CHAPITRE XXXVII
frappé de la foudre, tandis que, malgré le sérieux de la scène précédente des prisonuicrs, pas même l'abbé ne pût s'empêcher de rire, en voyant l'expression triste et mortifiée de son visage. »
«Rien, dit-il à la fin, rien, mes maîtres, ce n'est pas à moi de m'en offenser ; mais je voudrais bien apprendre de ce jeune cavalier qui est si fort , comment il a découvert cette malheureuse tache dans une généalogie qui , du reste est sans aucune souillure; et pourquoi il l'a fait connaître,»
«Je l'ai fait connaître? ditHalbert Glendinning, tout étonné, car c'était à lui que cette sommation pathétique était adressée. Je n'en avais jamais entendu parler avant ce jour.»
«Comment! ce vieux et grossier soldat ne l'a pas appris de vous, dit le chevalier dont la surprise redoubla.»
«Non, je ne l'ai pas appris de lui, dit Rolton, j'en jure par le ciel : je n'ai jamais vu ce jeune homme qu'aujourd'hui.»
«Vous l'avez vu long-temps auparavant, mon digne maître, dit dame Glendinning, sortant à son tour de la foule. Mon fils, c'est Stawarth Bolton, celui à qui nous devons la vie et les moyens de la soutenir, s'il est bon prisonnier comme cela me semble probable. Employe ton crédit auprès de ces nobles lords en faveur de l'ami de la veuve de ton père.»
«Quoi! c'est vous dame Glendinning, dit Bolton; votre front est un peu ridé, comme le mien, depuis notre dernière rencontre; mais votre langue a conservé sa force plus que mon bras ^ Votre fils m'a bien vaincu ce matin. Le [)etit brun est devenu soldat , comme je l'avais prédit; et où est la tète blonde?»
«Hélas! dit la mère en baissant les yeux vers la terre, Edouard a pris les ordres ; il est devenu moine de cette abbaye. »
«Un moine et un soldat: deux mauvais métiers, ma bonne dame; mieux aurait valu être un bon maître tailleur, connue le vieux Cross-Stitch de Holderness. Je soupirais autrefois en vous enviant ces deux enfans, mais maintenant je ne voudrais pas qu'ils fussent à moi : un moine et un soldat! Le soldat ment sur le champ de bataille; le moine vil à peine dans le cloître.»
' M. DefaucoDjiift , j)agc 475» reiin>lace ceci par " votre cœur est toujours le même. A. H.
«Ma chère mère, dit Halbert, où est Edouard, iie pourrais-je lui parler?»
«Il vient de nous quitter il n'y a qu'un moment, dit le frère Philippe, pour porter un message de la })art du seigneur abbé.» ,
«Et Marie, ma mère, dit Halbert?» Marie n'était pas bien éloignée, et tous trois se retirèrent de la foule pour raconter et entendre leurs diverses aventures.
Tandis que les personnages subalternes dis])osaient ainsi d'eux-mêmes, l'abbé avait une sérieuse discussion avec les deux comtes; et tantôt accordant leurs demandes, tantôt se défendant avec habileté et éloquence, il parvint à faire un traité pour son couvent, qui, provisoirement, ne le mettait pas dans une situation pire qu'auparavant. Les comtes auraient à contre cœur ])0ussé les choses à l'extrémité, car Eustache protesta que, s'ils le pressaient au delà de ce que sa conscience pouvait lui permettre, il mettrait le monastère et toutes les terres qui en dépendaient entre les mains de la reine d'Ecosse, pour qu'elle en put disposer à son gré. Cela n'aurait pas répondu aux vues des deux comtes, qui se contentèrent pour le moment d'un léger sacrifice en argent et eu territoire. Les affaires étant ainsi arrangées, l'abbé s'enquiert pour le sort de sir Piercy Shafton, implora en sa faveur.
«C'est un fat, dit-il , milord , mais 11 est généreux , quoi((ue tl'une vanité qui va jusqu'à la folie, et je crois fermement que dans ce jour vous l'avez fait souffrir plus que si vous lui aviez plongé un ])oignard dans le sein.»
« Une aiguille , vous voulez dire , reprit le comte de Morton; sur mon honneur, je pensais que le petit-fils d'un tailleur d'habits descendait d'une tête couronnée pour le moins. »
«Je suis d'avis avec l'abbé, dit Murray, qu'il y aurait peu d'honneur à le livrer à Elisabeth , mais on l'enverra dans un lieu où il ne pourra ])as lui nuire. Notre poursuivant et Bolton, l'escorteronf jusc(u'à Dumbar et l'embarqueront pour la Flandre. Mais silence, le voici , il arrive conduisant une femme, je pense.»
«Milord et autres, dit le chevalier anglais avec une grande dignité, place à ré|)ouse de Piercy Shafton., c'est un secrei <jue je ne voulais pas faire connaître avant que le destin f{ui