‹ Le monastèreChapitre 78 sur 247 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

Mais il venait véritablement pour jeter un coup d'oeil sur chaque meule, et pour prendre des renseignemens relativement à la quantité de gerbes récoltées dans chaque ferme, afin de pouvoir empêcher tous moyens de soustraire la mouture.

Chacun sait que les cultivateurs des baronnies ou seigneuries, temporelles ou spirituelles d'Ecosse, sont obligés de porter leurs grains i)our les faire moudre au moulin de leur territoire, auquel ils paient de fortes taxes nommées moutures dons la villeK Je pourrais m'étendre aussi sur l'esclavage de invecta et illcita 2. Mais laissons cela. J'en ai dit assez pour prouver que je ne parle pas sans livre. Les habitans du Sucke7i,Gxx des terres dépendantes , étaient punis par une amende, s'ils s'écartaient de cette obligation ou servitude, en portant leurs grains à un autre moulin. Or, il existait un autre moulin bâti sur les terres d'un baron séculier, et à une distance convenable et peu éloignée de Glendearg; et le meunier était si obhgeant, et ses prix si modérés qu'il fallait toute la surveillance de Hob Miller pour empêcher qu'on évitât son droit de monopole.

Le meilleur moyen qu'il avait imaginé était de se montrer bon camarade et voisin affectueux. Sous ce prétexte, il faisait tous les ans une visite à la baronnie, comptait chaque meule de blés et en calculait le contenu par les gerbes, si bien qu'il pouvait ensuite savoir par ce fin aperçu, si la mouture venait droit au moulin.

La dame Elspeth , comme il était son compère, fut obligée de prendre les visites qu'il lui faisait pour des visites de politesse ; mais elle n'en avait pas reçu de cette espèce depuis la mort de son mari, probablement parce que la tour de Glendearg était éloignée, et qu'il n'y avait qu'une petite quantité de terres labourables qui lui fussent attachées. Cette année, il y avait eu, par quelque spéculation du vieux Martin, plusieurs sacs de blé semés dans le champ éloigné, qui'avait mûri parfaitement bien, la saison ayant été très belle; peutêtre cette circonstance fit-elle que l'honnête meunier, en cette occasion , mit Glendearg dans le cercle de sa ronde'annuelle.

La dame Glendinuing reçut avec plaisir une visite qu'elle

'/«teu« ,miUures, dit le texte. - ^ Des clioses à porter et a transporter, a. b..

avait autrefois soufferte seulement avec patience; et dévia en quelque façon de ses premières vues, par ce que Hob avait amené avec lui, sa fille Mysie, dont elle avait décrit si exactement la mise au sous-prleur, mais dont elle n'avait pu indiquer les traits que fort légèrement.

La jeune fille avait été jusque là un objet fort peu important aux yeux de la boa > veuve * ; mais la singularité et quelques mystérieuses demandes du sous-prieur avaient mis son esprit à la torture au sujet de Mysie du moulin, et elle avait ici fait une question, et là cherché à en savoir davantage, et puis là encoi'e elle était venue à bout peu à peu de tourner la conversation sur la pauvre Mysie 2; et de toutes ces demandes et de toutes ces informations elle avait pu conclure que Mysie était une fille à l'œil noir, à l'air aimable et riant, aux joues couleur de cerise, et à la peau aussi blanche que la plus belle farine de son père, dont était fait le propre ])ain de l'abbé, les jours de fête ou de gala. Par caractère elle chantait et riait depuis le matin jusqu'au soir 3; et pour sa fortune, article important, outre ce que le meunier avait amassé parle moyen de son proverbial pouce d'or, Mysie devait hériter d'un bel et bon lopin de terre , avec la perspective d'un moulin et de mille acres, qui reviendraient à son mari par un bail à loyer modéré *, si on disait un mot en sa faveur et en temps convenable à l'abbé, ou au prieur, ou au sous-prieur, ou au sacristain , et à tout le reste.

A force de tourner et de retourner ces avantages dans son esprit, Elspelh vint enfin à s'imaginer que le seul moyen pour empêcher son fils Halbert d'embrasser une carrière où il ne rêvait qu'éperons, lance et bride, comme ils nommaient la profession des maraudeurs de frontières, et d'éviter qu'il ne fût percé d'une fièche longue d'une aune de drap, ou pendu par une corde d'un pouce de diamètre^, serait de le marier et de l'établir, et que Mysie Happer pourrait devenir son épouse.

Comme elle pensait à cela, Hob Miller arriva sur sa vigou-

' Omis par M. Defiiuconpret, i)age i66. — 2 Omis par le même, depuis « et elle avait. — 3 Toutes ces circonstances ont été omises par le même traducteur. — 4 Détails omis par le même. — 5 Détails omis par le premier triiducfcur, p. 167

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