CHAPITRE X
votre étroit vêtement, dans lequel vous ne ressemblez pas mal à un pourceau complètement armé ^ »
Le bailli, courroucé de la comparaison, s'écria :
« Si ce n'était la présence du vénérable seigneur abbé, coquin que tu es »
« Ah! si tu as envie de savoir ce qui en résulterait, dit Christie de Clinthill , je viendrai te trouver demain, à la poinle du jour, près du puits de Sainte-Marie. »
« Cœur endurci ! dit le père Eustache, tu viens à l'instant même d'échapper à la mort, et tu peux aussi promptement avoir des pensées de meurtre et de carnage! »
« Je te retrouverai avant long-temps, brigand tpie tu es, dit le bailli, et j(; t'enseignerai à dire tes Orcmus. n
« Je ferai une visite à ton bétail, au clair de la lune, dit Christie de Clinthill.
« Je te serrerai le cou l'une de ces matinées brumeuses , voleur achevé, a répondit le bras séculier de l'Eglise.
« Jamais voleur plus achevé que toi n'est monté à cheval, rétorqua Christie, et si les vers pouvaient une fois venir se régaler de ta grasse earcasse,.je |)ourrais espérer d'obtenirla survivance de ton métier par la faveur de ces révérends pères. »
« Un plat de leur métier et un dm mien,- répondit le bailli , lui confesseur et une corde, voilà tout ce que tu obtiendras de nous. »
« Messieurs, dit le sous-prieur, qui s'aperçut que ses frères |)renaient à celle contestation, entre la justice et l'iniquité, un intérêt plus grand que le strict décorum ne le permettait, je vous prie de vous retin-r l'un et l'autre. Bailli, enunenez vos ballebardiers, et n'in(|uiétez plus cet honnne que nous avons renvoyé. Et toi, Christie, ou, quel que soit ton nom, pars. et souviens-toi que lu dois la vie à la clémence du seigneur Abl>é. »
« Ah! pour cela, ré|)Ondit Christie , je pense que c'est à la vôtre que je la dois, mais que ce soit à qui vous voudrez, il est certain que je vous la dois, et c'est une affaire finie ^; » et il sortit en sifflant , de l'air «l'un hoiuinc (|ni regarde la vie (pi'cn
' Omis par M. Dcfaucoupret , depuis ■< vous vou» di'b.irra.ssc7. , •• page i3-. — ' Omis par M. Dcfauronprel , page i '58. — 3 Omis par le premier tradiieteur.
a bien voulti lui laisser comme ne méritant pas de plus grands
remercîmens.
« Endurci jusqu'à la brutalité! dit le père Eustaclie ; et cependant qui sait s'il n'y a pas quelque métal précieux caché sous cette grossière enveloppe ? »
« Sauvez un voleur delà potence, dit le sacristain ;..... vous connaissez le reste du proverbe; mais, en supjjosant, ce que le ciel veuille bien nous accorder, que ce féroce brigand ne cherche ni à nous ôter la vie , ni à nôUs blesser, qui nous garantira qu'il ne touchera point à notre froment, à notre orge, à nos troupeaux de toute espèce?»
« Eh bien! ce sera moi , mes frères, dit itn vieux moine. Ah ! mes frères , vous ne connaissez pas le parti (jue l'on peut tirer d'un voleur repentant. Du temps de l'abbé Ingilram ,... oui , je m'en souviens comme si c'était d'hier, les flibustiers qui venaient à Sainte-Marie y étaient toujours reçus avec plaisir. Oui, ils payaient la dîme de tous les troupeaux qu'ils amenaient du Sud; et, parce qu'ils se les étaient procurés par des moyens qui n'étaient pas toujours très légitimes, je les ai vus porter ce dixième au septième, c'est-à-dire, si leur confesseur entendait son affaire '. Ah ! lors(|ue nous voyions, du haut de la tour, une vingtaine de bœufs bien gras, ou un troupeau de moutons, descendant la vallée, avec deux ou trois braves hommes d'armes derrière, avec leurs casques brillans, leurs jaquettes noires, et leurs longues lances, le bon seigneur abbé Ingilram avait coutume de dire.... C'était un homme fort gai.... Voilà la dime des dépouilles des Egyptiens qui nous ari-ive. Oui, et j'ai vu le fameux Jean Armstrang^, bel homme et de bonne
mine c'est dommage que le chanvre ait jamais été serancé
pour lui .îe l'ai vu venir à l'église de l'abbaye , ayant neuf
glands d'or à son bonnet, et chaque gland était composé de neuf nobles^ anglais; et il allait de chapelle en chapelle, de saint à saint, d'autel à autel , marchant sur ses genoux , et laissant ici un gland, là un noble, jusqu'à ce qu'il ne restât pas plus d'or à son bonnet qu'il n'y en a à mon capuchon. Ah ! on ne voit plus de pareils maraudeurs à présent. »
'Réflexion omise par le premier traducteur. — ^ Jrnislrang pour Armstrong, chef de maraudeurs. Il fut pendu par l'ordre de Jacques V d'Kcosse. — 3 Ancienne pièce d'or d'Ecosse, a. m.