile à la jeune fille d'ajouter quelque chose au don de sa main de lis '. Or, vous n'avez jamais songé à une pareille alliance pour votre parent, que lorsque vous avez vu Julien étendu mort sur le champ de bataille, et que vous avez su que ses biens étaient un fief libre et bon à saisir pour le premier qui serait assez adroit pour cela. Allons , allons, milord, ce n'est pas rendre justice à voire vaillant cousin, en lui souhaitant une épouse élevée sous le sceau d'une laitière; car cette jeune fille n'est autre chose qu'une paysanne,, sauf ce qui regarde sa naissance, je croyais que vous aviez plus de considération pour l'honneur des Douglas.»
' Passage tronqué par le premier traducteur, page 46g. a. m.