CHAPITRE XIV
pour eux leur propre méchanceté, el qu'on fût oblijié d'aller en enfer dans leur compagnie et j)ar la même roule. J'ai bien envie, comme je l'avais pendant mon dîner, de retourner près de lui pour lui dire de panser lui-même son cheval, puisqu'il en est aussi capable que moi.»
«Ne vous fâchez pas, l'homme! répondit Jasper; soyez plus calme, mieux vaut céder à un fou que se battre avec lui.»
Martin reconnut la vérité de ce proverbe, qui lui rendit un peu de courage, et il se mit à étriller avec beaucoup de soin le cheval de l'étranger, remarquant que c'était plaisir de soigner un si bel animal. Jasper se chargea de l'autre cheval. Ce ne fut que lorsque Martin eut rempli les ordres de Christie et après s'être approprié, qu'il crut convenable de rejoindre la compagnie dans la salle à manger; non à dessein de les servir, ainsi qu'un lecteur de notre temps pourrait se l'imaginer, mais pour partager le repas en leur compagnie.
Pendant ce temps, Christie avait présenté son compagnon à la dame Glendinning, comme étant sir Piercy Shafton, son ami et celui de son maître, qui venait secrètement et sans suite passer trois ou quatre jours dans la tour. La bonne dame ne pouvait concevoir ce qui lui attirait un tel honneur, et voulait représenler le manque où elle se trouvait, de tout ce qui était convenable pour recevoir un hôte de ce rang. Et, lorsque le visiteur eut jeté les yeux autour de lui, sur les murs dépouillés de tenture, qu'il eut regardé la large et noire cheminée, inspecté l'ameublement pauvre et délabré de l'appartement, et examiné l'embarras de la maîtresse de la maison» il parut avoir beaucoup de répugnance à prolonger plus longtemps son séjour avec la dame Glendinning, ce qui ne pouvait, selon toute apparence, lui être que fort désagréable, et à la dame Elspelh fort importun.
Mais l'hôtesse avec toute sa répugnance, et le nouveau venu avec tout son dégoût, avaient affaire à un homme intraitable, qui fit cesser toute objection, en disant : «Ainsi le veut mon maître; et en outre, continua-t-il, la volonté du baron d'Avenel est et doit être une loi pour tous ceux qui habitent à dix milles à la ronde. Cependant, voici, madame, une lettre de votre baron en jupon, votre seigneur prêtre qui vous enjoint, si vous voulez lui être agréable, de faire vos efforts pour que
ce jeune cavalier puisse jouir de toutes les commodités qu'il sera en votre pouvoir de lui offrir. Quant à vous, sir Piercy Sliaflon, continua Christie, vous penserez, si le secret et la sûreté ne sont pas plutôt ce qu'il vous faut maintenant, qu'un bon lit et une table splendide. Ne jugez pas des biens de la dame, par l'extérieur de son habitation; car son dîner vous montrera que l'on trouve rarement les vassaux du clergé, le panier dépourvu de provisions.»
Tandis qu'il tâchait de réconcilier sir Piercy Shafton avec son sort, la veuve ayant consulté son fils Edouard sur l'injonction du seigneur abbé et vu que Christie avait fait un fidèle rapport, pensa qu'il ne lui restait rien autre chose à faire que de chercher à rendre le sort de l'étranger le plus agréable qu'il lui serait possible. Lui-même sembla aussi se conformer à sa présente situation sans doute parce que la nécessité l'y obligeait, et accepta de bonne grace l'hospitalité que la dame lui offrait avec la [)lus grande indifférence.
Au fait, le dîner qui fuma bientôt devant les hôtes réunis , était de cette espèce substantielle qui garantit l'aisance et l'abondance. Dame Glendinning avait servi de son mieux; et charmée du bel aspect que lui offrirent tous ses mets succulens, lorsqu'elle les eut placés sur la table, elle en oublia ses projets et l'ennui qui les avait interrompus, en s'occupautdu devoir hospitalier de presser ses hôtes à boire et à manger , surveillant chaque assiette qui se vidait pour la charger d'un nouveau supplément même avant que ses hôtes eussent le temps de dire qu'ils en avaient assez.
Pendant ce temps les gens qui composaient cette petite société se regardaient attentivement et semblaient s'efforcer de se former un jugement sur le caractère les uns des autres. Sir Percy Shafton ne condescendit à parler qu'à Marie d'Avenel , à qui il prodigua exactement les mêmes complaisances familières, quoique mêlées d'une sorte de dédain, que les petitsmaîtres de nos joiu's parfois daignent accorder à une demoiselle de province, lorsqu'il n'y a pas d'autres femmes plus jolies et plus à la mode. L'usage était différent alors, car l'étiquette de ces temps ne permettait pas à sir Piercy Shafton de se curer les dents ou de bâiller, ou de babiller comme un mendiant dont la langue, ainsi qu'on le dit, a été coupée par