‹ Le monastèreChapitre 31 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Glendinning désirait et demandait. Elle suppléa donc parson propre enthousiasme au peu d'empressement de milady à recourir à des secours spirituels, et Martin reçutl'ordre d'aller avec toute la diligence dont Shagram était capable, prier un des religieux du couvent de Sainte-Marie de venir administrer les dernières consolations à la veuve de Walter d'Avenel.

Lorsque le sacristain eut annoncé au révérendissime seigneur abbé que l'épouse de feu Walter d'Avenel était dans un très mauvais état de santé à la tour de Glendearg, et qu'elle demandait le secours d'un père confesseur, le révérend moine réfléchit sur cette demande.

«Nous nous rappelons fort bien de Walter d'Avenel, dit-il ; c'était un bon et vaillant chevalier; il fut dépouillé de ses domaines et égorgé par les brigands du sud. La dame ne pourrait-elle venir ici recevoir le sacrement de pénitence? le trajet est long et pénible.»

« La dame est malade, révérend père, répondit le sacristain, et hors d'état de supporter les fatigues du voyage. »

«Ah!... c'est vrai... , oui..., alors il faut qu'un de nos freines se rende auprès d'elle, dit l'abbé. Sais -tu si Walter d'Avenel lui a laissé un douaire ?»

«Fort peu de chose, révérend père, répondit le sacristain. Elle a demeuré à Glendearg, depuis la mort de son mari, vivant en quelque sorte delà charité d'une pauvre veuve, nommée Elspeth Glindinning '.»

«Comment? Mais tu connais donc Joutes les veuves des environs ? Ho ! ho! ho! » dit l'abbé en se tenant les côtés de rire de sa propre plaisanterie.

«Ho, ho , ho!» répéta le sacristain, dans le ton et avec l'air d'un inférieur qui applaudit au bon mot de son supérieur-. Puis il ajouta , avec un nasillement hypocrite et un clignemenl d'yeux significatif : « Il est de notre devoir, révérendissime père, de donner des consolations aux veuves..,, hi, hi, hi!»

Ce dernier rire fut plus modéré , parce qu'il fallait que l'abbé sanctionnât la plaisanterie 2.

«Ho, ho ! dit l'abbé, en ce cas-là, toute plaisanterie à par(,

'M. Defauconpret, page 78, ajoute ici quelque chose. »M. Defauionpret , page 79, ajoute ici quelques mots au texte, a. i\r.

père Philippe , prenez vos habils de voyaj^^e, et allez confesser

cette lady Avenel.»

«Mais, dit le sacristain •>

«Point de mais ; il ne s'agit de mais ni de si entre moine et abbé, père Philippe ; les liens de la discipline ne doivent pas se relâcher; l'hérésie acquiert des forces , comme une pelotte de neige qui roule acquiert de la grosseur ' ; la multitude attend des confessions et des prédications de la part des bénédictins, comme d'autant de moines mendians, et nous ne pouvons pas abandonner la vigne, quoique le travail soit fatigant pour nous.»

«Et si peu profitable au saint monastère, » dit le sacristain. «Cela est vrai, dit l'abbé; mais ne voyez-vous pas, père Philippe, que ce qui empêche un mal produit un bien? Ce Julien d'Avenel mène une vie mauvaise , et qui n'est nullement religieuse 2, et si nous négligions la veuve de son frère, il pourrait venir piller nos domaines, sans que nous pussions jamais dire qui est celui qui nous a fait du mal 3. D'ailleurs c'est un devoir de notre part envers une ancienne famille , dont les membres, dans le temps de leur prospérité, ont été les bienfaiteurs de l'abbaye. Pars à l'instant, mon père; voyage nuit et jour, si cela est nécessaire, et que l'on voie avec quel zèle l'abbé Boniface et ses fidèles enfans s'acquittent de leurs devoirs spirituels; la fatigue ne les effrayant point, car la vallée a cinq milles de longueur; la peur ne les retenant point, car on dit qu'elle est habitée par des spectres; rien ne les détournant de leur mission spirituelle, à la grande confusion des hérétiques qui les calomnient, et à la grande consolation et édification des vrais et fidèles enfans de l'Eglise catholique. Je voudrais bien savoir ce que notre frère Eustache dira de tout ceci.»

Respirant à peine par l'effet du tableau qu'il venait de tracer de la fatigue et des dangers auxquels il allait s'exposer, et de la gloire qu'il allait acquérir, le tout par son représentant, l'abbé s'achemina lentement vers le réfectoire, pour finir sa collation ; et le sacristain, un j)eu de mauvaise humeur, partit avec Martin pour Glendearg ; le seul embarras qu'il éprouva

• Omis par M. Defauronprct. — ^ Omis par M. Defaiiconpret. — 3 Omis par

M. Dffauronpret. a. m.

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