‹ Le monastèreChapitre 4 sur 247 · DE L'AUTEUR DE WA\ ERLEY · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR DE WA\ ERLEY

veraln suprême des élémens, ce meuajifer du Içmps et de l'esnaee, ce magicien qui par ses enchanleniens mystérieux a produit dans le monde un changement dont les effets, tout extraordinaires qu'ils sont, commencent i)eut- être aujourd'hui seulement à se faire sentir; cet homme, dis -je, non seulement était le savant le plus profond, celui qui savait le plus habilement combiner et calculer les puissances et les uondires, et les appliquer de la manière la j)lus heureuse ; en un mot, un de ceux qu ipossédaient un plus grand fonds d'instruction universelle, mais il était aussi le meilleur, le plus doux et le plus bienveillant des hommes.

Il me semble encore le voir au milieu de cette petite réunion de savans écossais dont j'ai déjà parlé, gens, et je parle en général , non moins tenaces et non moins jaloux de leur propre renommée et de leurs propres opinions que les regimens nationaux ne sont censés l'être de la haute réputation à laquelle leurs exploits militaires les ont élevés. Oui, il me semble encore voir et entendre ce que je ne verrai ni n'entendrai une seconde fois. Dans sa quatre-vingt-cinquième année , ce vieillard, vif, alerte, bienveillant, était attentif à la moindre question, y répondait avec le plus grand développement. Ses talens et son imagination lui fournissaient plus d'instruction que n'exigeait l'objet en discussion. Quelqu'un de la compagnie se montrait-il profond philologiste, il lui parlait de l'origine de l'alphabet comme s'il eût été contemporain de Cadmus. Un autre était-il un célèbre critique, vous auriez dit que ce brave homme avait passé toute sa vie à l'étude de l'économie politique et des études littéraires. Quant à la science, il n'est pas nécessaire d'en parler; il était là sur son véritable terrain; et cependant, capitaine Clutterbuck, lorsqu'il en vint à s'entretenir avec votre compatriote Jedediah Cleishbotham, vous auriez juré qu'il avait vécu du temps de Claverse et de Burleyi, des persécuteurs et des persécutés, et qu'il aurait pu compter tous les coups de fusil que les dragons avaient tirés sur les fugitifs partisans du covenant. Au fait, nous naiis aperçûmes qu'il n'y avait pas de roman un peu célèbre

' Claveife , en Ecosse, veut dire un hahillard, et ici c'est un nom de famille dont la terre s'appelle Claverkoiise; c'est le colonel des dragons, personnage du roman des Puritains; et Burley est Le clief des puritains coventaires. a. m.

qu'il n'eût lu , et que l'homme hérissé de science n'était pas un moindre amateur des productions de son pays natal (l'Utopie sus-mentionnée) , ou, en d'autres termes , un liseur non moins effronté et moins déterminé de romans que ne l'aurait été l'apprentie de dix-huit ans chez une marchande de modes '. Je ne vois d'autre excuse à vous offrir pour vous importuner de toutes ces choses , que le désir de consacrer le souvenir d'une soirée délicieuse , et celui de vous encourager à vous défaire de cette modeste défiance de vos talens qui vous porte à craindre d'être regardé comme ayant des liaisons avec le pays enchanté de la décevante illusion. En retour de votre tirade poétique, je vais vous citer un passage d'Horace luimême , accompagné d'une paraphrase pour votre propre usage, cher capitaine, et celui du club de votre village, toutefois et par respect, à l'exception du curé et du maître d'école 2;

iVe sit ancilùe tihi amnr pudori, etc. ^ De la riante fiction Ne dédaigne point les ouvrages, Si tn veux donner tes suffrages A la folâtre illusion.

Le sujet chanté par Homère N'était qu'un rêve séduisant; Et lui-même, chantre amusant.

Ne fut qu'une heureuse chimère.

Après vous avoir dit quelle est votre patrie, mon cher capitaine Clutterbuck, je prendrai la liberté de vous parler de la famille dont vous descendez immédiatement. Il ne faut pas que vous pensiez que votre terre de prodiges nous soit aussi peu connue que le soin que vous prenez de cacher votre origine semblerait le faire entendre ''. Mais vous avez cela de

' Passage étranglé par M. Defauconpret , page 32. — * M. Defar.eonpret , de sa propre autorité, ajoute au texte cette phrase, page 32 : « Qui sont à même de traduire Horace sans avoir besoin d'aide et sans en détourner le sens.» a. m.

3 Livre II, ode 4. Voici la première strophe de cette pièce, tirée de ma traduction inédite des Odes d'Horace :

Ne rougis point de la tendresse

Qu'un esclave a su l'inspirer,

Pour son esclave enchanteresse

Du fameux vainqueur de la Grèce W

Le cœur a bien dû soupirer.

4 M. Defauconpret, page 32 , a pris dans sa version une telle licence, que l'on n'r reconnaît plus l'esprit de l'original, a. m.

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