CHAPITRE IX. Ï2D
La dame Glendinning cria au secours. «Tibb Tacket! Martin! où êtes-vous tous? dit- elle. Christie, pour l'amour de Dieu ! considère que c'est un membre de la sainte Eglise.»
«Je ne crains nullement sa lance, dit le sous-prieur; si je meurs en défendant les droits et les privilèges de ma communauté, le primat saura de quelle manière en tirer vengeance. »
«Qu'il prenne garde à lui-même, dit Christie , mais en même temps il déposait sa lance contre la muraille de la tour; si les hommes de Fife i, qui sont venus ici avec le gouverneur, dans leur dernière excursion, ont dit vrai, Norman Leslie a une dent contre lui, et il est probable qu'il le traitera durement. Tout le monde sait que Norman est un chien de race, qui ne lâche jamais prise. Au surplus, ajouta-t-il, pensant peut-être qu'il avait été un peu trop loin, je n'avais aucune intention d'offenser le révérend père. Je suis un homme tout brut, ne connnaissant que la lance et l'étrier, et qui nullement habitué à communiquer avec des liseurs de livres ou avec des prêtres, et je suis tout disposé à demander à sa révérence son pardon et sa bénédiction. »
« Pour l'amour de Dieu , mon révérend père, dit la veuve de Olendearg au sous-prieur, qu'elle prit à part , accordez-lui votre pardon; car comment, pauvres gens que nous sommes, pourrons-nous dormir tranquilles pendant les nuits obscures, si le couvent est en mésintelligence avec les gens de cette espèce. »
Vous avez raison, bonne dame, repartit le sous-prieur ; c'est votre sûreté que je dois consulter avant tout. Soldat, je te pardonne ; que Dieu te bénisse et te rende un peu plus honnête. »
Christie de Clint-hill fit une inclination, que son cœur ne sanctionna point , car il marmotta à part soi : c'est comme si tu avais dit : «Que Dieu te fasse mourir de faim !... Mais revenons à mon message: sire prêtre : quelle réponse dois-je rapporter?»
«Que le corps de la veuve d'Avenel, répondit le père, sera enterré d'une manière convenable à son rang, et dans le tombeau de son vaillant mari. Quant à la visite de trois jours que
' Comté d'Ecossp. a. m
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votre niaîlre se propose de nous faire, avec les amis et la suite dont il a parlé, je ne suis pas autorisé à vous donner une réponse définitive; il faut que vous fassiez connaître à notre révérentissime abbé le projet de votre chef.»
Il m'en coûtera une course de plus, dit Christie; mais tout cela rentre dans l'emploi de la journée. Eh bien ! mon (>arç^'on, dit-il à Halbert qui s'amusait à manier la longue lance qu'il avait déposée, que dis-tu de ce joujou? Veux-tu venir avec moi et être un maraudeur?»
«Que tous les saints du paradis nous en préservent, dit la pauvre mère ; puis craignant que Christie ne se crût offensé de la vivacité de son exclamation, elle s'empressa d'expliquer sa pensée, en ajoutant que, depuis la mort de Simon, eWe ne pouvait voir une lance, ou un arc, ou aucun instrument de destruction , sans éprouver le plus violent serrement de cœur. »
Bah ! dit Christie, tu devrais prendre un autre mari, bonne dame, et chasser toutes ces folies de ton imagination; voyons, que dis-tu d'un garçon vigoureux comme moi ? Ma foi , cette vieille tour me paraît être en assez bon état de défense, et il ne manque pas de vallons , de rochers , de mares et de halliers , dans le cas où on serait serré de trop près. Un homme pourrait bien habiter ici , et entretenir sa dizaine de bons compagnons , avec autant de chevaux , et vivre de tout ce dont il pourrait s'emparer, et avoir des complaisances pour toi, vieille donzelle.»
«Hélas! M. Christie, dit Elspeth , comment pouvez -vous tenir de pareils discours à une pauvre veuve , et qui a la mort dans sa maison, par dessus le marché?»
«Veuve! répliqua Christie; eh! c'est justement pour cela que tu dois prendre un mari. Le premier est mort, c'est fort bien; il faut maintenant en choisir un autre qui soit d'une étoffe moins délicate, et qui ne meure pas de la pépie comme un jeune poulet, cela vaut encore mieux. Mais , allons , bonne dame, faites -moi donner quelque chose à manger, et nous parlerons de tout cela plus au long.»
La dame Elspeth , bien qu'elle connût parfaitement le caractère de cet homme, que dans le fait elle détestait et craignait, ne put s'empccher de sourire en entendant les discour»