CHAPITRE VIII
MXovi tfc iatfi) ^vcnci.
«Ne joue pas avec le temp;" , tiésor du sage, cl doni « les fous sont prodigues. Le fatal pécheur acrrocho M des aines pendant que nous perdons des momens. » p'ieille comédie.
Cn brouillard du mois de novembre couvrait la petite vallée le long de laquelle s'avançait lentement, mais fermement, le moine Eustache. 11 n'était pas sans éprouver un sentiment de mélancolie inspiré par le lieu et par la saison. Le Meuve semblait couler avec un murmure sourd et profond, comme s'il
r.E mONASTFRE. g
se lût affligé du départ de rauloiiuie. Parmi les bouquets d'arbres épars <^k et là sur ses rives, le chêne était le seul qui retînt ce vert pâle qui précède la teinte jaunâtre ; les feuilles du saule, la plupart détachées de leurs branches, se soulevaient au moindre veut, et chaque pas de la mule faisait entendre que la terre en était jonchée, tandis que le feuillage des autres arbres entièrement flétri se maintenait encore en possession des tiges qui l'avaient vu naître, prêt à céder au premier souffle qui viendrait les en dépouiller ^ .
Le moine se laissa entraîner dans cette suite naturelle de pensées que ces emblèmes de la fragilité des espérances Immaines inspirent ])lus parti<;ulièrement à cette époque de l'année. « Telles sont, dit-il en regardant les feuilles dont la terre était couverte autour de lui, telles sont les espérances dont la jeunesse se repaît de bonne heure, formées les premières pour être j)lus tôt déçues, et le plus agréables au printemps pour devenir le plus méprisables dans l'hiver. Mais vous, qui n'aTancez que lentement dans la marche générale, ajouta-t-il en jetant ses regards sur un bouquet de hêtres qui retenaient encore leurs feuilles flétries, vous êtes les plans aventureux de l'homme parvenu à la maturité de l'âge, formés plus tard, et auxquels le vieillard reste encore fortement attaché , quoiqu'il en connaisse la futilité ^ . Rien ne dure, rien n'échappe à la destruction, si ce n'est le feuillage du chêne robuste, qui ne commence à se montrer (|ue lorsque celui du reste de la forêt a joui de la moitié de son existence. Une teinte pâle, qui indique la décadence, est tout ce qui le distingue; mais il conserve ce symptôme de vitalité jusqu'à la fln. Puisse-t-il en être de même du père Eustache ■^ ! Les brillantes espérances de ma jeunesse, je les ai foulées aux pieds, comme ces feuilles desséchées qui sont sur ma route; les rêves plus ambitieux de l'âge mûr, je ne les regarde plus que comme de pompeuses chimères, dont le clinquant est depuis long-temps obscurci ; mais mes vœux de religion . la profession de foi que j'ai faite dans un
' Tout ce passage, depuis « les feuilles du saule, la plupart, etc.,» a été omis par M. Defauconpret, page 107. — * Tout ceci, depuis «mais vous qui,» a été omis par le premier interprète. — ^ Tout cela, depuis «une teinte pâle,» a été omis par le premier traducteur, a. m.