‹ Le monastèreChapitre 33 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

site et d'hospitalité envers son amie et sa compagne. Mais elle avait devant elle la double autorité d'un seigneur et d'un supérieur féodal , et s'il faut dire la vérité, la hardiesse, avec laquelle elle aurait pu résister à cette double autorité, S(i trouvait, je gémis de le dire, beaucoup affaiblie par la curiosité qu'elle avait, comme digne fille d'Eve, d'avoir quelque explication au sujet du livre mystérieux pour lequel milady avait tant d'affection, et dont cependant elle ne faisait connaître le contenu qu'avec beaucoup de précaution ; car lady Avenel n'avait jamais lu aucun passage dans ce livre avanf (|ue la porte de fer de la tour eût été fermée à clef et qu'il n'y eût plus de possibilité d'être interrompu par la présence d'un étranger. Et même alors elle avait montré, dans le chois des passages qu'elle lisait qu'elle avait plus à cœur de graver dans l'ame des personnes qui l'écoutaient les principes que le livre contenait , que de leur présenter ce livre comme une nouvelle règle de croyance.

Lorsque Elspeth , partagée entre la curiosité et le remords, eut remis le livre entre les mains du moine, celui-ci s'écria , après avoir tourné quelques feuillets : « De par l'Ordre don! je fais partie, voilà justement ce que je soupçonnais.... ma mule, ma muîe! je ne veux pas rester plus long-temps dans cette maison... tu as bien fait, dame Elspeth , de mettre entre mes mains ce dangereux volume. »

« Est-ce donc un livre de sorcellerie ou un ouvrage du démon?» dit Elspeth violemment agitée.

«Non, à Dieu ne plaise, dit le moine en faisant un signe de croix; c'est la sainte Ecriture; mais traduite en langue vulgaire, et par conséquent, d'après les ordres de la sainte Eglise catholique , nullement pro])re à rester entre les mains des laïques. »

«Et cependant c'est la sainte Ecriture qui nous a été communiquée pour notre salut commun, dit Elspeth. Mon révérend père éclairez, je vous prie, mon ignorance; mais le man(|ue d'esprit ne saurait être un péché mortel , et vraiment, dans ma faible opinion, je serais bien aise de lire la sainte Ecriture. »

"Je n'en doute nullement , dit le moine, et ce fut ainsi que notre mère Eve chercha à acquérir la connaissance du bien

et du mal , et ce fut ainsi que le péché s'introduisit dans le monde, et la mort à la suite du péché.»

«Oh ! oui, cela est très vrai, dit Elspeth ; oh! si elle avait suivi les conseils de saint Pierre et de saint Paul !»

«Si elle avait respecté les ordres du ciel, dit le moine , qui, en lui donnant la naissance, la vie et le bonheur, avait attaché à ces dons les conditions qui s'accordaient le mieux avec sa sainte volonté * ! Je le dis, Elspeth, que la lettre tue ; c'està-dire que le texte seul , lu par un œil inhabile et par des lèvres profanes ^ est comme ces remèdes vlolens que les malades premient d'après l'avis d'un bon médecin : ces malades se rétablissent et jouissent ensuite d'une bonne santé, tandis que ceux qui en font usage, d'a|)rès leur propre jugement , ])érissent victimes de leur imprudence.»

«Sans doute, sans doute , dit la pauvre femme ; votre révérence connaît tout cela mieux cjuc personne.»

«Ce n'est pas moi, dit le père Philippe du tonde déférence avec lequel il crut qu'il convenait le mieux au sacristain de Sainte-Marie de s'exprimer, ce n'est pas moi, mais le très saint père de la chrétienté, et notre saint père le seigneur abbé qui savent tout cela mieux que personne. Moi, pauvre sacristain de Sainte-Marie , je ne puis que répéter ce que j'entends dire à mes supérieurs. Néanmoins, ma bonne dame, soyez assurée d'une chose ; c'est que la lettre, la plus simple lettre tue. Mais l'Eglise a ses ministres pour la commenter et l'expliquer aux fidèles. Et je dis ceci, non pas tant, mes chers frères ,... j'C veux dire, ma chère sœur; car le sacristain en était venu à la péroraison d'un de ses anciens sermons... je dis ceci , non pas tant des curés, des vicaires et des membres du clergé séculier, ainsi nommé parce qu'il se conforme aux usages du seculum , du siècle, affranchis des liens qui nous séquestrent du monde ; je ne le dis pas non plus des frères mendians^, noirs ou gris, avec crosse ou sans crosse, mais des moines, et particulièrement des moines bénédictins, réformés d'après la règle de saint Bernard de Clairvaux , d'où leur est venu le nom de Cisterciens'', duquel ordre, mes frères, ma sœur, dis-je, grand est le bonheur, grande est la

' Circonstance omise par M. Defauconpret , page 83. — ^ Omis par le mcinc — -5 Omis par le même, page 84. — '«Mot anglais pour Citcaux. a. m.

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