CHAPITRE XV
« Il ne fabrique pas de monnaie, il est vrai, mais it « fabrique des phrases nouvelles, et ils les vend comme « les fripons vendent des pièce* fausses que les hommes « sages rejettent et que les imbécilles reçoivent en paic- « ment. » Ancienne comédie.
Le jour suivant ou ne revit plus Christie de Clinthill. Comme ce digne personnage se piquait rarement de sonner la trompette avant de se mettre en marche, on ne s'étonna pas qu'il fût parti au clair de la lune *, quoiqu'on tremblât de peur qu'en partant il n'eût pas les mains vides, ainsi que le dit la ballade nationale :
« Quelques uns au buffet coururent; D'autres à leur coffre de bois; Mais tous à l'instant reconnurent Que rien no manquait cette fois.»
Tout était en ordre, la clef de l'écurie était posée au dessus de la porte, et celle de la grille de fer était en dedans et dans la serrure. Enfin il avait fait sa retraite en observant la pins scrupuleuse attention pour la sûreté de la garnison, et Christie ne laissa aucun sujet de se plaindre de lui.
Halbert s'assura de la sécurité de la maison ; au lieu de prendre son arbalète ou son fusil et de faire une sortie pendant le jour, ainsi qu'il en avait ordinairement l'habitude, il fit une ronde dans la tour avec une gravité qui était au dessus de son âge, et ensuite il retourna dans la salle à manger ou l'appartement commun dans lequel, à sept heures, était servi le repas du matin.
Il y trouva l'euphuiste qui semblait encore plongé dans son calcul abstrait , et se tenait dans la même attitude élégante de
' His moonlight departure , 'dit le texte, phrase proverbiale que nous aurions pu remplacer par « un départ eu cachette. » JNous disons aussi proverbialement Jaire un trou a la lune, pour signifier s'enfuir de nuit par suite d'une mauvaise affaire. M. Defauconpret a rendu le texte par « faire sa retraite au clair de lune»'sans expliquer la métaphore, a. m.
la veille , les bras croisés de la même manière, les yeux louniés vers la même toile d'araignée, et les talons appuyés sur le plancher comme le jour précédent. Fatigué de cette affectation d'indolente importance, et peu flatté d'apercevoir l'obstination de son hôte à y demeurer, Halbert se décida enfin à lui parler net touchant sa manière d'agir, et à lui demander quelles circonstances avaient conduit à la tour de Glendinning un hôte à la fois si fier et si muet.
«Sire chevalier, dit-il avec assurance, je vous ai deux fois souhaité lebonjour, ce àquoivotreabsenced'esprit vousa, sans doute, empêché de faire attention et de répondre. Vous n'êtes pas forcé de rendre politesse pour politesse. Mais comme ce que j'ai encore à vous dire concerne votre satisfaction et votre bien-être , je vous invite à me donner quelques signes d'attention , afin que je sois sûr de ne pas prodiguer mes paroles à une figure de marbre.»
A cette apostrophe inattendue, sir Piercy Shafton ouvrit les yeux etjeta sur celui qui lui parlait un regard de surprise; mais comme Halbert lui rendit son regard sans confusion et sans crainte , le chevalier crut convenable de changer d'attitude, il retira ses jambes, fixa les yeux sur le jeune Glendinning et prit l'air de quelqu'un qui prête attention à ce qui lui est dit. Pour montrer d'une manière plus ostensible sa résolution, il prononça ces mots ' : «Parlez, nous écoutons.»
« Sire chevalier , dit le jeune homme, ce n'est pas l'usage dans le patrimoine de Sainte - Marie , d'importuner de demandes les hôtes à qui nous accordons l'hospitalité, pourvu qu'ils ne s'arrêtent dans notre maison que durant l'espace de temps qui s'écoule du soleil du jour au soleil du lendemain. Nous savons qne les débiteurs et les criminels viennent ici comme dans un sanctuaire, et nous dédaignons d'arracher au ])èlerin, que le hasard peut faire notre hôte, l'aveu de la cause de son pèlerinage et de sa pénitence ^ ; mais lorsqu'une personne d'un rang si supérieur au nôtre ; ainsi que vous l'êtes, sire chevalier, et particulièrement quand cette prééminence ne lui est point indifférente, montre la ferme réso-
' Omis par M. Defaucouprct, page 19/1, depiiis «fixa les yeux , etc.» — ^ Omi'par le mcmc, page ig4, depuis v< durant l'espace. » a. m.