CHAPITRE XXXVII
les plus pures, nous dësififiions les erreurs du souverain, personne n'est plus prompt à applaudir à notre hardiesse, que le noble Morton; mais si nous osons mettre le doijjl dans »a plaie qui a besoin des secours d'une main habile et expérimentée, il repousse le médecin fidèle, et ne lui montre que de la crainte et de la colère i.»
«C'est assez, mon père, dit Murray; vous transj^^ressez les préceptes de modération et de prudence que vous-même recommandiez tout à l'heure. Nous voici au milieu du village, et le fier abbé est là à la tète de son essaim de moines. Tu as plaidé en sa faveur, Warden, autrement j'aurais saisi cette occasion pour détruire ce nid et chasser ces filous-.»
«Gardez-vous en bien , répondit Warden, ce William Allan (ju'ils appellent l'abbé Eustache, est un homme dont les revers seraient plus funestes à notre cause que sa prospérité. Vous ne pourrez lui infliger plus de persécutions qu'il ne sera capable d'en supporter; et plus il souffrira, plus ses talens et son courage brilleront, et plus son influence s'agrandira. Sur son trône conventuel, il ne sera que faiblement encensé, et il pourra exciter l'envie et y trouver des dégoûts; mais qu'il ^>arcoure le pays comme pauvre et victime de l'oppression et vous verrez alors sa patience, son éloquence, son savoir conquérir plus de cœurs que n'ont été capables de le faire, pendant le dernier siècle, tous les abbés mitres de l'Ecosse 2»
«Homme de Dieu! reprit Morton, les revenus de Sainte- Marie nous amèneront sur le champ de bataille plus d'hommes, de lances et de chevaux, que des sermons pendant la durée de toute une vie ^ Nous ne sommes plus au jour de Pierre Lhermite, oil les moines avaient le pouvoir de mettre en marche des armées d'Angleterre à Jérusalem ; l'or et les actions d'éclat ont aujourd'hui plus d'influence que jamais. Si Julien Avenel avait eu seulement vingt ou quarante hommes de plus ce matin, sir John Foster aurait eu une réception pire que celle qu'il a eue. Je soutiens que confisquer les biens des moines, c'est arracher au lion ses défenses ^. »
' Trois paragraphes omis par M. Defauconpret , page 470, depuis « le jeune Bcunygask, nue riche épouse.» — ' Passage omis eu partie, et en partie inexactement traduit par M. Defauconpret. — ^ J'aragraphe mal traduit par le même page 471. — 3 In a whole lifetime, dit le texte; << pendant dix ans, >■ dit M. Defauconpret. — 3 « C'est le meilleur moyeu de faire cesser toute résislauri', •■ dit M. Defauconpret. a. m.
«Nous imposerons certainement à l'abbé nue forte contribution, dit Murray, et s'il veut rester dans son abbaye, il Faudra qu'il nous remette Piercy Sbafton. »
Comme le comte achevait ces mots, ils arrivèrent tous trois sur la place du marciié. On reconnaissait, de loin, les deux seigneurs à leur armure complète, à leurs hautes plumes, et au grand nombre de partisans et de dëpendans qui portaient leurs couleurs et leurs insignes. Murray surtout, qui tenait de si près au trône , avait une suite dont la magnificence ne le cédait guère à celle de la royauté écossaise^. Tandis qu'ils s'avançaient, un poursuivant d'armes envoyé par Murray sortit de la foule qui l'accompagnait, et s'avançant vers les moines, leur parla en ces termes : « L'abbé de Sainte -Marie est sommé de comparaître devant le comte de IMurray. »
«L'abbé de Sainte-Marie, répondit Eustache, étant sur ses domaines, est supérieur à toute puissance temporelle; que le comte Murray s'avance vers lui, s'il a besoin de lui parler.»
Cette réponse fit naître sur les lèvres de Murray un sourire de mépris, et quittant sa haute selle, il s'avança accompagné de Morton et suivi par les autres, vers le corps de moines assemblés autour de la croix. 11 y eut un mouvement de terreur parmi eux lorsqu'ils virent s'approcher le lord hérétique si redouté et si puissant. Mais l'abbé jetant sur eux un regard de réprimande et d'encouragement, sortit de leurs rangs comme un vaillant chef qui voit qu'il doit déployer sa valeur personnelle pour ramener le courage chancelant de ses soldats. «Lord James Stuart, dit-il, ou comte de Murray , si c'est là votre titre, moi, Eustache, abbé de Sainte-Marie, je vous demande de quel droit vous avez envahi notre paisible village, et entouré nos frères de vos hommes d'armes ? Si vous réclamez l'hospitalité, nous'ne l'avons jamais refusée à ceux qui la demandent; mais si la violence doit être employée contre de paisibles prêtres, faites- nous -en connaître au moins le prétexte et l'objet.»
«Sire abbé, dit Murray, votre langage aurait été meilleur à une autre époque et en présence de vos inférieurs. Nous ne venons pas ici pour répondre à vos interrogations, mais pour vous demander poui'quoi vous avez rompu la paix en faisant prendre les armes à vos vassaux, en convoquant les sujets de .*^Tout-à-fait omis par le premier traducteur, page 47i- a. m.