CHAPITRE X.IV
sance , tandis que de |}lus timides désiraient ardemment inculquer à leurs enfans la nécessité d'être respectueux envers la noble orpheline. Ainsi donc, Marie Avenel, peu aimée parce qu'elle était peu connue , était regardée avec une terreur mystérieuse , qui provenait moitié de la crainte des maraudeurs de son oncle , et moitié de sa manière de vivre retirée, que rehaussaient les opinions superstitieuses du temps et du pays.
Ce ne fut pas sans un peu de cette crainte que Mvsie se vit seule avec une jeune personne dont le rang était si au dessus du sien , et dont les manières étaient si différentes ; car son digne père avait saisi la première occasion qui s'était offerte de sortir sans être aperçu , pour aller voir si la grange était bien garnie, et quelle serait la quantité de mouture qu'elle apporterait au moulin. Il y a toutefois dans la jeunesse une espèce de franc-maçonnerie, qui, sans grande conversation, apprend aux jeunes personnes à démêler tout de suite leur caractère , et à se mettre à l'aise après une fort courte connaissance. C'est seulement lorsque nous avons éprouvé les tromperies des hommes que nous cherchons à éviter leur observation et à cacher nos sentimens réels à ceux avec lesquels nous sommes en relation.
Pour cette raison, les deux jeunes filles furent bientôt occupées d'objets convenables à leur âge. Elles visitèrent les pigeons de Marie Avenel , que cette dernière nourrissait avec la tendresse d'une mère ^ ; elles vinrent ensuite à l'agréable examen de la toilette de Marie, contenant des choses qui ex-, citèrent le respect de sa compagne ; car Mysie avait un trop bon caractère pour éprouver la moindre envie. Un rosaire d'or et quelques ornemens de femme, marques distinctives d'un rang supérieur, avaient été sauvés au moment de leur dernier malheur, plus par la présence d'esprit de Tibb Tacket que par les soins de celle à qui ils ap|)arteanient, et qui étaient dans ces tristes instans trop accablées de chagrin pour penser à de semblables choses. A leur vue, Mysie fut saisie d'une certaine vénération ; car, à l'exception de ce que le seigneur abbé et le couvent possédaient, elle ne croyait pas qu'il v eût beaucoup plus d'or dans le monde que n'en offraient ces bijoux ;
' Circonstance omise par M. Dcfaiiconpret, page 177. a. m.
el Mar-ie, quoique raisonnable et sérieuse, s'amusait assez de
l'admiraliou de sa ruslicjue compagne.
Rien n'offrait, en effet, un plus grand contraste que l'aspect de ces deux jeunes filles : d'un côté la mine joyeuse, riante el animée de la fille du moulin , qui regardait avec un extrême «tonnement les choses rares et précieuses placées devant ses yeux surpris, et les louait avec l'approbation d'une inférieure humble et contente, faisant les plus minutieuses questions sur l'usage et la valeur de chacjue ornement, tandis que de l'autre Marie Avenel , avec une tranquille dignité et beaucoup de douceur dans ses manières, les présentait les uns après lesautres pour amuser sa compagne '.
Comme peu à peu elles devenaient plus familières, Mysie du moulin se hasarda à demander pourquoi Marie Avenel ne j)araissait jamais autour du mai 2. Elle lui en exprimajt son étonnement; et la jeune dame lui répondit qu'elle n'aimait pas la danse; lorsqu'un bruit de chevaux, se faisant entendre à la porte de la tour, interrompit leur conversation.
Mysie courut à la fenêtre avec toute l'ardeur d'une curiosité féminine et non retenue. «Sainte Marie! chère demoiselle! ce sont deux hommes galaniment.mis et bien montés qui arrivent ici; voulez-vous venir de ce côté pour les voir?»
«Non, répondit Marie Avenel, vous me direz qui ils sont.»
«Je le veux bien, si cela vous est agréable, dit Mysie; mais comment pourrai-je savoir qui ils sont!.. Attendez : j'en connais un, et vous aussi, madame; c'est un homme dont la main est un peu légère, dit-on; mais les braves de nos jours ne pensent pas qu'il y ait grand mal à cela. C'est un homme d'armes de votre oncle, qui se nomme Christie de Clinlhill; il n'a pas son vieux justaucorps vert et sa jaque de mailles noire et rouillée, mais un habit écarlate avec un galon large de trois pouces , et une cuirasse si claire que vous pourriez y voir à vous arranger les cheveux aussi bien que dans ce miroir entouré d'un cadre d'ivoire que vous me montriez tout à l'heure 3. Venez, chère dame, venez vous mettre à la croisée pour le voir.»
' Tout ce paragraphe a été omis par M. Defauconpret, page 178.— ^ C'est-àdire aux fêtes de l'endroit. — ^ Comparaison omise par M. Defauconpret, p. 178, depuis « clair. » a. m.