CHAPITRE Xili
ineurassent assis saus qu'on y fit la moiudre attention, et couverts de leur manteau comme s'ils étaient prêts à repartir. «Eh bien, madame, dit le meunier, car elfe n'avait pas remarqué le commcuoement de sou discours i, vous êtes fort occupée avec voire ménage ou autre chose , c'est pourquoi Mysie et moi nous allons reprendre notre cheval et descendre la vallée, pour aller chez John Broxmouth, qui nous a expressément engagés à le visiter.»
Tirée soudain de ses rêves de mariage et d'entre-mariage , de moulins, de terres qui en dépendaient 2, et de baronnies, dame Elspelh se trouva pendant un moment comme la laitière de la fable, lorsqu'elle renversa son pot au lait sur le produit duquel elle avait établi ses produits de richesses. Cej)endant les espérances de dame Glendinning n'étaient qu'ébranlées, et non renversées, elle se hâta de rétablir l'équilibre. Au lieu d'excuser son absence d'esprit et son manque d'attention envers ses hôtes, ce qui lui aurait donné quelque peine, elle prit l'offensive, tel qu'un habile général qui, par une attaque hardie, se voit forcé de déguiser sa faiblesse.
Elle fit une grande exclamation, et des plaintes contre le peu d'affection de son ancien ami qui avait pu, un seul instant, douter du plaisir qu'elle avait à le recevoir ainsi que sa charmante fille, et de penser d'aller chez .lohn Broxmouth, quand la vieille tour était prête à le recevoir, et où il y avait dans les plus mauvais temps place pour un ou deux amis ; et il n'y en aurait pas pour un voisin que son ])auvre Simon, béni soit son sort, croyait son meilleur ami à Sainte -Marie! Elle manœuvra de telle sorte, en faisant ses plaintes avec tant de sérieux, qu'elle finit par être convaincue de ce qu'elle disait aussi bien que le meunier Hob, qui n'avait pas envie de lui garder rancune , parce qu'il était dans son plan de passer la nuit à Glendearg, et qu'il se serait également contenté d'une réception moins hospitalière.
A toutes les plaintes d'Elspelh, touchant le peu d'amitié qu'il y avait dans sa proposition de quitter sa demeure, il répondit tranquillement : « Eh bien, madame, qu'avais -je à
'Incidence omise par M. Defauconpret. — 'Détails supprimés par le même.
ISO LE MONASTÈRE,
dire? Vous pouviez avoir d'autres grains à moudre, car vous senibliezà peine nous voir; ou que sais-je moi ? vous pouviez penser à ce que j'ai dit à Martin , relativement au dernier orge que vous avez semé, car je sais que les moutures sèches sont quelquefois bien difficiles à digérer '. Chacun veut avoir ce qui lui appartient, et cependant les gens le prendront pour le meunier ou pour le garçon du moulin, c'est-à-dire meunier et garçon, |)ar tout le ])ays-. »
«Hélas! que dites-vous là voisin Hob, reprit la dame Elspeth, et Martin aurait eu quelques mots avec vous touchant les taxes du moulin! Je le gronderai pour cela, je vous le promets, foi de veuve; vous savez bien qu'une femme seule est parfois la dupe de ses domestiques. »
«Non, madame, dit le meunier défaisant la boucle de la large ceinture qui attachait son manteau, et servait en même temps à suspendre à son"^côté une grande rapière-^, n'ayez point de rancune contre Martin, car je n'en ai pas, je prends cela sur moi comme une chose appartenant à ma profession de maintenir mon droit de mouture de lock et de goupcn'^, et c'est une bonne raison, car, comme dit la vieille chanson ,
« Je vis de mon moulin : Dieu le rende prospère ! C'est à la fois mon fils, et ma femme, et mon père. »
Le pauvre vieux indolent, je lui suis redevable pour le reste de ma vie, et obligé de prendre son parti, comme je le dis à mon garçon oîeunler, qu'il ait tort ou raison. Et de même tout honnête garçon prendrait son parti pour gagner son pain. Ainsi donc , IMysie, vous pouvez ôter votre manteau puis que notre voisine est si contente de nous voir; mais je crois que nous n'avons jias moins de plaisir à la voir; personne
' Les moutures sèches, observe l'auteur, sont une amende ou indemnité exigée en argent de ceux qui ne faisaient pas moudre leur grain au moulin l)anal. C'était et c'est encore une exaction bien vexatoire. — 2 11 y a ici un jeu de mots, car Knave est le nom du garçon meunier dans les banalités, et en même temps ce mot veut dire J'rif on dans son acception ordinaire. — 3 Le texte porte a swinf^mg Andrew /errata, du nom de ce fameux armurier attiré de Ferrare en Ecosse par le roi Jacques. — ** La mouture consistait, dit l'auteur, eu exactions régulières pour moudre le grain. Le lock veut dire une poignée, et le go up en la quantité que peuvent contenir les deux mains réunies. Ces droits additionnels étaient par le meunier exigés des stickeners, ou gens soumis au moulin banal. Ces sortes de petites taxes élaicnt connues généralement sous le nom de sequels ( séquelles ).