CHAPITRE Xll
Qui me cherche ne sent-ni crainte ni faiblesse. Pour le lâche et le rustre, affamés de rae voir, Mes discours sont obscurs et mes dons sans pouvoir. Sur l'aile du zéphyr, docile à ma promesse, En Egypte il me faut revoler pour ce soir.
Le léger et moelleux nuage
Sur lequel ma gaîté voyage
Pour l'Arabie est destiné :
Le voilà devant moi qui passe.
^ Au départ Zéphyr obstiné
Me presse à quitter cette place.
Adieu donc : je fuis ton séjour.
Car bien longue est ma course avant la fin du jour.
La résolution de Halbert recommença à prendre le dessus à l'égard de son étonnement, et il retrouva assez de voix pour dire, quoique d'un ton mal assuré : « Au nom de Dieu, qu'estce que tu es? La réponse fut faite sur un autre air et sur une autre mélodie.
Ce que je suis , tu ne peux le connaître.
Entre le ciel et l'abîme infernal
C'est quelque chose invisible à ton être,
Et qui debout jamais n'a pu paraître.
Ou qui jamais ne tomba sous un maître;
Qui peut te faire ou du bien ou du mal ,
Suivant les vœux que ton cœur a vus naître.
Je ne suis pas substance entièrement.
Ni tout-à-fait une ombre mensongère.
Le marécage et le pré solitaire,
La source pure et l'ormeau verdoyant,
Sont les témoins de ma course légère.
Sur l'aquilon je vole fréquemment.
Ou bien j'imite, en mon humeur volage.
Des passions l'opposé mouvement.
Quand sur l'esprit tout de glace du sage
Leur flux, reflux passe comme une image
Que réfléchit un miroir décevant.
Notre nature, inconstante et bizarre.
Du bien au mal circule incessamment ;
Un rien l'amuse; un rien aussi la pare;
Bien plus heureuse, alors que les humains.
Qui sur la terre ont de si courts destins;
Et proloigeant enfin notre carrière
Dix fois plus loin que ne fait leur misère.
Mais cependant au delà du tombeau
Nous n'avons point comme vous l'espérance.
L'homme s'éveille et paraît de nouveau
Pour le bonheur et la longue souffrance:
Notre sommeil n'a pas de lendemain.
Je ne saurais t'en dire davantage :
Plus de savoir ne sera ton partage.
Adieu, je vais poursuivre mon chemin.
La dame blanche cessa de parler, et parut attendre une réponse. Mais comme Halbert hésitait sur la manière d'arranger ses paroles, la vision sembla se décolorer graduellement et devenir de plus en plus incorporelle. Pensant avec raison que c'était une preuve qu'elle allait disparaître , Halbert eut encore la force de dire: «Dame blanche, lorsque je vous vis dans le vallon et que vous rapportâtes le livre noir de Marie Avenel, vous me dîtes que j'apprendrais un jour à le lire.»
La dame blanche répondit:
Oui, je t'appris et le mot et le charme Pour m'évcillcr près de ce frais cristal; Mais le héron et le faucon du val Te flattent plus que les lieux où je m'arme. Tu préféras le glaive étiucelant Au divin texte, à la parole sainte; Quand tu suivis le daim saisi de crainte. Le livre noir parut moins amusant; Et l'on te voit toujours dans les bruyères Dédaigner de l'esprit les faveurs nourricières.
«Je ne veux plus faire cela, belle vierge, dit Halbert; jo désire apprendre, et tu m'as promis que qjiand j'aurais ce désir, tu me prêterais ton secours; je ne suis plus effrayé de ta présence, et je ne dédaigne plus l'instruction. » Tandis qu'il parlait ainsi , la figure de la dame blanche devint peu à peu aussi distincte qu'elle l'avait été d'abord, et ce qui s'était presque réduit en une ombre sans forme et sans couleur reprit, du moins en apparence, une forme corporelle, bien que les teintes fussent moins vives et l'ensemble de la figure moins distinct et moins prononcé, du moins aux yeux de Halbert, que celui d'un habitant ordinaire de la terre, «Consens - lu à m'accorderma demande, belle dame, dit-il, et me confier h; livre saint, dont Marie Avenel a si souvent pleuré la perte?»
La dame blanche répondit:
Je t'ai, non sans raison, rcproclié ta frayeur; A l)on droit j'ai blâmé ta coupable indolence : Qui rentre tard au port doit, pay.Tut sa lenteur, Couchrr dcliors, ou bien briser da;is sa fiirciii