‹ Le monastèreChapitre 3 sur 247 · DE L'AUTEUR DE WAVERLEY · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR DE WAVERLEY

au capitaine clutterbuck.

Mon cher capitaine,

Ne soyez pas surpris que , malgré le ton de réserve et de cérémonie de votre lettre, j'y réponde sur celui de la familiarité. Le fait est que votre origine et votre patrie me sont mieux connus qu'à vous-même. Ou je me trompe fort, ou votre respectable famille vient d'un pays qui a procuré autant de plaisir que de profit à ceux qui y ont débuté avec succès. Je veux parler de cette portion de la terre inconnue que l'on nomme la province d'Utopie. Ses productions, quoique critiquées et frondées par bien des gens , même par ceux qui ne se font aucun scrupule de prendre du thé et du tabac, comme étant des objets de luxe frivoles et d'une consistance purement imaginaire, sont néanmoins , comme tant d'autres articles de luxe, assez généralement recherchées , et procurent des jouissances secrètes même à ceux qui en public témoignent pour elles le mépris le plus grand et l'aversion la plus prononcée. L'ivrogne le plus achevé ^ est souvent le premier à se montrer choqué de l'odeur des liqueurs spiritueuses; il est assez ordinaire d'entendre les vieilles filles déclamer contre la médisance ; les rayons des bibliothèques secrètes de certaines gens très graves en apparence , offenseraient des yeux mo • destes; et combien, je ne dis pas de sages et de savans, mais de ceux qui sont le plus jaloux de passer pour tels, qui, lorsque la targette de leur cabinet est tirée, qu'ils ont leur bonnet de velours sur leurs oreilles et les pieds dans leurs pantoufles vertes, combien, dis-je, en trouverait-on occupés à lire avidement le roman nouveau , si on entrait dans leurs retraites subitement et sans être entendu?

' Dram- Drinker, le buveur de petits verres, le buveur d'eau-de-vie; et en effet l'cau-de-vie, appelée g-i'n, est en Angleterre la compagne indispensable de l'aie pour un ivrogne de profession, a. m.

J'ai (lil, et je le répète, que les vrais sages et les vrais savaiis dédaignent tous ces subterfuges, et ouvriront le roman tout aussi franchement que leur tabatière. Je n'en citerai t|u'un exemple, sur cent que j'en pourrais donner. Avez-vous , capitaine Clutterbuck , connu le célèbre Watt •, de Birmingham? je ne le crois pas, bien que, d'après ce que je vais vous raconter, il u'eùt pas manqué de chercher à lier connaissance avec vous. 11 m'arriva un jour de le rencontrer en corps ou en ame, peu importe : c'était dans une assemblée où se trouvaient dix à douze de nos lumières du Nord, qui avaient parmi elles, je ne sais trop comment, un homme bien connu dans notre pavs , Jedediah Cleishbotham. Ce digne personnage étant veniLà Edimbourg pendant les fêtes de Noël, y semblait une sorte de bête curieuse, comme qui dirait un lion, que l'on mène en laisse de maison en maison avec les équilibristes, les avaleurs de pierres, et autres dispensateurs d'amuscmens de la saison (|ui font voir leurs merveilleux tours d'adresse ou de force au milieu des sociétés particulières , si on le désire.

Dans cette compagnie était M. Watt, cet homme dont le génie découvrit les moyens de multiplier nos ressources nationales à un point bien au delà de ce que toutes ses connaissances étonnantes de calcul et de combinaison ne lui avaient peul-èlre jamais fait sou|>conner ; élevant au dessus de la terre les trésors enfermés dans l'abîme, donnant au faible bras de l'homme la force d'un Afriet^, commandant aux manufactures de se développer, comme la verge du prophète faisait jaillir de l'eau dans le désert, fournissant les moyens de se ])asser du temps et de la marée qui n'attendent homme (Mii vive, et de voguer sans le secours de ce vent qui défiait les ordres et les menaces de Xerxès lui-même^. Eh bien! ce sou-

' Génie étonnant quia perfectionné à un si haut degré les machines à vapeur, découverte ébauchée par Héron d'Alexandrie, reprise et développée par le Français Salomon de Cans, avant lord Bridgewater, auquel les Anglais l'attribuent par esprit national. — ^ AJ'iiel ou ifriet , et non pas a/rite , comme l'écrivent l'auteur et son premier interprète. C'est une sorte de Méduse regardée par les Orientaux comme le plus terrible adversaire des anciens héros de la fable, a. m.

3 « L'ingénieux ;iuteur fait probablement allusion .i l'adage national :

Le roi dit : Vogue!

Mais le vent dit: ^'oii!

iN'otre maître d'école (qui est aussi un arpenteur) dit que tout ce passage a rapport

à l'invention et au perfectionnement des machines à vapeur. » Cette note est d<'

l'auteur anijlais. a. -.1.

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