‹ Le monastèreChapitre 42 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

notre saint père le pape a un conseiller; ah! je suis bien sur qu'il ne vivrait pas une semaine avec un conseiller comme ie mien. Et puis il n'y a pas moyen de savoir ce que pense le père Eustache , jusqu'à ce qu'on lui avoue l'embarras dans lequel on se trouve. Avec lui, un simple donner à entendre n'est pas suffisant pour avoir son opinion. Il est comme un avare qui ne déliera pas les cordons de sa bourse, pour donner \x\\ farthing ^ jusqu'à ce que le malheureux qui en a besoin lui ait avoué son extrême pauvreté et arraché son aumône à force d'importunité. Et c'est ainsi que je suis déshonoré aux yeux de mes frères, qui me voient traité comme un enfant qui n'a pas assez de jugement pour se conduire. Je ne le souffrirai pas plus long-temps... Frère Rennet !... Un frère lai se présenta... « Dites au père Eustache que je n'ai pas besoin de sa présence.»

«Je venais annoncer à votre l'évérence, dit le frère, que le vénérable père arrive à l'instant, venant du cloître. »

«C'est bon, dit l'abbé , il est le bien venu. Otez tout cela... ou plutôt, placez une assiette , il est possible que le révérend père ait un peu faim... Et cependant non; enlevez tout cela, car il n'est pas bon compagnon de table. Toutefois laissez le flacon devin et apportez une autre coupe.»

Le frère obéit à ces ordres contradictoires de la manière qu'il jugea la plus convenable, enleva la carcasse du chapon à demi dépouillée , et plaça deux gobelets à côté du flacon de vin de Bordeaux. Au même instant le père Eustache entra.

C'était un petit homme mince, d'un visage pointu, d'une constitution frêle, dont les yeux gris et perçans semblaient lire dans l'ame de ceux à qui il s'adressait. Son cor|)s était amaigri tant par les jeunes, qu'il observait avec une rigide ponctualité, que par le travail actif et infatigable de son esprit vif et pénétrant.

Ame ardente, épuisant un corps grêle et fragile, Accablant de science une prison d'argile^.

11 fit au seij^neur abbé le salut exigé par la règle monas-

■ he farthing équivaut à deux centimes et demi de notre monnaie. Quatre farthings font un penny ou dix centimes; douze pennies, ou plutôt pence, fout un shilling, qui lui-même vaut un franc vingt centimes; et vingt sliiliings forment la livre sterling. — ^ M Uefauconpret , page ç)5, n'a point traduit les trois vers anglais que nous rendons par ces deux vers français. .\. m.

tique; et, à les voir ensemble, il eût été difficile d'imaginer une différence plus complèle dans la forme et dans l'expression. Le visage fleuri, l'air de bonté et l'œil riant de l'abbé, que même son inquiétude actuelle n'avait pas beaucoup altéré, conti^Tstaient d'une manière étonnante avec les joues maigres et pâles et le regard vif et pénétrant du moine , dans lequel un esprit de sagacité et de finesse brillait à travers des yeux qui paraissaient en recevoir un éclat surnaturel '.

L'abbé ouvrit la conversation en faisant signe au moine de prendre un siège et en l'invitant à boire un coup de vin. Celui-ci s'en excusa respectueusement, mais non sans faire observer que l'office du soir était dit.

«Si l'estomac le demande, mon frère, dit l'abbé en rougissant un peu vous connaissez le texte.»

«C'est un texte, répondit le moine, qu'il est dangereux de commenter lorsqu'on est seul et qu'il est tard. Quand on est séparé de la société humaine, le jus de la treille devient un compagnon dangereux dans la solitude, et c'est pour cela que je l'évite.»

L'abbé Boniface venait de remplir son gobelet, qui pouvait tenir environ une demi-pinte d'Angleterre ; mais soit qu'il fût frappé de la justesse de l'observation, soit qu'il eût honte d'agir en opposition directe à l'opinion émise par le père Euslache, le laissa devant lui sans y toucher, et changea aussitôt de sujet.

«Le primat, dit-il, nous a écrit de faire de strictes recherches dans toute l'étendue de notre juridiction, ])our découvrir les hérétiques dénoncés dans cette liste, et qui se sont soustraits au châtiment qu'ils ont mérité pour leurs opinions. On pense qu'il est probaljle qu'ils tenteront de se réfugier en Angleterre en passant sur nos frontières, et le primat me charge de veiller avec activité, avec zèle, et tout ce qui s'ensuit. »

«11 est certain, dit le moine, que le magistrat ne doit pas porter l'épée en vain; ce sont ceux-là qui bouleversent le monde; et, sans doute, votre sage révérence aj)portera le plus grand zèle à seconder les efforts du révérendissime père

' Omis par M. Defauooupret. a. m.

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