‹ Le monastèreChapitre 25 sur 247 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

On lexir permettait cependant tie se livrer aux divertisseniens de leur âge, toujours ennemi du repos, et de courii" de tous côtés dans la salle, derrière les sièges des membres âgés de la famille, avec faculté de faire des excursions dans un ou deux petits appartemens qui aboutissaient à celle salle, et qui leur fournissaient d'excellens moyens de jouer à cache-cache. Cette fois-ci cependant les enfans ne parurent pas disposés à user du privilège qu'ils avaient de visiter ces sombres régions, et préférèrent faire leurs gambades dans le voisinage de la lumière.

Pendant ce temps-là Alice d'Avenel, assise près d'un chandelier de fer qui soutenait une torche informe de fabrique domestique, lisait de petits passages détachés, dans un gros livre, fermant avec des agrafes, et qu'elle conservait avec le plus grand soin. Elle avait appris à lire dans un couvent où elle avait passé sa jeunesse; mais, depuis quelques années, elle n'en avait fait usage que pour lire ce volume, qui composait toute sa bibliothèque. La famille écoutait les fragmens qu'elle choisissait , les regardant comme de bonnes choses qu'il y avait du mérite à entendre avec respect, qu'on les comprît parfaitement ou non. Alice avait résolu d'expliquer ])lus parfaitement à sa fille les mystères qu'il contenait; mais, à cette époque, la connaissance de ces mystères exposait à des dangers personnels, et il y aurait eu de rim])rudence à les confier à un enfant.

Le bruit que faisaient les enfans, en jouant, interrompait de temps en temps la lecture de la dame , et attira enfin sur les bruyans coupables une réprimande de la part d'Elspeth.

«Ne pourraient- ils aller plus loin, s'il fallait absolument qu'ils fissent tout ce tapage, qui interrompait la lecture de ces bonnes choses ?» A cela elle joignit la menace de les envoyer tous se coucher s'ils n'étaient pas plus tranquilles. Pour se conformer à cette injonction, les enfans jouèrent d'abord à une plus grande distance de la compagnie, et avec moins de bruit ; puis devenant impatiens de la contrainte qu'on leur imposait , ils se mirent à parcourir les appartemens voisins. Mais tout-à-coup les deux garçons rentrèrent , la

bouche béante, dans la salle, disant qu'il y avait un homme

armé dans le spence^.

« Ce doit être Christie de Clint-HilP, dit Martin en se levant; qu'est-ce qui peut l'avoir amené ici, à l'heure qu'il est ? »

« Ou plutôt connueut y esL-il entré?» dit Els[)eth.

« Hélas ! que peut-il chercher, dit la dame d'Avenel ? pour qui cet homme, un des gens du frère de son mari, et qui s'acquittait quelquefois de ses commissions pour Glenclearg, était un objet d'appréhension secrète et de méfiance. « Juste ciel! ajouta-t-il en se levant, où est mon enfant? » Tous se se précipitèrent dans le spence , Albert Glendinninjy s'armant d'abord d'une épée rouillée,et son frère se saisissant du livre de milady. Eu arrivant, ils furent soulagés d'une partie de leur frayeur, en rencontrant Marie à la porte de l'appartement. Elle ne paraissait nullement alarmée ni troublée. Ils entrèrent dans le spence, sorte d'appartement intérieur, dans lequel la famille prenait ses repas en été ; mais il n'y avait personne.

« Où est Christie de Clint-Hill? » demanda Martin,

«Je n'en sais rien, répondit la petite Marie; je ne l'ai jamais vu. »

« Et d'où vient , petits mauvais sujets , dit la dame EIspelh à ses deux garçons, que vous êtes accourus dans la salle, beuglant comme des taureaux, pour effrayer milady et toute la compagnie ? »

Les enfans se regardèrent l'un l'autre d'un air confus et en gardant le silence, et la mère continua sa réprimande. « Ne pouviez-vous choisir une autre soirée que la veille de la Toussaint pour venir nous faire peur, ni d'autre moment (|ue celui où milady nous lisait quelque chose sur les bienheureux saints? Je veux que les doigts me tombent si je ne vous punis tous les deux pour cela. L'ainé baissa les yeux , le cadet se mit à pleurer, mais tous deux gardèrent le silence, et la mère en serait venue à des voies de fait sans l'interposition de la petite fille.

' Mot écossais pour désigner l'apparleineut iutérieiir ou la salle à manger dont li va être parlé plus bas. — ^ Cliiit , mot écossais pour stuny, pierreux, /^tY/, colline. A. IM.

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