CHAPITRE \I
en Dieu, puisqu'il est spécialement question de défendie la sainte Eglise.»
«Oui, dit l'abbé; mais comment faire pour y réussir? Que sainte Marie nous soit en aide. Le ])rimat m'écrit counne si j'étais un baron temporel, qui a de l'autorité, qui a des soldats sous ses ordres. Envoyez, dit-il, parcourez le pays, gardez les défilés.Vraiment ces gens ne voyagent pas comme s'ils voulaient donner leur vie pour rien. Les derniers qui se sont dirigés vers le sud ont passé la limite par le Riding-barn ' , avec une escorte de huit lances, ainsi que nous en a prévenu notre révérend frère l'abbé de Kelso -. Comment des capuchons et des scapulaires s'opposcront-ils à leur passage?»
«Votre bailli passe pour un vaillant homme d'armes, très révérend père, dit Eustache; vos vassaux sont obligés de se lever pour la défense de la sainte Eglise; c'est à cette condition que leurs ' domaines leur ont été concédés; s'ils ne veulent point se ])résenter comme champions de l'Eglise, qui leur donne du pain, que leurs domaines soient transmis à d'autres.»
«Nous ne manquerons point, dit l'abbé, en se recueillant d'un air d'importance, de faire tout ce qui pourra avantager la sainte Eglise; vous entendrez vous-même les instructions qui seront données à notre bailli et à nos officiaux. Mais voici de nouveau notre contestation avec le gardien du pont et le baron de Meigallot: sainte Marie! les vexations se multiplient tellement sur notre maison et sur la génération présente, que l'on ne sait plus de quel côté se tourner. Tu avais dit, ])ère Eustache, que tu ferais des recherches dans nos titres à la franchise de passage en faveur des pèlerins.»
«J'ai examiné la collection des chartes de la maison, révérend père, répondit Eustache, et j'y ai trouvé un acte authentique et formel portant exception de tous droits et péage au pont-levis de Brigton, (|ui auraient ])u être exigés non seulement des ecclésiastiques de cette communauté, mais encore de tout pèlerin prouvant qu'il venait réellement visiter la maison pour l'accomplissement de quelque vœu; et ce, en faveur de l'abbé Ailfort et des religieux de Sainte-Marie de Kenna-
1 Nom de lieu, formé de riding, allant à cheval, et burn, luisseau. — ^ Ville du midi de l'Ecosse, a. im.
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quhair, depuis celte époque et à toujours. L'acte est daté de la veille de la fête de sainte Brigite, l'an de la Rédemption 1 1^7 , et est revêtu de la signature et du sceau de celui qui a octroyé le privilège, Charles de Meigallot, trisaïeul du baron, et spécifie que cette cessioft a eu pour objet le salut de son ame, et le soulagement des araes de son père et de sa mère et de tous SCS prédécesseurs et successeurs comme barons de Meigallot.»
«Mais il allègue, dit l'abbé, que les gardiens du pont ont été en possession de percevoir ces droits et les ont rendus exigibles pendant plus de cinquante ans; et le baron menace d'employer la violence : en attendant, le voyage des pèlerins est interrompu, au détriment de leurs âmes et des revenus de Sainte-Marie. Le sacristain nous avait conseillé d'établir un bateau; mais le gardien, que tu sais être un homme sans i'oi et sans religion, a juré que, s'il nous arrivait de mettre un bateau sur le fleuve de son maître, il voulait i\ue le diable le coupât en mille morceaux, s'il ne le démolissait planche par planche; et puis, il y a des personnes qui disent que nous devrions entrer en composition pour cet objet, au moyen d'une petite somme d'argent.» L'abbé s'arrêta un instant pour attendre une ré|)onse; n'en recevant point, il ajouta : «Mais qu'en penses-tu, père Eustache? poiu'quoi gardes-tu le silence?»
«Parce que, répondit celui-ci, je suis surpris que le seigneur abbé de Sainte-Marie fasse une pareille question au plus jeune de ses frères.»
«Le plus jeune, sous le rapport du temps pendant lequel vous avez demeuré avec nous, frère Eustache, dit l'abbé; mais non sous le rapport de l'âge et de l'expérience, je pense 'Sous-prieur de ce couvent, d'ailleurs n
«Je suis étonné, continua Eustache, que l'abbé de cette respectable maison demande à qui que ce soit s'il peut aliéner le patrimoine de notre sainte et divine patronne, ou abandonner à un baron sans conscience et héréti((ue peut-être, les droits que son pieux trisaïeul a concédés à cette église. Les papes et les conciles le défendent également; l'honneur des vivans et le repos des âmes de ceux qui ne sont plus le défendent aussi... Cela ne peut se faire. S'il ose employer la