‹ Le monastèreChapitre 34 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gloire du pays, de posséder les vénérables minisires de Sainte- Marie , dont le couvent, je puis le dire, tout frère indigne que je suis, a fourni plus de saints, plus d'évèques, plus de papes , graces en soient rendues à nos bons patrons ^ ! qu'aucun autre établissement religieux dans toute l'Ecosse. C'est pourquoi... mais je vois que Martin tient ma mule toute prête ; ainsi je vais vous donner le baiser fraternel qui ne fait point rougir-, et recommencer mon pénible voyage, car le vallon n'est pas en bonne réputation à cause des mauvais esprits qui l'habitent. D'ailleurs je pourrais arriver trop tard au ])ont et me voir forcé de traverser à gué la rivière dont j'ai remarqué que les eaux étaient un peu grossies.»

En conséquence, il prit congé de la dame Elspetli , tout étourdie de la rapidité de ses discours et de la doctrine qu'il avait énoncée 3, et nullement tranquille au sujet du livre, que sa conscience lui disait qu'elle n'aurait dû communiquer à personne , à l'insu de celle à qui il appartenait.

Malgré l'empressement que mit le sacristain aussi bien que sa mule à regagner un gîte meilleur que celui qu'il avait quitté à la tour de Glendearg ^ , malgré le vif désir qu'avait le père Philippe d'être le premier à apprendre à l'abbé qu'un exemplaire du livre qu'ils redoutaient le plus avait été ti^ouvé dans le saint district, au patrimoine de l'abbaye, et surtout malgré certains sentimens qui l'engageaient à traverser le plus vite possible le vallon sombre et mal famé, cependant le mauvais état de la route et le peu d'habitude du cavalier à faire des courses rapides furent telles, qu'il fut surpris par le crépuscule avant d'avoir atteint l'extrémité de l'étroite vallée.

La route était effectivement fort tiiste. Les deux côtés du vallon étaient tellement rapprochés, qu'à chaque détour de la rivière l'ombre de la partie occidentale tombait sur la rive orientale et produisait une obscurité complète^. Les branches et les feuilles des arbres semblaient agitées d'un mouvement qui avait quelque chose de sinistre, et les rochers eux-mêmes lui paraissaient plus élevés et d'un aspect plus effrayant (\ue lorsqu'il avait fait la route dans le jour et en la compagnie de

' Omis par M. Defauconpret 2 Omis par lo même. — 3 Omis p;ir le même.

—4 Omis par le même, page 84.— ^ Toute cette période est omise daus la version de M. Defauconpret, page 85. ^. m.

Martin. Aussi le père Philippe éproiiva-t-il une grande joie, lors(|ue sortant de l'étroite vallon il entra dans la grande vallée de la Tweed, qui s'avançait majestueusement d'un cours tantôt lent, tantôt rapide, avec une dignité qui la dislingue des autres rivières d'Ecosse ; car quelle que soit la sécheresse de la saison , la Tweed remplit ordinairement l'espace compris entre ses rives, laissant rarement ces longs bancs de graviers ou petits cailloux qui déparent les bords de plusieurs des courans renommés de l'Ecosse *.

Le moine , insensible à des beautés que les écrivains du siècle n'avaient pas jugées dignes d'être célébrées 2, fut néanmoins , en prudent général , charmé de se trouver hors de cet étroit vallon, dans lequel l'ennemi aurait pu se glisser sans être aperçu. 11 retint la bride de sa mule et la remit à son amble naturel et qu'elle aimait tant, au lieu de ce trot agité et inégal qu'elle avait pris jusqu'alors, au grand déplaisir du cavalier; j)uis s'essuyant le front, il conteni])la à loisir le large disque de la lune qui, mêlant sa clarté à celle des étoiles, s'élevait au dessus des champs et des forêts, des villages et des forteresses, et particulièrement du superbe monastère que les ])àles rayons de la lune coloraient dans le lointain.

Ce qui d'après l'opinion du moine était la partie la plus désagréable de ce magnifique tableau, c'est que le monastère était situé sur la rive opposée du courant, et que tant de beaux ponts qui ont depuis été construits sur ce fleuve classique, pas un n'existait à cette époque. En récompense , néanmoins , il y avait alors un pont qui depuis a disparu , mais dont les curieux peuvent retrouver les ruines.

11 était d'une forme tout-à-fait particulière. Deux fortes culées avaient été construites sur les deux rives du fleuve, dans un endroit où le lit était extrêmement resserré. Sur un rocher, au milieu du courant, on avait bâti une masse solide en maçonnerie, construite comme un pilier de pont et comme une pile présentant un angle au courant du fleuve. La maçonne-

' M. Defauconprct , page 85, rend ainsi ce passage : « Lits de roseaux qui en Ecosse couvrent le bord des plus belles eaux.» C'est un contre-sens évident, car sheets oj' shingte , (\uc nous traduisons par «bancs de petits caillou.x,» n'a eu jamais le sens que lui donne le premier interprète. — ^ Circonstance omise par M. Defauconprct, p;ige Sk a. m.

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