CHAPITRE IV
«Dame Elspetli , dit-elle , c'est ma faute ; c'est mol qui leur ai dit que je voyais un homme dans le Sj)euce. »
«Et pourquoi avez-vous fait cela, mon enfant, dit la mère , et nous avez-vous cause une si grande frayeur?»
«Parce que, répondit Marie, en baissant la voix, je n'ai pu m'en empêcher. »
«Vous n'avez pu vous en empêcher, Marie? demanda la mère; vous avez occasionné tout ce vain tumulte , et vous n'avez pu vous en empêcher! Qu'entendez- vous par là, petite fille?!))
«Il y avait réellement un homme armé dans le Spence , dit Marie, et parce que j'ai été surprise de le voir, j'ai appelé Halbert et Edouard...»
«Elle l'a dit elle-même, dit Halbert Glindinniug; ou je n'en aurais jamais parlé.»
«Ni moi non plus, dit Edouard, pour seconder son frère.»
«Miss Marie, dit Elspeth, jusqu'ici vous ne nous avez jamais fait de mensonge; maintenant dites-nous si tout ceci est un conte de veille de la Toussaint, etqu'il n'en soit plus question. Lady Avenel paraissait vouloir terminer ce dialogue , mais ne savait comment, et EIsjieth, (jui avait trop d'envie de satisfaire sa curiosité pour prêter attention à ce que lady Avenel cherchait à lui faire comprendre, quoique d'une manière indirecte, persévéra dans ses questions -. Etait-ce Christie de Clint- Hill? je ne voudrais pas pour un marc qu'il fût dans la maison, sans savoir dans quelle partie.»
«Ce n'était j)asChristie, ditMarie^; c'était..., c'était un gentleman... , un gentilhomme , qui avait sur la poitrine une cuirasse brillante, semblable à celle que j'ai vue il y a longtemps, lorsque nous demeurions à Avenel.»
«Quelle espèce d'homme était-ce?» demanda Tibbie, qui maintenant prit part à la conversation.
«Il avait les cheveux noirs, les yeux noirs, la barbe noire et se terminant en pointe, et plusieurs rangs de perles autour du cou, descendant sur sa poitrine, par dessus sa cuirasse^;
' l'aragraphe omis par M. Defauconpret, page 70. — ^ Tout cela «st omis dims 1k première traductiou, page 70. — 3 [ci le premier traducteur fait une légère addition au texte. — 4 M. Defancoupret donne de plus au fantôme , page 71 , « une grande épce dont la poignée d'or était oiuée de pirrrcs préeieubes. » a. m.
cl il avait sur sou |)oiii|^- gauche un superbe faucon, avec des sonnettes d'argent , et un capuchon de soie cramoisie sur sa tète... »
«Ne lui faites |)lus de questions, pour l'amour de Dieu! dit Tibbie à Els|)eth d'un air d'inquiétude ; mais faites attention à milady. Mais lady Avenel , prenant Mai'ie par la main, se retourna bruscjiiement et rentrant dans la salle, les priva de l'occasion de remarquer l'impression que faisait sur elle les réponses de sa fille , parce qu'elle empêcha ainsi qu'on lui adressât de nouvelles questions. 11 fut facile de voir ce que Tibbie pensait de tout cela, car elle fit plusieurs signes de croix et dit tout bas à l'oreille d'Elspeth : «One sainte Marie nous protège! la jeune fille a vu son père. »
Lorsqu'elles arrivèrent dans la salle, elles trouvèrent lady Avenel tenant sa fille sur ses genoux et l'embrassant à |)lusieurs reprises. Quand elle les vit entrer, elle se leva de nouveau pour se dérober à leurs observations et se retira dans le petit appartement où elle et sa fille occupaient le même lit.
Les garçons furent aussi envoyés dans leur chambre, et il ne resta près du feu de la salle que Tibbie et la dame Elspeth, excellentes personnes toutes deux, et les commères les plus com|)lètes qui eussent jamais existé.
Il était tout naturel qu'elles recommençassent à s'entretenir au sujet des apparitions surnaturelles, car c'est ainsi qu'elles regardaient celle qui ce soir-là avait alarmé la famille.
«.l'aurais préféré. Dieu me préserve! que c'eût étélcdiablc lui-même que Christie de Clint-Hill,dit la maîtresse de latour; car le bruit court dans le pays (jue c'est un des plus grands brigands (jui soient jamais montés à cheval.»
«Bah! bah! dame Elspeth, dit Tibb ; ne craignez rien de Christie; les cra[)auds même entretiennent la ju'opreté dans leurs trous. Vous autres, qui tenez à l'Eglise, vous vous fâchez si fort contre les gens qui usent un peu d'industrie pour gagner leur vie ! Nos Lairds des frontières n'auraient pas beaucoup de gens à leur suite si tous ceux qui ne sont pas très scrupuleux étaient hors du pays.»
«Il vaudrait mieux qu'ils n'en eussent pas du tout, plutôl que de ravager la cam|)agne connue ils le font ,» dit la dame EIspclh.