CHAPITRE XII
livre sacré, sans avoir senli de chaleur ai éprouvé d'obstacle d'aucune espèce. Etonné et presque épouvanté de son succès , il vit la flamme se resserrer et s'élancer en on long et interminable jet. qui semblait vouloir s'élever jusqu'à la voûte de la caverne , puis retomber aussi subitement et s'éteindre de la manière la plus complète. Halbert setrotrva dans 1 obscnnté la plus profonde : mais il n'eut pas le temps de réfléchir à sa situation, car la dame blanche l'avait déjà pris par la main et tous deux remontèrent avec la même rapidité qn'ils étaient descendus.
Lorsqu'ils sortirent des entrailles de la terre, ils se trouvèrent auprès de la fontaine de Corrie-nan-Shian ; mais en promenant des regards étonnés autonr de lui . le jenne homme fut surpris de remarquer qne les ombres s'allongeaient dn côté de l'est et qne le jour touchait presque à sa Sn. Il regarda sa conductrice, conwne pour lui demander une explication . mais sa figure commençait à s'évanonir devant ses yens: ses jones devinrent plus pâles, ses traits moins distincts; sa forme n'était presque plus qu'une ombre et se confondait avec le brouillard qui s'élevait du fond du ravin. Ce qui avait auparavant la symétrie du corps. les traits et les couleurs délicates mais prononcées de la beauté . ne ressemblait plus qu'à l'ombre pâle et légère d'une fille morte d'amour, apparaissant confusément et à la sombre clarté de la lune aux yens de son amant parjure.
«Arrête, esprit, dit le jeune homme, enhardi parle succès qu'il avait obtenu dans la grotte souterraine, ta bonté ne doit uas m abandonner, embarrassé comme je le suis d'une arme lient je ne sais point me servir. Il faut que tu m'instruises dans l'art de lire et de comprendre ce volume; car antrement à quoi me sert d'en être possesseur? 3
Mais la figure de la dame blanche eontinna à disparaître devant lui et ne fut bientôt plus qu'une trace légère . pâle et confuse comme celle de la lune lorsque la matinée d'hiver est déjà avancée • . et elle était entièrement invisible avant qu'elle chantât ces paroles :
Kotrr powioir ■« s'êtrad pas ' Canp»aisoH «MsûùqMr oaùse par M.*D«£iGC(>s{HCt. page li*. a. k.
Jusques à déchiffrer ces sacrés caractères;
D'air coloré formes légères, Nous n'avons j'as reçu le don de partager Cette faveur, aux humains répartie.
Patiente avec modestie.
Le ciel pourra te ménager Un guide convenable aux projets de ta vie. >>
La figure avait déjà disj)arii , et maintenant la voix ellemême s'affaiblissait en cadence mélancolique, comme si l'être qui parlait s'éloif;nait lentement de l'endroit où elle avait commencé sa mélodie.
Ce fut en ce moment que Halbert sentit l'excès de terreur que jusqu'alors il avait eu le courage de réprimer. La nécessité même de tenter un effort lui avait donné la puissance de le faire, et la présence de l'être mystérieux, bien qu'elle fût par elle-même un sujet de frayeur, lui avait néanmoins donné le sentiment d'une sorte de protection. Mais ce fut lorsqu'il pût réflécbir de sang froid sur ce qui venait de se j)asser, qu'un tremblement universel s'empara de son corps, que ses cheveux se dressèrent sur sa tête et qu'il craignit de regarder autour de lui, ne sachant pas si quelque chose ne se présenterait pas à lui plus effrayant que la première vision. Un vent léger qui s'éleva en ce moment réalisa la bizarre mais belle pensée de celui de nos poètes modernes dont l'imagination est la plus brillante '.
Ce zéphyr caressant sa joue Soulevait ses cheveux flottans, Ainsi que l'on voit au printemps La molle brise qui se joue Sur riierhe nouvelle des champs.
Ce souffle réveillait sa crainte. Et lui semblait en même temps Exhaler une douce plainte Après l'orage de ses sens.
Le jeune homme resta muet et saisi d'étonnement pendant quelques minutes. Il lui semblait que l'être extraordinaire qu'il avait vu , qui l'avait rempli de terreur , qui l'avait entouré de sa protection, était encore porté sur le vent qui soufflait autour de lui , et qu'il pouvait encore une fois se rendre visible à ses yeux. « Parle, dit-il, en agitant ses bras; montre-toi
' Coleridge, un des poètes de l'école des lacs. a. m.