‹ Le monastèreChapitre 66 sur 247 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

entières; et comme l'aventure de Glendearfj avait fait une forte impression sur son esprit, il se sentait souvent porté à visiter cette tour solitaire et à prendre intérêt aux orphelins à qui elle servait d'asile. D'ailleurs il éprouvait une vive curiosité de savoir si le volume qu'il avait perdu , lorsqu'il avait échappé d'une manière aussi étrange à la lance de l'assassin , avait de nouveau été rapporté à la tour de Glendearg. «Il est bien extraordinaire, pensait-il qu'un esprit, car il ne pouvait considérer sous un autre point de vue la voix qu'il avait entendue, cherche d'un côté à favoriser les progrès de l'hérésie, et d'un autre côté à sauver la vie d'un prêtre catholique zélé. »

Mais, quelques renseignemens qu'il put obtenir des divers habitans de la tour de Glendearg, aucun ne lui fit connaître que l'exemplaire de la traduction des saintes Ecritures, qu'il cherchait avec autant de soin, eût été vu de nouveau par qui que ce fut.

Cependant les visites que le bon père faisait de temps en temps ne furent pas peu utiles à Edouard Glendinning et à Marie Avenel. Le premier montrait pour saisir et pour retenir tout ce qu'on lui enseignait, une aptitude qui remplissait le père Eustache d'étonnement et d'admiration. Il était vif, laborieux, prompt et exact, rare combinaison de talens et d'industrie, que l'on ne rencontre que dans les êtres les plus favorisés de la nature.

Le père Eustache désirait bien vivement que les excellentes qualités qui se développaient de si bonne heure dans le jeune Edouard fussent consacrées au service de l'Eglise , à quoi il pensait qu'il serait facile d'obtenir le consentement du jeune homme, attendu qu'il était naturellement tranquille, réfléchi et réservé, et paraissait considérer la science comme le principal objet, et son accroissement comme le plus grand plaisir de la vie. Quant à la mère, le sous-prieur ne doutait pas qu'habituée comme elle l'était à avoir le plus profond respect pour les moines de Sainte- Marie, elle ne se crût très heureuse de trouver l'occasion de faire entrer un de ses enfans dans cette honorable communauté. Mais le bon père s'aperçut qu'il se trompait sur ces deux circonstances.

Lorsqu'il parlait à Elspeth Glendinning de ce qu'une mère

aime le plus à enlendre, des lalens et des progrès de sou lils, elle réeoutait avec un extrême plaisir; mais toutes les fois que le père Eustache lui donnait à entendre que c'était un devoir de consacrer au service de l'Eglise des talens qui semblaient faits pour en être la défense et l'ornement, la houne dame cherchait à faire tomber la conversation sur un autre sujet , et lorsqu'il la pressait de plus près, elle alléguait l'impossibilité où elle était, dans son état de vidqité, d'avoir soin des |)ossessions qu'elle avait en fief, le désagrément qu'elle éprouvait de la part de ses voisins qui profitaient de sa malheureuse position, et 1« désir qu'elle avait qu'Edouard prit la place de son père, restât à la tour et lui fermât les yeux.

Dans ces occasions, le sous-prieur répondait que, même sous un point de vue mondain, elle assurerait le bien-être de sa famille en plaçant un de ses fils dans le monastère de Sainte-Marie, parce qu'elle devait bien croire qu'il ne manquerait pas de faire jouir sa famille d'une puissante protection qu'il trouverait facilement les moyens de lui procurer. Quelle perspective plus riante que celle de voir son fils élevé en dignité ? ou qu'y avait-il de plus doux (]ue de recevoir les derniers devoirs de la part d'un fils distingué |)ar ses mœurs exemplaires et sa vie éminemment religieuse? D'un autre côté, il cherchait à convaincre la bonne dame que son fils, Halbert, dont le caractère entreprenant et le penchant décidé pour une vie errante le rendait incapable de se livrer à l'étude, était par cette raison, aussi bien que parce qu'il étai(, l'ainé, plus propre que son frère à s'occuper des affaires temporelles et à avoir soin du petit fief.

Elspelh n'osait pas refuser ouvertement la proposition du père Eustache, de peur de lui déplaire; et cependant elle avait toujours quelque chose à objecter. Halbert, disait-elle, ne ressemblait à aucun des enfans de ses voisins; il était plus grand de toute la tête et plus fort de moitié qu'aucun garçon de son âge dans le patrimoine de Sainte-Marie. S'il n'aimait pas un livre, il aimait encore moins la cliarrue ou la bêche. 11 avait dérouillé le vieux sabre • de son père , l'avait suspendu

* C'est la claymore , espèce d'épéc à deux tranehans et ])oijitue, particulière aux Ecossais, et qui est portée encore par l»s officiers des regimens écossais, a, m.

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