‹ Le monastèreChapitre 8 sur 247 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

€>ciu'raUtf!5 l^ietoriquce.

«Oh! oui; de tous les temps les inoines, oui, les moines, « ont lait tout le mal possible. C'est à eux que l'on doit toulo « la grossièreté, toute la superstition d'un siècle horriblement « grossier et superstitieux. Gloire à celui qui a envoyé la teni- « pète salutaire et qui a dispersé toutes ces vapeurs peslilcn « lielles ! Mais que nous soyons redevables de tout cela a celle «prostituée là-bas, assise sur son trniie élevé sur les sept col- « lines', avec sa coupe d'or, je croirai tout aussi volontiers, « avec le bon sir Roger, que la vieille MoU-White ^ s'est envolée «avec son chat et son manche à balai, et que c'est elle qui a « excité l'orage et les éclats de tonnerre de la nuit dernière. » Ancienne comédie.

Le nom du villajje doul le manuscrit du bénëdiclin donne la description sous celui de Kennaquhalr, a la même terminaison celtique que celle que l'on retrouve dans Tra(|uhair, Caqubair, et autres noms composés. Le savant Chalmers tii'c le mot quhair du cours sinueux d'une rivière, étymolojjie qui coïncide singulièrement avec les nombreux détours de la rivière de la Tweed près du village dont nous parlons. Ce village a été long-temps célèbre à cause du superbe monastère de Sainte- Marie, fondé par David P"^, roi d'Ecosse, sous le règne duquel se formèrent dans le même comté les établissemensnon moins splendides de Melrose, Jedburgket Kelso. Les concessions de terres dont le roi dota ces o|)ulentes communautés lui procurèrent de la part des bistoriens monastiques l'épitbète de saint, et de la part de ses descendans apauvris le reproche atrabilaire d'avoir été un saint malencontreux pour la couronne.

Il paraît néanmoins probable que David, qui était un monarque sage aussi bien que pieux, n'était pas uniquement mu par des motifs de religion dans ses grands actes de munificence envers l'Eglise, mais qu'il alliait des vues politiques à

L'Eglise romaine. — ^ La blanche MoU , abréviation de Mario, nom <le sorcière. A. M.

4î LE MONASTEUE,

sa pieuse générosité. Ses possessions dans le Northumberland et le Cumberland étaient devenues précaires après la perte de la bataille de l'Etendard • ;et comme il avait à craindre que la vallée comparativement fertile deTeviotne devînt la frontière de son royaume, il est probable qu'il désirait s'assurer au moins une partie de ces précieuses possessions, en les plaçant entre les mains des moines, dont les propriétés furent long-temps respectées, même au milieu de la rage des partis guerroyant sur la frontière. Ce n'était que par ce moyen que le roi pouvait se promettre d'assurer protection et sécurité aux cultivateurs du sol ; et dans le fait, les possessions de ces abbayes furent pendant plusieurs siècles une sorte de terre de Gessen , jouissant du calme profond de la paix et de l'immunité, tandis que le reste de la contrée, occupé par des clans sauvages et des barons maraudeurs , offrait une scène affreuse de confusion, de sang et de licence la plus effrénée.

Mais ces immunités ne se jirolongèrent pas jusqu'à l'union des deux couronnes. Long-temps avant cette époque , les guerres entre l'Angleterre et l'Ecosse avaient perdu leur caractère primitif d'hostilités entre nations, et étaient devenues de la part des Anglais des guerres de conquête, et de la part dos Écossais des luttes opiniâtres et désespérées pour la défense de leur liberté. Ceci produisit des deux côtés une fureur ^t une animosité portées à un degré dont les époques précédentes de leur histoire ne fournissaient aucun exemple; et comme les scrupules religieux cédèrent bientôt à la haine nationale aiguillonnée par l'amour du pillage, le patrimoine de l'Eglise ne se trouva plus à l'abri des incursions de l'un ou de l'autre parti. Avec tout cela cependant , les tenanciers et les vassaux des grandes abbayes avaient plusieurs avantages sur ceux des barons laïques, qui étaient harassés par un service militaire continuel , et qui finissaient par devenir des brigands désespérés et par perdre toute espèce de goût pour les arts de la paix. Les vassaux de l'Eglise, d'un autre côté, n'étaient exposés à être appelés à prendre les armes que dans des occasions de guerre générale , tandis que tout le reste du temps ils pouvaient jouir d'une tranquillité comparative dans la possession de leurs fermes et de leurs feus ou fiefs : aussi

' Livrée en n'î8,dans le comté d'York, a. m.

Page 1