CHAPITRE XI
bonne partie de ce qu'il avait imparfaitement appris auparavant. Ces uéjjli}jenees lui faisaient de la ])eine, mais non pas au point de produire en lui une sorte d'amendement.
Pendant quelque temps, comme tous ceux qui sont enclins à la paresse, il cherchait à distraire l'attention de son frère et de Marie Avenel de leur tâche, au lieu d'étudier la sienne, et alors il s'ensuivait un dialogue comme le suivant :
«Prends ta toque, Edouard, dit-il un jour, et dépêche-toi. Le laird de Colsmlie est au bout du vallon, avec ses chiens.»
oJe m'en soucie fort peu , Halbert, répondit son frère, deux couples de chiens peuvent bien tuer un daim, sans que je sois là pour les regarder; d'ailleurs, il faut que j'aide Marie Avenel à apprendre sa leçon.»
«Bah! tu te fatigueras api'ès les leçons du moine, jusqu'à ce qu'enfin tu deviennes un moine toi-même, dit Halbert. Marie, voulez-vous venir avec moi, je vous montrerai le nid du ramier • dont je vous ai parlé.»
«Je ne peux pas aller avec vous, Halbert, répondit Marie, parce qu'il faut que j'étudie ma leçon ; il me faudra du temps pour l'apprendre. Je suis fâchée d'avoir la tète si dure; si je pouvais faire ma tâche aussi vite qu'Edouard fait la sienne, je serais charmée d'aller avec vous. »
«En vérité? dit Halbert; alors je vais vous attendre, et, qui plus est, je vais essayer d'apprendre ma leçon aussi.»
Moitié souriant, moitié soupirant, il prit son livre et se mit à remplir, d'un air assez indolent, la tâche qu'on lui avait donnée. Comme s'il eût été banni de la société des deux autres, il s'assit, tout triste et solitaire, dans la profonde embrasure d'une fenêtre, et après avoir lutté vainement contre les difficultés qu'il rencontrait et son peu d'inclination à essayer de les surmonter-, il se trouva involontairement occupé à examiner les mouvemens des deux autres étudians au lieu de se fatiguer plus long-temps après son livre.
Le tableau que Halbert contemplait était enchanteur en luimême, mais d'une manière ou d'une autre, il ne lui inspirait que peu de plaisir. La charmante fille, avec des regards qui
' Le texte dit cushat, mot écossais pour wooj-pigeon , ce que M. Defauconpret page i5o, noTnnie des «tourterelles.» — ^ Plusieurs lignes de texte omises pnr M. Dt'fauconpret, page i5o. a. im.
annonçaient une attention simple mais sérieuse, était occupée à surmonter les obstacles qui retardaient sa marche studieuse, et regardant de temps en temps Edouard, pour lui demander du secours, tandis que celui-ci, assis tout près d'elle, avait soin d'écarter tout ce qui obstruait la route et paraissait tout fier des progrès que faisait son élève, et de l'assistance qu'il était en état de lui donner. Il y avait entre eux im lien, un lien fort et intéressant, le désir d'acquéHr de la science, la gloire de vaincre des difficultés.
En proie, à un sentiment pénible, et cependant ignorant la nature et la source de son émotion, Halbert ne put endurer plus long-temps la vue de cette scène paisible; mais se levant brus(|uement et jetant violemment le livre loin de lui, il s'écria : «Au diable tous les livres et les rêveurs qui les ont faits! .le voudrais (pi'une vingtaine d'hommes du sud vinssent dans le vallon, et nous verrions le peu d'utilité de tout ce marmottage et de tout ce barbouillage.»
Marie Avenel et Edouard tressaillirent, et regardèrent avec étonrtement Halbert, qui continuait à parler avec feu, tandis que le sang lui montait au visage et que ses yeux étaient inondés de larmes •. «Oui, Marie ; je voudrais qu'une vingtaine de brigands du sud arrivassent dans le vallon aujourd'hui même, et vous verriez qu'un bon bras et une bonne é|)ée sont une meilleure protection que tous les livres qu'on ail jamais ouverts, et toutes les plumes qui aient jamais garni les ailes d'une oie.»
Marie le regarda moitié surprise, moitié effrayée de la véhé^ menceavec laquelle il parlait, mais lui répliqua tout de suite et d'un ton affectueux : «Vous êtes contrarié, Halbert, parce que vous ne pouvez apprendre votre leçon aussi vite qu'Edouard; je le suis aussi , parce que je n'ai pas plus d'intelligence que vous. Mais venez, Edouard se placera entre nous deux, et nous aidera à apprendre notre leçon. »
«Ce n'est pas wo/ qui apprendrai quelque chose de lui, dit Halbert du même ton de colère; je n'ai pu lui faire apprendre rien absolument qui soit honorable et qui convienne à un homme, et je ne veux rien apprendre de lui de ce qui a rapport aux moraeries du couvent. Je déteste les moines avec
' Phrase omise par M. Def.nironprct, page ifii. a. m.